Le journalisme est un métier

il y a
2 min
362
lectures
127
Qualifié

Ouvrez mes livres, secouez les, il en tombera des poussières. Aux rayons du soleil de vos yeux elles dessineront mes colères et mes voeux. De moi à vous de vous à moi pour un plaisir fou  [+]

Image de Printemps 2019

Interview n°1

Je me précipite sur la pelouse et vais droit sur lui. Il s’essuie le visage avec son maillot et me regarde avec appréhension. Je lui tends le micro. Il hésite un instant en tournant la tête pour se moucher. Son short bleu est déchiré au niveau des fesses. Il est blessé à la jambe. Sa blessure saigne encore un peu.
Il déclare que ça a été dur, très dur. Il pense qu’il a eu un peu de chance. Mais le réflexe à ce poste est aussi très important, n’est-ce pas ?

Un ballon venu d’on ne sait où frappe mon bras qui tient le micro et manque de me l’arracher. Il s’en saisit d’un air furieux et le renvoie d’un coup de pied magistral.
Il ôte ses gants en cuir avec un soupir de soulagement. Des gants qui ont arrêté deux pénalties à la fin du match. Il me fait un geste d’excuse de la main, il doit rejoindre ses équipiers aux vestiaires.

J’enchaîne pour les auditeurs en détaillant la carrière de ce portier mythique du Real. Le ballon me revient dans la figure accompagné d’une bordée d’injures. Mon interview n’a pas du plaire à tout le monde.

Le journalisme est un métier à risques.


Interview n°2

Je sors mon petit dictaphone de la poche de ma parka. Il est là, à coté de moi. Nous faisons quelques pas sur le chemin forestier. Il a le teint cuivré des hommes de son pays d’origine. Il s’exprime avec difficulté. Il souffle entre chacune de ses courtes phrases teintées d’un accent latino.
Son survêtement vert sombre recouvre partiellement ses chaussures de sport. Ses yeux noirs très mobiles semblent poser un regard attentif sur chaque branche, chaque racine, chaque caillou.
Il s’entraîne chaque jour en avalant une trentaine de kilomètres. Il regrette de ne pouvoir le faire dans ses montagnes natales, où l’oxygène est plus rare. Cette année, c’est le cinquième marathon qu’il gagne, sans compter la dizaine d’autres pour lesquels il s’est placé dans les trois premiers.
Son pays lui manque. Il n’a pas les moyens pour l’instant d’y retourner. Ne connaîtrai-je pas une société, mon journal pourquoi pas, pour le sponsoriser, pour lui payer le voyage par exemple au Pérou qui est limitrophe et qui organise des jeux en fin d’année ?
Je lui explique que je ne suis qu’un pigiste sans influence. Il me toise, méprisant, puis allonge sa foulée et me plante là.


Le journalisme est un métier pourri.


Interview n°3

J’ai eu du mal a trouver le lieu de rendez-vous. Le bocage normand, avec ses prairies entrecoupées de haies, est particulièrement traître pour le voyageur qui cherche son chemin. Les indications sont rares, les panneaux en mauvais état, certains pratiquement illisibles.
Par chance, j’aperçois au loin un immense portail qui m’est familier. C’est là. Il m’attend sous le porche en chemise grise et pantalon noir. Dieu qu’il est petit !
Je range la voiture le long du mur. On se serre la main. Il a bien une tête de moins que moi et les jambes arquées. Nous nous dirigeons vers les écuries. Il retire sa veste et la jette sur son épaule. Cela lui donne une allure décontractée qui compense son déficit de taille.
Sa passion pour les chevaux remonte à son enfance en Camargue. Son père y avait développé une manade qui était devenue, au fil du temps, très étendue. Il reconnait que sa petite taille était un handicap. Il avait donc naturellement orienté son activité vers les courses de chevaux. Ici, c’était l’endroit idéal malgré le climat froid et humide. Il y avait des dizaines de champions appartenant aux plus grandes fortunes.
Il avait gagné des dizaines de courses en montant ces étalons maintenant célèbres. Il avait touché des sommes très importantes qui s’étaient partiellement envolées. Il aimait jouer.
D’ailleurs, en en parlant, est-ce que je voulais bien insister dans mon émission sur les très fortes chances de « Coup de foudre » de remporter le prochain prix de Monaco. Il y aurait naturellement un petit cadeau si j’acceptais.


Le journalisme est un métier d’influence.

127
127

Un petit mot pour l'auteur ? 28 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Eric diokel Ngom
Eric diokel Ngom · il y a
Un plaisir et une chance de découvrir ta page .j'ai bcp aime.. un texte original et bien structuré.. merci de consulter l mien pour me donner un avis et voter si sa vous tente..le journalisme est un métier
Image de Samia.mbodong
Samia.mbodong · il y a
Intéressante approche, vous auriez pu aussi développer une interview sur les gilets jaunes… même si ce n’est pas du sport
Qui a dévoilé une triste facette de ce métier
Bravo et merci
Je soutiens.

Image de Marie
Marie · il y a
Original cette idée d'interview. Mon soutien
Image de Yves Le Gouelan
Yves Le Gouelan · il y a
J'aime bien construction en trois interview, trois portraits trois approches, journaliste sportif c'est sympa.
Image de T. Siram
T. Siram · il y a
Chaque métier a ses avantages et ses inconvénients...
Image de ALYAE B.S
Image de Daniel Grygiel Swistak
Daniel Grygiel Swistak · il y a
Les surprises du métier, j'ai aimé, mes voix, j'ai aussi un site si vous avez le temps, merci
Image de Patrick Peronne
Patrick Peronne · il y a
"Un témoignage" qui se lit avec curiosité et beaucoup de plaisir.
Image de A M I C X J O
A M I C X J O · il y a
Le journalisme est un bizarre métier, j'ai dit bizarre, comme c'est bizarre
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
les méandre professionnelles!!! toute une histoire et celles-ci sont bien racontées.

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Chromosome 21

Karine Mac

Lorsque Totof est venu au monde, il y a eu un très gros orage. Pépé pense que ça a sûrement fait disjoncter un appareil à la maternité, et que c’est pour ça que Totof est pas comme les... [+]