Le Maître du temps

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Salut, moi c'est Waouff, auteur indépendant. Je publie quelques-unes de mes œuvres afin de les partager et d'avoir des avis ou autres impressions. Bref j'aime partager ce que je crée  [+]

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Les affres du néant semblaient virevolter en une myriade de fleurs obscures autour d’un halo blafard. Rien de matériel, rien d’existant. Les brefs éclats de matières se déclinaient en multiples teintes sombres. Les touches nébuleuses éclataient sans direction précise, aussi éphémère que timide. Dans cet océan de noirceur, un corps flottait sans forme distincte pour peu à peu prendre l’apparence grossière d’un être humain. Les corpuscules de matières trouvèrent là un rocher ou s’accrocher et batailler face à l’abîme sans fin. L’intrus prit peu à peu consistance pour passer d’une apparence brumeuse à un véritable corps physique.

L’homme, baignait sans direction définie dans ce vide obscur. Il faisait rayonner sa vie dans cet espace mort ou plutôt absent. Puis, alors qu’il prenait conscience de son manque de repère, une porte s’ouvrit dans cette bulle dénuée d’espace. La déchirure lumineuse noya les brumes noirâtres jusqu’à absorber le pauvre être. Ce personnage, Enn Vizar, s’éveilla à nouveau dans une chambre austère, assis sur une chaise, face à un visage sévère.

— Ah, vous voilà enfin réveillé !

Enn Vizar, observait lentement la petite pièce sale dans laquelle il se tenait. Ses bras et jambes étaient attachés, une perfusion intraveineuse pénétrait son bras droit. De multiples machines grésillaient dans son dos. Puis il revint sur l’étranger avec une voix faible.

— Où suis-­je ?
— Je crains que ça ne vous soit pas utile. Vous êtes mort.
— Comment ça ?!
— C’est bien ce que j’aimerais savoir. Vous rappelez-­vous au moins qui vous êtes ?

Le pauvre homme déboussolé, chercha en vain dans ses souvenirs. Il n’y trouva que la bulle du néant dans laquelle il s’était éveillé. Les larmes coulaient le long de ses joues.

— Qu’est-­ce que j’ai fait ?
— Vous avez brisé les lois de la physique. Vous avez voyagé dans le temps et j’aimerais savoir comment vous vous y êtes pris.
— J’ai… je n’en ai aucun souvenir.
— C’est normal, vous n’existez pas encore. D’après vos recherches, nous sommes ici à un point de singularité temporelle. Cette salle est la représentation de la dimension sans temps telle que votre esprit la perçoit.
— Oui… je connais cet endroit.
— C’est la prison d’Orklat où vous avez été séquestré. Un traumatisme résiduel de votre esprit.

Enn Vizar se trouva plongé dans un vieux souvenir de la dite prison. Il s’était opposé aux projets militaristes du régime en place. Il était profondément pacifiste depuis qu’il avait perdu ses deux fils. C’était dans cette salle misérable que les prémices d’un plan visionnaire avait vu le jour. Le docteur Vizar avait utilisé le temps libre dont il disposait à foison pour mettre en place une théorie. Celle de la dimension sans temps qui par la suite donnera naissance à une théorie encore plus incroyable : la porte temporelle.

— Un endroit détestable.
— Ah, vous voyez, vos souvenirs reviennent.
— Oui. J’aimerais en être content mais je n’ai pas un bon pressentiment. Que me voulez-­vous ?
— Je vous l’ai dit, j’aimerais savoir ce qui vous est arrivé.
— Pourquoi m’avoir réveillé dans ce cas ?
— Je suis venu vous rejoindre en fait. C’est le seul moyen de communiquer avec votre personne.
— Alors… vous êtes mort aussi ?
— En quelque sorte oui. N’oubliez-­pas que nous sommes dans une vision de votre esprit, dans une dimension où le temps n’existe pas.
— Autrement dit, vous n’existez-­pas tout comme moi.
— Disons que nous sommes tous les deux la dernière image de nous-­même lorsque nous avons quitté nos réalités respectives.
— Je vois. Dans ce cas, nos corps sont simplement fictifs tout comme ce qui nous entoure.

