Le jeu du robot

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C’est lui mon nouveau partenaire ? C’est surement un bleu, on les reconnaît vite les bleus, ils ont cette étincelle de vie dans les yeux, comme s'ils venaient de se réveiller un matin de Noël, ils ne savent pas qu’ils sont en train de faire une erreur qui va leur coûter cher.

“Ca fait longtemps que tu joues ?”, il me demande.
5 ans déjà... Il y a 5 ans j’imaginais que ce jeu m’apporterait la gloire, me ferait devenir une sorte de demi dieu... 5 ans plus tard je suis un monstre.

“Tu fais partie de quel groupe ?”
Oui c’est bien un novice, au bout du 10ème partenaire tu ne poses plus de question, on est pas la pour faire ami-ami, novice, on est là pour jouer et tu devrais plutôt te préparer au lieu de poser des questions inutiles.

“Les naturals” je lui répond, les naturals mon cul, il n'y a rien de naturel dans ce qu’on s'apprête à faire, il suffit de jouer une fois pour s’en convaincre. Tout est devenu fade, sans saveur, même le sexe n’est rien comparé aux flux d’émotions intenses et contradictoires qui va bientôt nous submerger moi et le novice.
Le novice et moi on doit dire ? Ecoutez, si vous commencez à faire passer les autres avant vous même vous n’irez pas loin dans ce jeu, et d’ailleurs fermez-la c’est moi qui raconte.

Donc on commence à marcher vers la zone de jeu, il n’y a pas vraiment de zone délimité pour jouer mais ne me demandez pas pourquoi, on trouve souvent des cibles dans l'avenue des grands magasins.

L'avenue est bondée mais étonnement silencieuse, le calme avant la tempête, même le novice a cessé ses questions inutiles, il a senti que l’action était proche. Deux cibles traversent la route à 50 mètres, mon regard croise celui de on partenaire, il les a vues aussi, il a un bon œil pour un novice.
"On se les fait ?", dit il en souriant... il bluffe, ses yeux ne mentent pas, il a peur. Si vous n’avez pas peur vous êtes un psychopathe et si vous êtes un psychopathe vous êtes très bon dans ce jeu.

On les suit à bonne distance pour élaborer un plan, le meilleur plan c’est d’attaquer sans stratégie car ces créatures connaissent déjà nos stratégies mais seul les meilleurs joueurs en sont capables...

Un frisson parcourt mon épine dorsale, mes mains sont déjà moites mais je dois y aller. Pas question de passer pour un froussard, qu’est ce que je ferai si il raconte sur le groupe que le grand Kal Zaroc dont on vante tant les exploits est en fait un froussard ? Plus aucun joueur ne voudra faire équipe avec moi.

J'accélère la cadence sans éveiller les soupçons, ces êtres peuvent sentir les mouvements suspects mieux que personne.

"Ne fais pas ça !"
Plus je me rapproche et plus une voix dans ma tête essaye de m'arrêter.

"Tu es avec un novice, tu devrais viser des cibles seules, deux c'est trop"
Après 5 ans j’ai appris que mon cerveau est très créatif pour trouver des excuses, et il sait se faire entendre.

“NON N’Y VAS PAS, C'EST DANGEREUX ! ”, les instincts formés il y a des milliers d’années me crient de ne pas le faire.
Heureusement je sais comment répondre à mon cerveau: “TA GUEULE, TA GUEULE, TA GUEULE”
Le novice ne suit pas, il abandonne... Vous voyez dans la vraie vie, ce mec est surement bien plus riche et puissant que moi, mais ici, dans ce jeu, qui tu es n’a aucune importance, tu peux avoir une Ferrari et un jacuzzi chez toi mais si tu as trop les chocottes pour aller jusqu’au bout, tu es une sous merde et rien d'autre.
Ne m'en voulez pas, je dis pas ça pour être méchant, en fait je l’envie ce mec, si il à de la chance il disparaîtra du jeu définitivement, et il gardera son humanité.

“Concentre toi bordel“ je suis donc seul maintenant pour affronter ces deux créatures, je préfère ça, personne pour me gêner, ne pouvoir compter sur personne d’autre me donne toujours une extra dose d’adrénaline.
Une dernière inspiration. J’y vais.

“Salut !”
Elles me regardent surprises, c’est pour cette seconde que je suis venu, cette seconde où se mêlent la peur et l’excitation, cette seconde ou l’espace d’un instant j’entre dans la vie d’une personne en défonçant la porte, cette seconde pendant laquelle je ne me suis pas encore rendu compte qu’en fait je ne risquais rien depuis le début.

“Vous êtes trop stylées ! Je sais que c’est un peu bizarre dans la rue, mais je passais dans le coin, je vous ai vu et j’ai eu envie de venir vous dire bonjour”
Compliment + Empathie + Explication, tout ça avec un sourire travaillé devant le miroir... l’adversaire n’a aucune chance.

"Vous vous appelez comment ?"
Toujours commencer par des questions faciles, après 2 minutes d’interaction le malaise aura disparu des deux côtés et on pourra commencer une vraie interaction.

Peu importe le résultat, j’ai eu ma dose.
Peut être qu’à l’issue de cette interaction j’aurais un numéro. Peut être que j’aurais un rendez-vous. Qui sait, peut être que vous aurez l’impression que je suis tombé amoureux, mais ne vous y trompez pas il y a bien longtemps que les filles sont des cibles et que je ne ressens plus rien pour personne.
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