Le jour d’après

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Tout est possible dans la vie  [+]

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Je sais ce qui m’attend, mais le fait est que la peur qui me guettait hier encore est passée. J'ai osée regarder ma mort. Comme un bourreau, je l'ai démasquée et fixé droit dans les yeux. Désormais elle ne me fait plus peur et je ne sais plus ni en rire, ni en pleurer. C’est peut-être là même toute son insolence.

Cette nuit sera certainement ma dernière, sauf imprévu. Seulement je me demande encore combien de personnes laisseront couler quelques larmes pour moi, même si elles ne changeront rien à mon destin.

Le destin d’une femme exagérément solitaire qui n’avait que sa grande glace de salle de bain pour se parler à soi-même et se faire comprendre de gré ou de force (je ne sais plus trop) que rien n’allait plus être avant. Déjà qu’il faudrait d’abord être vivant pour y penser après.

Le changement de sa taille et de sa forme m’inquiétait toujours quand bien même j’avais déjà d’autres plans en tête. Pourtant je n'avais qu'une quarantaine d'années lors de sa détection. Après un diagnostic amer à avaler, j'étais horrifiée, angoissée et désemparée. Plus rien ne pouvait me sauver de la dépression. Ni bière, ni whisky, ni cigarette. Je sombrais comme un navire de guerre pilonné par mille boulets de canon.

J’imaginais même une sorte de gym pour pousser cette tumeur plus maligne que bénigne à perdre quelques kilos comme je le fis lorsque j’étais en surpoids. Hélas, il n’y a pas de salle de sport pour les tumeurs. La chimiothérapie était ma seule option cause du risque de récidive élevé, qui conduisait inévitablement à une amputation du sein. Oups, une ablation plutôt. Après tout c’est pareil je crois...

J'étais si attachée à mon physique de mannequin qui me bouffait toujours une folle attention. Et l'idée de le voir subir une mutilation était simplement inacceptable. Après ce combats si dure et si épuisant, je jetai les gants, et je me désistai. Je m’exerçai à de la mauvaise chimie sur un site illégal qui me fit découvrir le type de mélange viecide, capable de me faire quitter ce monde en douceur.

Mais avant le trépas, je pris le soin de tout ranger dans ma vie avant de la quitter. A la tombée de la nuit je finissais de rédiger cinq lettres. La première était pour mon père que je visitais régulièrement dans sa maison de retraite. La deuxième, je la destinais à mon prof de danse que j’aimais depuis trois ans. La troisième, elle, était pour mon ex-mari et mon fils de sept ans que j’avais abandonné sans remords pour ma carrière musicale et qui vivait donc avec son père. La quatrième lettre était pour toutes ces quelques rares amies hypocrites que je chérissais malgré tout. La cinquième en fin, était pour mes voisins que j’ennuyais souvent avec mon violoncelle tous les soirs.

Je m’assis sur mon lit, je vidai des petits flacons d’un contenu létal que j’avais découvert et acheté sur internet, et je me précipitai sur cette seringue tout petite et innocente en tendant mon bras. Je savais donc que je n’allais plus pouvoir me réveiller le lendemain. Ce qui se fit.

C’est d’en bas que je vous parle, six pieds sous terre, car ça a marché, même si ça m’a aussi appris que j’aurai pu patienter mon trépas calment et naturellement car je m’étais tordu de douleurs toute la nuit avant de me taire pour l’éternité.
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