Le savant se leva doucement de son siège pendant que le décor s’effritait peu à peu. Ce qui était un souvenir du passé laissa peu à peu place aux ténèbres opaques. Plus rien ne pouvait donner le moindre repère au corps flottant d’Enn Vizar. Puis, comme pour répondre à l’appel, une zone s’était dessinée aux pieds de l’être de lumière. Au milieu, un pupitre prenait forme. C’était la machine de Vizar. Il posa ses mains sur le panneau de contrôle et laissa le mécanisme prendre vie.

Les brumes obscures se firent percées par les multiples rais de lumières géométriques, irradiant du cercle. Des sphères de matière étrange s’illuminèrent en réponse. Chacune d’elles abritait les souvenirs du vieux savant. Celui-­ci hésita un moment avant de s’envoler vers la bulle la plus proche. Il la toucha du bout des doigts avant d’y plonger.

— Hey papa ! Pourquoi tu pleures ? Je suis encore vivant.

Ce qui restait des corps de ses deux fils tenait lieu dans la chambre d’une clinique. Juno qui tenait la main d’Enn, son père, n’avait plus que la moitié de son corps. L’autre partie avait été pulvérisée lors de l’explosion d’une bombe chimique. Son second fils n’était plus qu’un amas de chair méconnaissable, rongé par l’acide de l’arme. Ils avaient été victime d’un attentat alors qu’ils sortaient de l’université. C’était la réponse aux actions de répression mené par l’Etat à l’encontre d’autres pays de puissance mineure.

Le corps flottant du savant inondait de tristesse face au destin inévitablement funeste de sa progéniture. Il préféra fuir la douleur que lui inspirait ce souvenir. Il quitta la sphère aqueuse pour se replonger vers une autre.

Il s’agissait d’un homme œuvrant à la lumière blafarde d’un spot. C’était lui, créant sa machine. Il s’était promis de remonter le temps pour détruire les origines militaristes de son pays. Cela même qui avait coûté la vie à de nombreuses personnes dont ses enfants.

Il y avait comme quelque chose de religieux lorsqu’il mit l’effroyable mécanisme en route. D’abord timide, les cercles de métal se mirent à tourner de plus en plus vite autour du pupitre. Enn Vizar était désormais isolé physiquement de sa dimension d’origine. Il ne restait plus que la deuxième étape. Il savait que le retour ne serait pas certain. Mais blessé par son chagrin et surtout aveuglé par sa haine, il inversa les leviers sans l’once d’une hésitation.

La lumière émana des six pylônes du cercle. Des arcs électriques scindèrent les contours de la zone. Les flux aveuglèrent peu à peu dans un vacarme strident l’espace du professeur Vizar. Il ferma les yeux face au halo flamboyant qui se créait autour de lui. L’air vibrait de façon chaotique jusqu’à submerger les sens du savant. Quand, d’un coup, le silence vint en déchirant presque la tempête de la machine. Enn Vizar avait créé une porte sur un nouvel espace : la dimension sans-­temps.

— Incroyable comme c’est silencieux. Tellement immatériel que ça en est déroutant.
— Oui.
— Qui es-­tu ?
— Je suis toi et tu es moi.
— Un double ?

En réponse, douze personnes sortirent des nuages noirâtres pour se montrer à la lumière. Ils avançaient à l’unisson, tous recouvert du même manteau aux couleurs sombres. Leurs traits physiques étaient imperceptibles.

— Nous sommes tous des facettes de ton esprit !
— Intéressant. Nous avons du travail à faire.
— Tout à fait.
— Alors commençons.

