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Le fétu de paille

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Birchen

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Cette histoire qu'on m'a raconté se passe dans une ferme isolée du pays de Caux près d'Yvetot . Les conteurs locaux ne savent plus quand elle s'est déroulée. Certains affirment que ces faits se sont déroulés au début du vingtième siècle .Enfin, je vous rapporte maintenant ce que je sais et ce qu'on m'en a dit.

A la naissance de Victor, sa mère Pascaline qui venait d'accoucher à la ferme avec l'aide la voisine, s'exclama :
-Il est pas ben gros mon petiot, c'est pas lui qui va nous aider à traire les vaches plus tard.Enfin, on verra ben comment que c'est ti qui va grandir ! On ne sait jamais ! Le bon Dieu va p'être nous réserver une surprise. Je va prier pour cela en tout cas et brûler un cierge chaque semaine, on ne sait jamais !
Les mois passaient à la ferme des Ormes dans le pays de Caux où les hommes bossaient durement aux champs et buvaient sec – le matin ; café calva, le midi :de la piquette locale et le soir :ils faisaient chabrot. Pendant tout ce temps -là, Victor ne grandissait pas beaucoup ; il avait trotté tard.Cela avait eu le don d'énerver sa grand-mère :
– Mais quand est-ce qui va marcher ce satané gamin ? Disait-elle sa mémé assise au coin du feu.Il avait parlé aussi très tard et il ne mangeait pas beaucoup ; il n'aimait que le poisson- denrée rare et chère pour ses parents qui trimaient du matin au soir aux champs.
A l'école, dès le cours préparatoire, Victor avait été mis à l'écart :
On ne veut pas jouer avec toi, sale petit mioche, t'es trop petit, tu as de la crotte au nez et tu pues !
Vous êtes méchants avec moi, protestait-il.
Puis il regagnait le préau où il allait se réfugier dans les jupes de son institutrice- Mme Lebourisse. Sa maîtresse l'accueillait tendrement jusqu'à la fin de la récréation. Les autres gamins continuaient à se moquer de lui sans vergogne.
Alors, sale mioche, on va se faire chouchouter !
Laissez-le tranquille bande de chenapans !Répondait fermement l'institutrice.
Sa mère retira très vite son mouflet de l'école. Sa mémé le gardait chaque jour pendant que les parents travaillaient d'arrache-pied à la ferme du lever au coucher du soleil.
Un matin ,au lever du petiot, sa mère fut surprise de découvrir que son mioche avait rétréci ; elle alerta son mari qui fit venir le médecin :
Peut-être un début de scoliose fulgurante ! Dit-il l'air perplexe.
Mais au fil des jours le phénomène s'amplifia. Il fallut lui remettre les habits des années précédentes jusqu'au jour où au bout de six mois, il atteint la taille de sa naissance.
Le médecin de famille avait vendu la mèche aux journaux locaux, puis nationaux ; et enfin la presse internationale s'en mêla.La ferme des Ormes devint une place forte pour les journalistes radios et de télés. Il y avait une sacré animation dans le bourg d''Ormes..
Dans le même temps , tous les grands professeurs de médecine du monde entier s'étaient déplacés pour constater ce phénomène inexplicable. Chacun y allait de son hypothèse toujours plus fantasque.
Victor était bel et bien redevenu un bébé et il continuait de perdre un ou deux millimètres par jour .
Et un beau matin, ce qui devait arriver arriva:la mère de Victor découvrit que son fils avait la taille d'un fétu de paille, oui vous ne rêvez pas, le marmot n'était pas plus grand que cela !
Elle pleura à chaudes larmes, inondant le lit du bébé ; le lendemain, il n'y avait plus rien dans le lit ; le drap était encore mouillé des pleurs de Pascaline. Elle s'écroula au pied du lit et hurla :
-Mon Dieu, mon Dieu, qu'as-tu fait là ? Tu es cruel ! Seigneur Jésus, Marie, priez pour nous.
Son mari essaya de la résonner ; chaque jour, la brave fermière pleurait pour que son enfant lui revienne. Puis elle se résigna ; elle était persuadée qu'une force surnaturelle avait repris son enfant et qu'un jour peut-être, il reviendrait ! Elle vivait dans ce fol espoir !

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