Le meilleur ami de l'homme

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Bonjour. Qui suis-je? je pense que cela importe peu. J'espère seulement me dévoiler un peu plus au fur et à mesure de mes publications. C'est vous dire la difficulté pour moi de publie  [+]

Image de 2018
« GGGRRRRRR !!!! Wouaf ! Wouaf! Wouaf ! »
Tels les trois coups de bâtons avant une représentation théâtrale, les jappements résonnent, secs, bruts sans fioritures. Un long silence s'en suivi. PAN ! Le chasseur vient de tirer. Le chien s’effondre. Tous se regardent. Un instant d’hésitation puis le premier mouvement; celui du tireur qui vient de relever son arme. Le chien est à terre, sans mouvement. La vie autour de lui reprend gestes après gestes.

Petite bourgade à la périphérie d’une ville moyenne. Il n’y a pas vraiment de problème. Chacun se connait encore. Où chacun vit chez soi, sans bruit ou pas trop. Où chacun regarde tout de même ce que fait son voisin, ou le voisin de son voisin. Loin des grands ensembles d’habitations ou des grandes surfaces commerciales. Un clocher, une boulangerie, deux bars, une épicerie et la pharmacie. Ni de poste, ni de poste de gendarmerie. La grande ville n’est qu’à quinze kilomètres, là où il y a tout le reste.
Autour du clocher, les maisons anciennes. Les encerclant, les maisons modernes. Pas de grosses propriétés, quelques maisons bourgeoises, moins de maisons d’architectes. Mais toutes sont entretenues, propres, avec des jardins ou des cours fleuries. Toutes sauf une. Pas de belles jardinières fleuries, pas de pelouses tondues ou des allées de graviers. Ici les hautes herbes poussent dans le gravier, les graviers dans la pelouse. Les fleurs sont sauvages. Les jouets cassés, les ordures, des plastiques meublent la cour. Un vieux cadre de vélo empêche un volet de se refermer. Des enfants jouent dans toute cette jungle. Ils sont deux. Deux garçons de six ans peut-être. Ils sont accompagnés par le chien de la famille. Pardon de la maison. Car le moins que l’on puisse dire c’est que personne ne pourrait dire qui sont les parents de ces deux bambins. Soit, ils ont bien une mère. Mais laquelle de ces trois jeunes femmes est-elle ? deux d’entre elle peut-être même. Il y en a toujours une à la maison. Mais pas pour s’occuper des enfants. Tout comme il y a toujours un homme. Petit, trapu, mal rasé et mal habillé. Jamais un sourire ou un mot gentil pour les femmes ou les enfants. Quant au chien un vrai soufre douleur. Soit il aboie trop, soit pas assez. Toujours dans le passage à gêner l‘homme, ou quand ce n’est pas le chien, ce sont ces excréments qui sont sur son passage. Si les enfants ne reçoivent pas beaucoup d’attention. Le chien lui récupère tous les coups. Aucune caresse. Aucune bienveillance. Souvent même aucun repas. Une gamelle jamais lavée. Une niche aussi peu entretenue que la maison.
Alors qu’importe qui sont tous ces adultes qui rentrent et qui partent de la maison. Il y a ce chien et ces deux garçons qui vivent ensemble, heureux presque tout seul. À l’extérieur, jouant ensemble, partageant souvent leur pitance. Se réconfortant aux grés des aléas de leurs infortunes. Ce sont les garçons qui se débrouillent pour manger et nourrir leur chien. Ils ont vite appris à se dépatouiller seuls pour avoir quelque chose, même de la nourriture. Aussi entre l’animal et les deux petits hommes, c’est à la vie à la mort. Ils sont toujours ensemble même certaines nuits quand aucun adulte ne pense à coucher les enfants.
La petite communauté à bien des égards voudrait que cette tâche dans le paysage paisible s’efface. Mais rien n’y fait. Les services sociaux ne peuvent que constater lors de leurs visites prévenues, que les deux garçons sont propres. Qu’ils ont le minimum de confort pour vivre et qu’ils n’ont pas de traces de sévices. Le carnet de vaccination est à jour et ils sont inscrits pour la prochaine rentrée scolaire, leur première. Quant à la police, il n’y a pas de tapage, pas de plainte. On ne peut pas faire en sorte que chacun vive comme tout le monde.