Et les quatorze entités modifièrent les paramètres temporels pour changer le cours de l’histoire. L’Etat devint pacifiste et atteint son apogée, épargnant de ce fait la vie de nombreux individus. Enn Vizar put apercevoir ses fils grandir comme il l’aurait voulu. Il se vit vieillir. Mener une vie tout à fait normale en somme. Il pouvait continuer de voir sa famille puis l’humanité progresser à travers les âges puisqu’il ne subissait pas l’échelle du temps. Jusqu’à voir le destin final de l’Univers.

Cependant, une indéfinissable interrogation revenait sans cesse, que lui était-­il arrivé ? Avec tout ce qu’il avait vu, Enn Vizar prit conscience d’une chose terrible. Quoi qu’il fasse dans cette dimension hors du temps, ça ne remplacerait pas le vécu d’une vie. Il décida alors d’arrêter la machine et de retourner à sa dimension d’origine, là où il l’avait abandonné. Connaissant désormais les multiples alternatives et destinées futures de l’humanité, peut-­être pourra-­t‑il sauver des vies par milliers. Il savait que la machine l’attendrait intemporellement.

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Parfumsdemots Marie-Solange · il y a
Un récit bluffant que je trouve fabuleux ,félicitations pour votre prix .
Je vous invite à lire ma poésie Ismaël ,qui quelque part ,est un écho à votre texte et à m’en donner votre ressenti.

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Waouff · il y a
Merci beaucoup, cela fait plaisir de voir que ce texte est toujours lu même après son prix. Et rien ne peut être plus plaisant que les hommages portés à mes manuscrits. Je ne manquerai pas de lire votre poésie !
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Waouff · il y a
Merci à vous tous pour votre soutien et vos encouragements ! C'est grâce à vous que j'ai obtenu la mention spéciale !
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Chantal Sourire · il y a
Belle distinction, bravo !
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JACB · il y a
Ravie pour vous que votre histoire soit distinguée !
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Keith Simmonds · il y a
Félicitations pour ces Mentions spéciales, Waouff !
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Viviane Fournier · il y a
C'est un beau texte et j'ai vraiment aimé ! Belle chance à vous !
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Waouff · il y a
Mon plus grand bonheur et de voir les autres prendre plaisir à lire mes œuvres, alors un grand merci pour votre lecture !
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Keith Simmonds · il y a
Beaucoup d'imagination déployée pour cette œuvre captivante, Waouff ! Mes voix ! Une invitation à venir jouir du parfum et de la lumière de mon haïku, “Éclats de lumière”, qui est en Finale pour le Grand Prix Printemps 2019 ! Merci d’avance et bonne journée !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/eclats-de-lumiere

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Waouff · il y a
Merci beaucoup ! Je vais de ce pas lire votre oeuvre !
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Keith Simmonds · il y a
Un grand merci, Waouff !
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Fred Panassac · il y a
Un récit dense et foisonnant avec une vraie intrigue qui porte des espoirs de paix universelle grâce à vos quatorze entités. Votre style est excellent. Le nom du héros est-il une anagramme ? Mes 5 voix bien méritées et surtout continuez !
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Waouff · il y a
Votre soutien et enthousiasme me font grandement plaisir, cela est très plaisant d'être ainsi encouragé. Enn Vizar n'est pas un anagramme cependant je souhaitais un nom inspiré du mot visionnaire. C'est un mot qui, je pense, colle bien au génie qu'était Léonard de Vinci. Merci encore pour votre soutien !
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Fred Panassac · il y a
De rien, c’est avec plaisir Waouff. Palmarès du jury toujours pas paru, je peux encore croiser les doigts pour vous :-)
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Bozlich · il y a
Bonne chance! Mes votes ! Mon histoire "L'étrange histoire de Frank et son ami monsieur Stims" est aussi en finale. https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-etrange-histoire-de-frank-et-son-ami-monsieur-stims
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Waouff · il y a
Bonne chance à vous aussi ! Je n'y manquerai pas de jeter un œil à votre oeuvre.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Un texte original et plein d'imagination .
je vous souhaite une bonne finale .

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Waouff · il y a
Merci beaucoup ! Je suis très heureux d'avoir atteint la finale !