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Le jour où j'ai compris que le père Noël n'existait pas

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Plumette P

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Cette année là, j’avais soigné ma lettre au père Noël.
Ce que j’avais à lui demander n’était ni facile, ni ordinaire.
Mais, j’en avais tellement envie !
Je m’étais installée sur mon petit bureau, à la nuit tombée, avec mes crayons de couleur. J’avais commencé par dessiner une guirlande, tout autour de la feuille, en m’appliquant, très concentrée dans la confection d’un joli ruban coloré.
Je retardai le moment de coucher sur le papier ce vœu secret, que j’avais conservé pour moi seule, malgré les relances de ma mère «  tu me donneras ta liste pour le père Noël ! »
De liste, il n’y en aurait pas ! Je ne désirais qu’une chose, une seule !
" Cher père Noël,
Je voudrais que tu m’apportes des yeux bleus."
Le père Noël comprendrait.
C’était vraiment trop difficile d’entendre tous les adultes s’extasier sur les yeux de ma petite sœur.
«  Ah les beaux yeux ! Quels magnifiques yeux bleus ! Avec ces yeux là, elle n’aura aucune peine à trouver un mari !... »
J’avais plié en quatre mon petit message, je l’avais mis dans une enveloppe dorée puis l’avait glissé dans la boîte du père Noël avec lequel je partageais désormais mon secret.
Ce soir de Noël, j’étais particulièrement silencieuse, masquant ma fébrilité derrière une sagesse à laquelle je n’avais pas habitué mes parents.
Au pied du sapin, la taille du paquet qui m’était destiné avait instillé en moi un premier doute. En l’ouvrant, mon cœur battait très fort. Je sentais sur moi le regard de mes parents et même une sorte de sollicitude inquiète de ma mère, bizarrement attentive.
Je déchirais le papier rouge, constellé d’étoiles brillantes.
Je vis apparaître une boîte blanche, assez longue, sans rien dessus qui puisse permettre de deviner son contenu.
Je sentais, sans pouvoir l’expliquer, une catastrophe imminente.
Je soulevais le couvercle et vis un poupon dodu et rose.
Je n’avais pas envie d’aller plus loin.
Sur l’insistance de ma mère, je pris le poupon dans mes bras ;
Allongé, il avait les yeux clos. Elle m’encouragea à le redresser.
Debout, ce joli bébé ouvrait de grands yeux bleus, ronds comme des billes, sans expression.
J’étais muette de déception et de tristesse.
Ce jour là, je sus que le père Noël était un imposteur.
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Image de cendrine borragini-durant
cendrine borragini-durant · il y a
Très joli texte qui laisse un goût un brin amer. On se sent désolé pour cette petite fille qui découvre une des petites cruautés dont l'existence est capable. Dur, mais nécessaire, apprentissage
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Fleur A. · il y a
Quelle que soit la couleur ce sont les émotions transmis par le regard qui importe
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Vrac · il y a
Rien n'est plus tragique, pour les enfants, que les cadeaux qui passent à côté...
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Joëlle Brethes · il y a
Console-toi, ma mignonne : à l'ère des lentilles colorées, tu vas pouvoir changer à ton gré la couleur de tes yeux :) et il était temps que tu réalises que le père Noël est, en effet, un imposteur ! ;)