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Le Forçat

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Rémi Renaud

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Il est toujours difficile d'écrire un roman. L'auteur qui vous dira le contraire ignore sa chance. Pour ma part, l'écriture des miens a toujours eu tendance à s'éterniser. Cette année aura été celle du changement. En mars, je décidai en effet de quitter les tumultes de la vie parisienne pour aller m’enterrer à la campagne. Loin de l'agitation de la grande ville, j’espérai me retrouver de nouveau en accord avec mon inspiration, et surtout, échapper à toute distraction qui m'aurait empêché d'avancer sur mon livre.

Je partis donc dans le massif central, région où je ne connaissait personne et où je n'avais aucune raison d'être distrait. La maison où je pris racine était une vielle bâtisse que j'avais décidé de louer jusqu'au jour où j'aurai terminé mon roman. Elle se trouvait à une dizaine de kilomètres du village le plus proche. Je n'avais ni télévision, ni connexion internet. J'étais seul, personne pour me déranger, toutes les distractions habituelles étaient absentes. À priori, toutes les chances pour que je m'en sorte étaient réunies.

Si les deux premières semaines furent productives. C'est à partir de la troisième que les choses ont commencé à se compliquer. Ma volonté de m'isoler du monde avait été vaine. Mon smartphone et ma voiture me rattachaient toujours à ce dernier. Et plutôt que de les abandonner tous deux comme j'aurai dû le faire, j'en abusai et me détournai de mon objectif initial. Je fus dés lors souvent en vadrouille. Toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas écrire. Mes efforts avait été rendu inutile. Fin mars, mon roman faisait du surplace. Je songeai même à l'abandonner.

Tout changea à la mi-avril, quand un homme vint s'installer chez moi. Il n'avait ni nom, ni âge, ni profession. Il était là pour m'aider à terminer mon œuvre. Au début, il se montra courtois, me donnant des conseils pour m'aider à écrire. Quand il comprit que cela ne suffirait pas pour que je progresse, il décida de passer à la vitesse supérieure. Il m'attacha à mon bureau avec une paire de menottes, m’expliquant qu'il ne me détacherai qu'une fois mon roman achevé. J'écrivis alors, encore et encore, ne m’arrêtant dans ma course effrénée que pour manger, dormir ou faire mes besoins. Dés que je devenait réticent au travail, l'homme me frappait et me hurlait dessus. Il devait bien mesurer deux mètres de haut et avait un crâne chauve qui transpirait l'autorité et la discipline. Je n'avais pas le choix, je ne pouvais faire autrement que de lui obéir.

Je fini ironiquement mon roman le premier mai, jour de la fête du travail. Mon tortionnaire disparu alors, mais mon calvaire ne prit pas fin pour autant. Si l'homme avait disparu, une femme prit sa place. Aussi mystérieuse que son prédécesseur, elle était bien plus attirante que ce dernier. Elle s'était installé dans le lit qui était juste à côté de mon bureau. Elle était constamment nue. Tout chez elle faisait naître en moi un désir incommensurable. Ses yeux, d'un vert émeraude, avaient conquis mon cœur en un instant et à jamais. Sa longue chevelure brune me faisait frissonner d'une passion ardente. Ses seins, d'une perfection et d'un érotisme diabolique, me faisaient perdre la raison. Ses vertigineuses hanches, quant à elles, finissaient de me faire sombrer dans les affres de la folie. Jamais, je n'avais autant désiré une femme. Je suais toute l'eau de mon corps, et jamais, ni mon cœur, ni ma verge, n'avaient le droit au moindre moment de répit, au milieu de cet ouragan de passion.

La femme savait se faire désiré. Si je voulais le Saint Graal, je devais le mériter. Elle me fit relire mon œuvre, encore et encore, la réécrire, encore et encore, la perfectionner jusqu'à l'absolu, encore et toujours. Je travaillais bien plus que sous la direction du chauve. Je me concentrais à un niveau que je n'avais jusque là jamais atteint. Je chassais le moindre défaut, la moindre phrase qui me paraissait imparfaite, la moindre virgule qui aurait put sonner faux au sein de mon chef d’œuvre. Mais était-ce encore le mien ? Plus le temps passait, et plus je désirais cette femme, et plus je faisais rentrer mon roman dans des niveaux artistiques que je n'avais jamais ambitionné jusque là.

Début juillet, enfin, il était achevé. La perfection, mesdames et messieurs ! Mon chef-d’œuvre ! Celui qui faisait passer tous mes romans précédents pour de vulgaires brouillons. J'y étais arrivé. Dorénavant, mille ans n’auraient put suffire pour que je fasse mieux. Et quand je me suis retourné enfin, prêt à faire l'amour à cette femme que j'ai si ardemment désirée, je m’aperçus qu'elle s'était volatilisée. Je l'ai cherché, mais rien n'y fit. Je me remémorai alors les trois mois qui venaient de s’écouler. J’eus l'impression de faire l'introspection d'un rêve. Cet homme et cette femme étaient t-ils réels ? Plus le temps s'écoulait et plus je me mis à penser que ce n'était là que le fruit de mon imagination. N'étaient-ils tous les deux que le pur produit de mon esprit ? Je regardais le manuscrit posé sur mon bureau et me dit que cela n'avait aucune importance ; le roman était terminé.

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