Heureusement que cette demeure est à la périphérie du village, la dernière juste avant le bois. Il n’y a d’ailleurs aucune réelle limite entre le bois et le jardin-débarras.
Puis un soir, un cri, un hurlement effrayant, des jappements. D’autres cris, des grognements, des bruits de luttes, une longue plainte aigue. Des pleurs puis un « qu’est ce qui se passe putain de bordel de merde !! » dans le fracas d’une porte qui s’ouvre et qui finit sa course dans le mur.
L’homme de la maison suivi des invités de cette nuit découvre un petit corps allongé sans vie aux milieux des immondices. Son visage est complétement lacéré. Une partie de son cou est déchiqueté. Tout son sang est autour de lui. Personne ne remarque dans un premier temps que son frère est recroquevillé sous un arbre. Il gémit, de plus en plus doucement. Il tremble de peur. Il n’a rien pu faire. Il aurait pu être à la place de son frère. Il a tout vu. Il joue avec son frère aux sumos ; les mains sur les chevilles, ils avancent l’un vers l’autre pour se faire tomber à coup d’épaule. Il avance en se dandinant vers son frère lorsque celui-ci vient d’être projeté à terre par un animal sauvage, de poils bruns qui s’agrippe à sa tête et lui mord le cou. Son frère crie, hurle, essaie de se débattre mais n’arrive pas à se débarrasser de son agresseur qui le déchiquette. Le chien arrive enfin et se jette sur l’animal. Celui-ci lâche sa proie qui tombe inerte. Face à son frère défiguré qui ne bouge plus l’enfant pousse une plainte agonisante. Le chien et le chat sauvage après s’être fait face et jaugé se battent à grand coup de griffes, de mâchoire, de grognements et autres cris. Le fracas de la porte met le chat en fuite. Le chien le poursuit.
Quand il revient, il voit des adultes tout autour du corps de son petit maitre. Celui-ci n’est même plus visible. Il est sous un drap blanc. Son autre maitre n’est plus dans le jardin. Une pierre. Il vient de recevoir une pierre. Pourquoi les adultes lui lancent-ils des pierres. Et qui sont-ils ? ils n’ont jamais été si nombreux. Les voisins, en bons voisins sont arrivés pour aider. Mais surtout pour voir, en curieux. L’occasion de venir dans cet antre est trop bonne. De plus, il faudra bien témoigner que si on les avait écoutés, rien de tout cela ne ce serait passé, ici. Dans un premier temps le chien s’était allongé en signe de soumission pour faire cesser ces jets. Mais en plus des pierres il reçu bien d’autres objets. Ni tenant plus il fit volte-face pour se mettre à couvert dans le bois.
Lorsqu’il le voit revenir, le petit homme n’en revient pas. Son propre chien, le chien tueur est de retour sur les lieux de son carnage. Avec la gueule encore toute ensanglantée, avec assurément le goût du sang de son fils dans les babines et maintenant à l’esprit comme une odeur de sang qui l’attire à revenir ici. Alors sans chercher à comprendre ni à réfléchir sur ce qui a bien pu se passer, il prend la première pierre qu’il trouve et la lance vers ce chien qui est devenu un monstre. De juste rien, le chien vient de passer à l’état d’ennemi privé numéro un. « C’est ce chien qui a tué mon fils !!» s’entent-il crier en jetant une nouvelle pierre, en espérant que son geste sera imité. Il ne cherche pas à comprendre ce qui a pu se passer et si la gueule ensanglantée est bien celle qui a tuée l’enfant. Il ne pense même pas à demander au seul témoin de la scène ce qu’il a vu. Parce qu’il n’a pas cette capacité de réflexion. Et aussi parce qu’il pense que l’enfant est trop jeune pour pouvoir parler, témoigner. A-t-il seulement une fois entendu sa voix ? L’ironie du sort, s’il y en a une, c’est que maintenant et à cause du choc, le frère de la victime ne parlera plus pendant de très très longues années. Il n’y a donc personne pour faire vivre la vérité et pour éviter que ce pauvre animal ne subisse ces jets de pierres, cette course poursuite pendant toute la nuit. Puis à bout de force cette exécution de l’autre côté du bois par cette balle tirée par ce chasseur.
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