Le jour où je suis mort

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En compétition

Qui suis-je ? Bof, un voyageur, un curieux, peut-être un voyeur… nobody, nemo, personne finalement, bien que Personne n’était pas n’importe qui, c’était quelqu’un qui savait voyage  [+]

Image de Été 2020

Deux jours après mon opération, je poursuivais sagement mon séjour en soins intensifs dans un célèbre hôpital parisien.
Pour tout dire, je m’apprêtais à me là couler douce aux frais de la sécu.
Ma présence en ce lieu faisait suite à deux ou trois ajustements de tuyauterie autour de mon vieux cœur fatigué. Il est vrai qu’il était devenu un peu poussif et manquait de reprises en côtes, mais, je vous l’avoue, n’en ayant qu’un j’y suis particulièrement attaché. De ce fait, j’ai dû me résoudre à le faire « updater » ; comme dit le gamin de mon voisin.
Nous étions donc au soir du jeudi 30 avril 2020 veille du 1er mai. Date symbolique où l'on a plus tendance à offrir un brin de bonheur plutôt qu'un bristol bordé de bandes noires.

Alors que je m’abandonnais à une somnolence des plus paisibles, la sinistre camarde m’était soudainement apparue. Elle avait décidé de passer me proposer une première et ultime rencontre. J’en fus particulièrement étonné, car, en cette période de confinement, toutes les visites étaient interdites dans l’hôpital. La faux à la main, riant de toutes ses trois dents, elle tendit un index décharné vers l’un des monitorings qui encadraient mon lit : pulsations 258, tension 6, et hop... un malaise tourbillonnant m’enveloppa. Au prix d’un suprême effort, la fixant droit dans le fond de ses orbites, je lui fis remarquer qu’elle outrepassait ses prérogatives. En effet, ma qualité de Breton issu d’une noble et longue lignée, se devait d’empêcher son pouvoir de s’exercer sur ma personne. Seul l’ANKOU, le moissonneur officiel de la mort, avait cette faculté. En conséquence, je n’accepterais aucune sentence sépulcrale sans son formel consentement.

Manifestement irritée elle proféra quelques anathèmes dans ma direction en m’assurant d’une rapide visite de l’Ankou à bord de sa charrette tirée par une paire de vieilles carnes fatiguées. Puis, dans un mouvement hautain et théâtral, se drapant dans son linceul, elle disparut dans un brouillard de mort et de claquements d’os. Je n’ai eu que peu de temps à attendre pour qu’en semi-léthargie, je perçoive le pas lourd de chevaux ahanants. Un attelage à l’essieu grinçant et au tintement aigu des grelots se rapprochait de ma couche.

En ce lieu confiné, aseptisé, ces bruits étaient incongrus, pourtant, flanqué de deux créatures démoniaques, l’Ankou ne tarda pas à faire irruption dans ma chambre. Ils étaient tous trois affublés d’une blouse bleue siglée AP-HP. Entre son masque et son bonnet blancs, je ne pouvais voir que ses grands yeux battus par de longs cils de gazelle. Les clochettes stridentes de sa carriole s’agitaient de plus en plus rapidement et venaient se confondre avec les alarmes des appareils qui me cernaient de toutes parts. Bien que très serein, je percevais une ambiance particulièrement tendue. L’équipe de faucheurs d’âmes ne me semblait pourtant pas inamicale.
Elle brandissait… mais pourquoi dis-je « ELLE » ? En pays armoricain, chacun sait que l’Ankou est un homme squelettique au faciès de momie avec pour seuls vêtements un large feutre et une cape noire comme l’enfer. Là, je dois reconnaître que le personnage était aux antipodes de l’image que les anciens de Basse-Bretagne m’en avaient fait.
Eh bien oui, pour l’occasion, l’artisan de la mort avait pris l’apparence d’une grande et jolie jeune femme, ce qui, entre nous, n’était pas pour me déplaire. Elle avait déposé sa faux et brandissait une énorme seringue de vétérinaire contenant probablement « un bouillon d’onze heures » de sa composition. Tant mieux, pensais-je, ma fin n’en sera que plus douce. S’afférent à sa triste besogne, ses deux acolytes, également masqués, exécutaient une danse macabre autour de mon lit, tripotant çà et là les tuyaux qui me perforaient le thorax et la gorge. Une douce torpeur m’envahissait. En observateur distant, mon esprit flottait avec légèreté au-dessus de la scène.
Et puis, tout de blanc vêtu, la silhouette imposante d’un homme, était venue s’encadrer dans le chambranle de la porte. Nimbé d’une éclatante aura, l’homme élevait à deux mains une seringue d’une taille respectable.
Était-ce lui l’être de lumière, le gardien du fameux tunnel dont le monde des invisibles, parle ?
Bien que passablement éthéré, je me sentais cependant lucide et apaisé. Planant du haut de mon observatoire, je constatais que même l’Ankou en restait coite malgré son excessive propension à faire passer les humains de vie à trépas. Penché au-dessus de mon enveloppe charnelle dénudée, avant de frapper, l’homme n’avait proféré qu’un seul mot au sens parfaitement obscur pour moi : « ADRÉNALINE » !
Après de gigantesques soubresauts et quelques hésitations, j’avais fini par accepter de regagner ma dépouille martyrisée.
Regagner ma dépouille… regagner mon corps… était-ce bien là mon désir ? Il y avait tant de choses à découvrir dans le monde que je venais d’entre apercevoir.
On nous dit qu’en telle situation de « mort imminente », on revoit défiler les faits marquants de sa vie, que l’on pense à ses proches, et bien sûr, qu’on ne manque pas d’implorer un Dieu de miséricorde.
Balivernes et billevesées que tout cela, à l’instant précis du trépas… On s’en fout !
Aux portes de l’au-delà, plus rien n’a d’importance. Croyez-en ma récente expérience, entre le naturel et le surnaturel la frontière est ténue.
En vérité je vous le dis, si la souffrance est insoutenable, la mort elle, n’est pas aussi pénible que nous le font croire ceux qui ne sont jamais morts.

