Le hérisson

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JCJR parce que ce sont mes initiales. Mon stylo court sur le papier,ayant parfois une vie propre et je ne sais pas toujours où il peut m'emmener...bonne lecture. Jean-Claude.  [+]

Il est 3 h 30 du matin. C’est bien trop tôt. Le café me regarde, attendant que je le boive et que mon énergie m’amène à soulever la tasse. Je ne suis pas encore décidé. Mon regard est vague, essayant d’exister dans le flou, qui m’entoure. La tasse émet dans l’air une petite fumée blanche, dont les effluves viennent me titiller et me rappellent, que le réveil est en cours. Les fragrances du café ont une petite pointe de caramel, qui vient me velouter l’intérieur du nez. Il est chaud. Je le tiens dans une main, tandis que l’autre s’empare d’un croissant, dont la surface craquante s’effrite sur la table. J’essaye de retrouver le goût de caramel dans ce liquide à la fois râpeux et sucré, qui effleure mon palais.
Peu à peu, le brouillard se dissipe, laissant les gens et les lieux s’organiser dans leurs détails et mon esprit, qui s’aiguise dans la conscience des choses, m’amène à penser aux raisons de ma présence ici. C’est la fin du bon temps et avec lui tout ce que j’ai vécu ces quinze derniers jours. Un sentiment de lassitude m’envahit et me fait retomber dans ma torpeur, déjà à la recherche d’un souvenir heureux.
Je suis réveillé. Dans ma tête s’agite le mot « retour ». C’est bien de cela, dont il s’agit : revenir, rentrer. C’est fini.
Je prends alors une dernière gorgée de café et me lève pour aller dehors, la tête dans le ciel indigo illuminé d’étoiles, comme en ont le secret les nuits tunisiennes. Je vais bientôt partir dans ces trainées lumineuses à la recherche du petit prince et de ma rose au travers cette immensité lactée. La fraîcheur de la nuit fait remonter toutes les odeurs de sable et de laurier, me sortant du désert pour rentrer dans la réalité du retour.
Mes vacances sont bel et bien terminées.
Je ne peux m’y résoudre, je repars dans mes rêves sur une autre planète. Mon avion attendra. Je ferme les yeux et me recentre sur mon essentiel, parcourant mon désert. C’est alors que je le vois, surgissant de nulle part, aux confins d’une dune, l’or de ses cheveux se confondant dans les couleurs du sable. Son écharpe brillante comme un éclat de lune le protège du froid. Il a l’air décidé et s’approche de moi.
– Bonjour, me dit-il.
– Es-tu sûr que ce soit le jour, petit bonhomme et que fais-tu par ici, au milieu de cette nuit enchevêtrée d’étoiles, ne dors-tu donc jamais ?
– Tu ne crois pas qu’il y a des choses plus importantes, que le sommeil ?
– Comme quoi ?
– La relation. C’est pour ça que je t’ai dit bonjour. Si je t’avais dit bonne nuit, tu aurais eu l’impression, que j’allais partir me coucher. Tu sais, c’est important la relation.
– Comme celle que tu as avec ta rose ?
– Un peu, mais là, c’est particulier. Il y a plein d’autres relations.
– Comme avec le renard ?
– Si tu veux, il m’a fallu du temps, mais il m’a appris à m’habiller de sentiments. Tu sais, c’est important les sentiments, c’est ce qui nourrit la relation.
Mon esprit s’envole, au gré des dunes. Je suis en panne de relations, de sentiments. Je n’ai qu’une hâte, repartir dans ces vacances, que je viens de vivre et oublier le reste.
– Je suis à la recherche de mon hérisson, reprend-il. C’est mon ami et je ne sais pas où il est. Tu ne l’aurais pas vu ?
L’image du hérisson dans le Sahara me traverse l’esprit.
– Non, petit bonhomme, je ne l’ai pas vu.
– Es-tu sûr, qu’il n’est pas allé rejoindre le mouton dans la caisse, que tu lui as dessinée avec des trous pour respirer ?

Je prends alors mon crayon et dessine une fenêtre sur le côté de la caisse, pour qu’il puisse regarder, s’ils sont là tous les deux.
– Tu sais, j’ai peur, qu’il se soit égaré dans la nuit et qu’il rencontre un serpent. C’est dangereux.
– Il a des piquants pour se défendre, lui dis-je.

– Oui et il est en même temps très câlin. On est vraiment amis.
– Il ne te pique pas ?
– Ce n’est pas un problème. C’est comme les cactus dans le désert, si tu sais gérer les piquants, alors tu as accès à l’eau qu’ils renferment. Il faut du temps.
– Du temps ?
– Le temps, c’est ce que les hommes ont perdu à force de courir après eux-mêmes. Sur ma planète, on prend toujours le temps.
L’image du temps qui passe se profile comme une tempête de sable dans mon intérieur.
– Tu sais, au début, je me suis approché très près du hérisson. Ses piquants m’ont touché et ça m’a fait mal. Alors, je me suis éloigné jusqu’à être trop loin de mon ami et je me suis de nouveau rapproché. J’ai essayé jusqu’à ce que je trouve la distance nécessaire à notre relation. Je ne crois pas qu’on puisse tout partager. Il existe un petit espace, qui n’appartient qu’à nous et qu’on garde toujours. C’est notre jardin secret et lui, on le protège. C’est ce qui fait la longévité de nos relations.
Je reprends mon crayon pour dessiner l’esquisse d’un hérisson sur la feuille, que je lui tends.
– Ah, tu vois ! J’étais sûr qu’il n’était pas bien loin. Je suis content de l’avoir retrouvé. Je vais pouvoir rentrer et te dire bonne nuit. Mais n’oublie pas cette distance à trouver aux autres et aussi à soi-même. Car tu me sembles un peu perdu. Rentre chez toi et ouvre ton regard pour découvrir les gens.

– Monsieur,
J’ai l’impression d’être hors du temps...
– Monsieur,
...écoutant les étoiles me raconter l’histoire de ce petit bonhomme...
– Monsieur,
...quand un vent de sable l’emporte et me ramène sur terre.
– Monsieur, monte dans le 4X4, tu vas rater l’avion !
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