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Le musée de l'indécence

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Blackie

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Je gare ma voiture à cheval sur deux emplacements, face à la galerie marchande. Bientôt ce sera l’heure de pointe, celle que j’affectionne.

Oui, j’ai pour habitude de venir le samedi dans les centres commerciaux. Comme tout le monde, me direz-vous. Non, pas comme tout le monde. D’ordinaire les gens viennent ici parce qu’ils aiment ça. Ou parce qu’ils trouvent ça pratique. Ou pas cher. Ou parce que c’est une promenade en famille. On s’en met plein les mirettes.

Moi, je viens parce que je hais les centres commerciaux. Haïr, c’est un bien faible mot pour dire ce que je ressens. Un dégoût innommable. Une colère qui remonte du plus profond de moi et qui, si elle s’exprimait réellement...

Tout est laid ici, tout est triste, tout est faux. Ces vitrines surchargées de vêtements clinquants que des petites filles chétives ont assemblés dans des sous-sols interlopes suintant de crasse et de miasmes. Neuf euros quatre-vingt-dix le tea-shirt de fête à paillettes. En promotion. Ah les promotions, les soldes, les bonnes affaires ! On va pouvoir acheter plus de saloperies, les collectionner, les entasser puis les mettre au rebut dès les prochains soldes. Trois pour le prix de deux ! La deuxième à moitié prix ! Voir conditions en magasin. En toutes petites lettres, il est écrit que tout ceci est faux, juste fait pour appâter les crétins en survêtement !

Ah les crétins du samedi en survêtement à trois bandes ! Des fringues de merde, mais de la merde de marque. Et toute la famille avec les trois bandes, le crocodile ou le débile qui joue au polo ! Et ça déambule dans la galerie...La galerie ? Un musée même. Oui, le musée du ridicule, de l’escroquerie, de la bêtise et de l’indécence. Et ça se croise en regardant les vitrines à droite ou à gauche, non à gauche on regardera au retour...Et on bouffe. Et on baffre. Et on s’empiffre. De crêpes, de gaufres, de glaces italiennes. Italiennes, tu parles ! De l’excrément apatride, oui !

Moi, je dois rester calme, froid, lucide. Comme tous les samedis, je viens avec un objectif bien précis : faire du repérage. Pourquoi du repérage ? En fait, je n’ai pas encore bien décidé. Le plus simple serait le dynamitage. Il n’y a que cinq veilleurs de nuit le vendredi soir. Il suffirait de s’en débarrasser pour placer tranquillement les charges aux endroits stratégiques et attendre l’heure d’affluence pour faire sauter les piliers et effondrer la toiture. Ça pose néanmoins quelques problèmes pratiques. Si je liquide complètement les veilleurs de nuit, on va remarquer leur absence. Il faudrait les rendre amnésiques. Peut-être un fusil à fauves tirant des seringues de penthotal ?

Mais depuis quelques temps, je caresse un plan sans doute plus radical. Le napalm. Ç a a fait des ravages au Viet-Nam. On en trouve à vendre sur internet. Comment le larguer ? Il suffit de voler un Canadair. J’aurai bientôt mon brevet de pilote. Bien sûr, il ne faut pas se faire prendre pendant le chargement du napalm dans la soute. Après, il suffit de décoller, foncer sur l’objectif et larguer. Mais au fait, comment on l’enflamme le napalm ?
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Image de Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
cela balance pas mal au musée de l'indécence
!

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Image de Alixone
Alixone · il y a
"De l'excrément apatride", géant ....
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