Centre de Réadaptation Cardiaque le 25 mai 2020.

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Alain de La Roche  Commentaire de l'auteur · il y a
À Natacha, mon infirmière, en espérant qu'elle me pardonne de lui avoir fait endosser la défroque de l'Ankou.
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Elisabeth Deshayes · il y a
en tous cas, je conçois qu'aux portes de la mort, les idées puissent s'embrouiller ! prenez soin de vous, maintenant !
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Vrac · il y a
Cela vaut la peine de faire faire quelques travaux dans sa tuyauterie si en retour on voit tout ça... et qu'on peut le raconter après
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Alain de La Roche · il y a
Merci de votre vote Vrac. Il est clair que je ne fais pas comme vous dans "l'art pompier" (je viens de vous lire et de voter ;-) ).
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Dédé · il y a
Au moins savez-vous écrire !
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Line Chatau · il y a
J'ai aimé votre texte et j'ai écrit pourquoi mais j'ai oublié de l'enregistrer: pas de OK pas de texte! Voilà c'est dit et en plus j'ai apprécié l'humour et la belle écriture! Bonne convalescence !
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Alain de La Roche · il y a
Merci Line. J'encourage vivement mes amis lecteurs à aller faire la connaissance de votre "Petit Jean".
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Line Chatau · il y a
C'est vraiment sympa! C'est une très bonne idée d'encourager et partager. Je le fais tout de suite!
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Zutalor! · il y a
Donc, et c'est tant mieux, et c'est très bien raconté, vous êtes, provisoirement comme tout un chacun, un rescapé tout frais de ''la bascule dans la pièce à côté"...
En droite ligne de la toute fin (si l'on peut dire) de votre texte :
F. Mitterrand, interminablement et dans le plus grand silence, se recueillait un jour devant la tombe d'un vieil ami mort en compagnie d'un vieil ami vivant. Ce dernier, n'y tenant plus, crut bon d'émettre une banalité comme "le pauvre..."
Mitterrand leva un sourcil et laissa tomber : ''Comment ça, le pauvre ? Mais il est le seul à ne pas savoir qu'il est mort !"

Ps : je ne comprends pas le verbe utilisé dans cette phrase :
''S’afférent à sa triste besogne, ses deux acolytes, également masqués...''

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Alain de La Roche · il y a
Désolé, je sais qu'il y a trois fautes d'orthographe dans mon texte. Je corrigerai dès que possible.
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Safia Salam · il y a
N'oubliez pas de comptabiliser les effractions au style et les crimes de ponctuation.
Je suis bien heureuse que vous n'attachiez aucune importance aux votes, comme je ne vote pas pour vous. On est presque quitte maintenant. Je dois juste commenter encore quelques petites amabilités que vous avez parsemées sur ma page...
Bonne journée !

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Zutalor! · il y a
Hou là, personne n'en tombera malade. Et heureusement. Sur le sujet de l'orthographe française, avez-vous écouté ceci ?

https://www.youtube.com/watch?v=5YO7Vg1ByA8&fbclid=IwAR0HOU5c9IQeavwfsG84UqTa7ZHFCIAQO8pdPuSlLobGpN3hmSnfkJ0d3_g

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Alain de La Roche · il y a
EXCELLENT. Je garde le lien.
Et en plus ça m'arrange.

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Zutalor! · il y a
Vous m'en voyez tout guilleret : que la franche gaieté qui se dégage - jusqu'au final en feu d'artifices - de cette conférence vous eût dérangé m'aurait grandement étonné.
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France Passy · il y a
C’est vraiment vraiment bien écrit (style et tonalité me plaisent tout autant)
Intéresser avec un sujet pareil: respect

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Alain de La Roche · il y a
Tout d'abord, j'ai trouvé que votre commentaire était bien trop complaisant, puis j'ai relu mon texte.
Eh ben, savez-vous, c'est vous qui avez raison, du coup j'ai voté pour moi.
🤣🤣

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Claire Dévas · il y a
Expérience hors du commun. Je n'en reviens pas !
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Alain de La Roche · il y a
Moi, j'en suis revenu ! 😉
Trois mois plus tard, tout va bien aucune séquelle de cette expérience de "mort-retour".
Merci Claire pour votre lecture.

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Claire Dévas · il y a
Il y a des revenants sympathique... surtout ceux qui écrivent bien :-)
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Alain de La Roche · il y a
Merci Claire mais j'ai bien peur de devoir payer une taxe au titre de l'impôt sur le revenu.
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Adriano Ó Grádaigh · il y a
Oui, t'avais oublié de le mettre en pied de texte Alain! J'ai du Googler l’Ankou aussi ;). Récit intéressant, comme d'habitude.
A bientôt !

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Ikouk OL · il y a
Alors? Votre personnage a-t-il vu "la lumière blanche"?Je devine qu'un vigoureux breton préfère la lumière du jour à celle-ci! Joli texte, à l'humour... noir parfois. Et puis la légende de l'Ankou, c'est toute la Bretagne qui surgit à l'orée d'un hôpital Parisien. J'aime ce texte comme Roxanne (-;
... Et je m'abonne

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Alain de La Roche · il y a
Ikouk Ol,
Mon personnage a vu la lumière blanche mais il ne s'agissait pas de celle du soleil levant mais plutôt celle du patient couchant.

Vos propos me laissent à penser que vous êtes un auteur de goût et de talent, alors, de ce pas, je m'en vais lire vos productions. 😉

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