Le jardin des délices

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j'écris des nouvelles mais aussi des textes et musiques que je chante à la guitare douze cordes et tout le saint-frusquin, le bazar lézardes et fractures des univers, de la vie du mystère des  [+]

Image de Automne 2018
On entre au jardin par une porte dérobée, tandis qu’alentour il semble qu’on vous épie. Un mur gris en borne les limites, sans début ni fin. Aux abords de la porte, le vent froid de la lande râle d’un son rauque et des grappes de lianes s’agrippent aux barreaux rouillés. Elles enlacent le portail d’une moire vert grisé.
La porte s’offre à vous. Il ne suffirait que d’une poussée, d’une simple poussée délicate.
On entre au jardin par le mur, en l’escaladant, en s’y accrochant comme la mousse se blottit au creux du rocher, sur cette longue lézarde raturée à la hâte, blessure de pierre sans fin ni début. On s’écorche, on gigote, on se hisserait dangereusement jusqu’au faîte et si l’on y parvenait, si proche du jardin, on se sentirait la force de déplacer des montagnes.
Et le mur s’offre à vous, il ne suffirait plus que d’un saut, d’un simple saut énergique.
On entre au jardin par mille ruses si subtiles où si brutales, c’est selon.
Aux abords de la muraille, une nappe de brume rôde alentour. Elle vous suit mais garde ses distances et si elle s’accroche à vos pas c’est sans jamais empiéter sur vos traces. Elle se glisse au ras des herbes, se love dans les interstices, s’allonge en fils ténus ou se rétracte en boule opaque. Seul le vent froid de la lande pourrait la dissiper quelque peu. Parfois elle rejoint, évanescente compagne de l’ombre, la fraîcheur des hauteurs du grand mur.
Au lever de la lune, elle s’enfle telle une voile poussée par le vent et s’enrobe d’un immense cocon adamantin, s’arrimant vigoureusement au mât de la muraille, scintillant sous ses reflets argentés. Certains disent alors avoir deviné dans ses fils tissés, en réverbération, l’esquisse du jardin, mais peut-on vraiment les croire ?
Au flamboiement de l’aube, elle s’éveille, se rétracte puis monte alors doucement vers le soleil. Certains affirment qu’il suffirait alors de s’approcher d’elle et de se laisser doucement emporter pour entrer au jardin. Personne n’en doute plus ; la brume est le rêve du jardin, son désir de déborder le mur pour envahir le monde extérieur.
Quelques audacieux, voulant éviter les mirages de la brume, auraient tenté de s’enfouir au plus profond de la terre. Ils auraient creusé des galeries et tenté de forcer l’entrée du jardin par dessous. On dit que tous, tous butèrent contre le mur, sans début ni fin, infranchissable barrière de corail souterraine isolant l’île jardin.
Les plus téméraires auraient tenté de survoler le jardin. D’eux, il ne reste aucune mémoire. Les plus respectueux auraient choisi la solution la plus simple, d’apparence, entrer par la porte. Ont-ils manqué de cette incroyable finesse que requiert la poussée, se sont-ils trop approché des lianes ? Personne n’en sait rien, d’eux nous ne gardons aucun souvenir.
On sait qu’on approche du jardin, avant même d’apercevoir le mur qui barre l’horizon d’un trait glacé, quand le paysage se métamorphose brutalement. On est alors dans un no man’s land inquiétant. Les épaisses forêts qui couvrent tout l’arrière pays s’étiolent subitement et la riche terre couverte d’humus laisse place au sol rocailleux, la lande désolée battue par les vents. De chétifs buissons épineux la hérissent et d’énormes amas de pierres tracent sur la terre desséchée des figures emblématiques, incompréhensibles au profane. Certains blocs sont parfaitement circulaires et dessinent d’imaginaires margelles de puits. D’autres se dressent vers le ciel, plombé de nuages noirs curieusement immuables, index pointés vers l’azimut, menhirs paratonnerres. L’herbe alentour s’est dénudée, dessinant une couronne de terre vierge. On dit que les voyageurs, surpris par la nuit et contraint de dormir à proximité de ces mégalithes, à jamais resteraient endormis et que de nouveaux amas rocheux auraient recouvert leurs corps.
Quand on approche d’aussi près le jardin, la faune disparaît, hormis ces oiseaux noirs, mi corbeaux, mi rapaces. Certains affirment qu’ils sont augures favorables, alors que d’autres y lisent l’annonce d’un malheur imminent.
Quand au mur, il nourrit les plus âpres discussions et les affirmations les plus contradictoires. Il serait lisse ou rugueux, gris ou d’un blanc éclatant, très haut ou peu élevé, nu ou couvert de mousse... De cette cacophonie, ne pourrait-on simplement penser que le mur est versatile ?
Pour le reste, les plus folles explications existent. D’aucuns ont affirmé, par exemple, avoir entrevu les soirs de lune nouvelle, des myriades de papillons tropicaux surgir du mur et s’élancer en colonnes éphémères vers le ciel. Mais ceux-ci ont désormais le regard éteint, perdu dans la jungle d’un passé insondable. Étrangement ils ne parlent plus.
Tout ce que l’on dit sur le jardin est vrai et mensonger à la fois, c’est vrai. J’ai réussi à me hisser au sommet du mur et à contempler le jardin. Je n’y suis pas entré, et pour cause. Je suis redescendu et j’ai rebroussé chemin, chez moi.

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marif pansier · il y a
magnifique. les jardins de la vie, dans la vie, j'aime beaucoup!
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Patrick Gibon · il y a
un grand merci pour ton premier commentaire et lecture pas la première!
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Jeanne en B · il y a
A chacun d'escalader le mur ou de pousser la porte pour y trouver ses propres secrets... ou bien de s'enfermer avec eux chez soi. Incroyable le pouvoir de la pierre... et des mégalithes, autant de rêves, d'histoires, d'imagination... un beau texte Patrick. Pour ce que j'ai lu, je le place en second derrière la forteresse.
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Patrick Gibon · il y a
merci de ton passage fidèle lectrice qui patiemment écume mon mur!
un de mes textes préférés aussi, les grands esprits et espoirs se rencontrent.

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Patrick Gibon · il y a
putois! ça se fête, tu viens de tilter mon 900 ème coeur sur ce texte!
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Jeanne en B · il y a
Ha ha, fais péter le champagne !
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Zut Alors · il y a
Très chouette... (Très travaillé ? Évidemment...)

Si tu permets, je viens de lire ceci, et je te laisse le lien à la fin de l'extrait.
Et salut à toi, le Pat' qui habite près d'un sacré jardin mais n'y entre pas...

« Bonsoir la nuit, bonsoir les étoiles. Bonsoir le lion qui n’a plus de dents et qui ne mange que du yogourt sous le vieux château de Gordes, bonsoir le micocoulier et le chêne, bonsoir l’olivier… » Assis sur le banc de pierre accolé à la maison, une petite fille et son papa apprivoisent l’obscurité qui s’étend sur le maquis et exhale l’odeur des tilleuls. Quelques cigales stridulent avec langueur. Au-delà du muret du jardin, c’est la plaine de Gordes, à perte de vue, infiniment loin, jusqu’aux ombres hautes du Luberon. Le soleil a disparu depuis longtemps, mais la lumière oscille encore, et le crépuscule, parfois, a la couleur de l’or.
Tous les soirs, avant de se coucher, après avoir salué les arbres et la terre rouge de Roussillon, la petite fille qui sait reconnaître la Grande Ourse et voudrait toucher la Voie lactée se demande à quoi peut bien ressembler un lion qui n’a plus de dents.
Elle ne le dit pas à son père, mais elle est impressionnée par la proximité de ce félin édenté, dissimulé dans les caves du château qui domine la vallée. Ce n’est pas rien, de partager le territoire d’un fauve affamé de produits laitiers…
https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2020/07/17/francois-mitterrand-anne-et-mazarine-pingeot-a-l-ombre-des-tilleuls_6046519_4500055.html

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Patrick Gibon · il y a
merci de ta lecture mais sinon, non je travaille peu mes textes (TOUS, ne sont "pas travaillés" au sens habituel), c'est de l'écriture quasi automatique au différente vitesse v, v', v'' ou v''' suivant les "définitions" d'André Breton -ma référence en la matière étant bien évidemment "les champs magnétiques".
et vide dément du boulot de relecture et correction Kant même, surtout pour les textes v'' ou v''' bourrés de scories vu la vitesse démente qui s'impose -mais Breton et Soupault ont du faire de même pour arriver à une telle qualité-.
c'est en cela que je dis "écriture QUASI automatique" mais l'esprit y est. quand je commence un texte et même de très longs, à de rares exceptions près ; j'ai écrit un bouquin entier comme cela et il tient, à mon sens, la route. je n'ai aucune idée préalable de son déroulé et encore moins de son final, ce pourquoi la plupart sont "ouverts" et re ce pourquoi j'ai adoré œuvrer avec Marsile Rincedalle dans "le signe du singe" notre "chef d’œuvre", je l'affirme haut et fort et assume l'hénaurmité du propos!

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Martine-MARIE marie · il y a
Très belle proposition du jardin des délices...pour moi le jardin des délices ressemblerait plus à un lieu de luxure...autre vision
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Patrick Gibon · il y a
nous avons tous une vision différente de nos jardins secrets!
merci de votre passage sur un de mes textes fétiches mais un peu oublié même s'il est un des plus lu.

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Michèle Mancheron · il y a
Qu'il est bon de savoir qu'il existe un jardin brumeux et moussu au milieu du minéral dans lequel on se plaît à vivre, comme moi.
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Patrick Gibon · il y a
merci de votre passage et commentaire, désolé pour le retard j'avais du zapper!
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Valérie Labrune · il y a
Magnifique texte, au style incantatoire.
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Patrick Gibon · il y a
merci, sûrement un de mes préférés pour des tas de raisons, un texte emblématique aussi de ma "recherche" qui restera inaboutie, c'est dans le pacte de la vie, simple!
faut juste le savoir et après faire du théâtre sans trop de masques, à force ça déforme la tronche!

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Dranem · il y a
A propos du Jardin des délices que je viens de relire, je pense au film de Bunuel " La mort en ce jardin " . Certains textes comme celui-ci restent dans nos mémoires....
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Osi · il y a
Une description bien travaillée d'un jardin que l'on ne connaîtra pourtant jamais.
J'aimerais être capable de faire de telles descriptions ! Je suis heureuse d'avoir lu ce texte.

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Patrick Gibon · il y a
ce qui compte, merci mille fois, d'avoir été heureuse de lire ce texte en évanescence parmi les milliers d'autres et qu'il vous ait "nourri", très cordialement, merci VRAIMENT pour toutes vos lectures!
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Osi · il y a
Merci de me les avoir proposées !
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Hélène · il y a
Un jardin secret, intériorité foisonnante et vertigineuse ...
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Patrick Gibon · il y a
merci d'être passé sur un des tout premiers textes publié dans short
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Arnaud JOMAIN · il y a
Merci Patrick, pour le coup, j'ai installé mon "vers à soie" (voir réponse par ailleurs) dans votre merveilleux jardin aux mille délices.
Arno

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Patrick Gibon · il y a
merci de votre lecture et sympathique commentaire!

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