Le facteur couleur

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Les facteurs sont des êtres qui, en contact permanent avec toutes les couches de la société, voient, vivent les choses les plus extraordinaires.
L'un d'entre-eux me raconta cette étrange histoire.
Il est, paraît-il, dans une petite ville de province, une bien étrange rue, où, la nuit tombée, les maisons ont la particularité de changer de place.
Mais, ceci mérite un peu d'explication. À cette époque, notre facteur était très jeune, il débutait dans le métier. Il fut surpris les premiers jours, de s'apercevoir d'un des premiers fait étrange de cette rue : les numéros des maisons n'étaient pas placés dans l'ordre numérique, comme ils le sont dans toutes bonnes rues qui se respectent. Il avait vu quelques fois des maisons sans numéro, ou encore deux maisons avec le même numéro, mais ce cas-là, il ne l'avait jamais rencontré.
« Encore une facétie d'architecte », pensa-t-il.
Mais le lendemain, alors qu'il se dirigeait vers la maison qui la veille portait le numéro 10, il fut surpris qu'elle soit située plus haut dans la rue, et qu'elle ait désormais le numéro 24.
« Après des folies d'architecte, c'est mon esprit qui s'y met », se dit-il.
Il distribua son courrier en mémorisant bien le numéro de chaque maison.
Le jour d'après en faisant sa tournée, il n'en crut pas ses yeux, les maisons et leurs numéros avaient encore changé de place. Buvait-il trop ? Ne dormait-il pas assez ? Il s'interrogea beaucoup sur lui-même. Mais il était têtu. Aussi, muni d'un petit carnet, il ressorti de sa tête les quelques notions de dessin qu'il possédait et fit un croquis sommaire des maisons, notant avec précision leurs numéros.
Une nuit passa, et le lendemain en arrivant dans la rue, il se mis assis sur un banc pour comparer son dessin. Non, son esprit ne lui faisait pas défaut. Les maisons avaient bel et bien changées de place. Mais comment cela se faisait-il ? Et les gens de la rue semblaient vivre cela avec calme et sérénité.
Il interrogea quelques personnes, on lui expliqua, que chaque nuit les maisons de la rue changeaient de place, se mélangeant entre-elles, qu'on ne connaissait pas l'origine de ce phénomène, que la chose avait toujours été, qu'elle était maintenant naturelle et établie. Il fût très surpris d'apprendre une telle histoire, mais si on lui disait que cela existait depuis la nuit des temps, il n'irait pas contre la légende.
Les semaines passèrent, et à chaque fois le changement de place avait lieu. Cela devenait très compliqué pour la distribution de son courrier, alors, il convint d'un code avec les habitants afin de les reconnaître, ils mettraient chacun un ruban de couleur différente à leur porte.
Ainsi, chaque matin il se repérait aux couleurs du tissu, il savait que le rouge était la couleur de M. Lebars, le vert celui de Mme Pontuis. Chaque personne avait sa couleur, certains avait opté pour un tissu à pois, à rayures ou à motifs quelconques.
Notre facteur en guise de carnet d'adresse avait une sorte d'échantillonneur de tissu où était répertorié chacun de ses clients. Quand il y avait un nouvel arrivant, toute la rue se réunissait pour décider ensemble de ses couleurs.
Puis la chose prit de l'ampleur, les couleurs étaient choisies en fonction du caractère des gens. Des tissus plus élaborés firent leur apparition aux fenêtres. Quelques-uns utilisaient la soie, d'autres le lin ou le velours.
Et puis le simple morceau de tissu accroché à la porte commença à s'agrandir et bientôt se fut la porte toute entière qui fut recouverte de la toile d'identité. Plus les semaines passaient, plus les tissus s'agrandissaient, si bien qu'avant la fin de l'année, toutes les façades des maisons reposaient derrière leurs couvertures bigarrées.
Le phénomène de déplacement des bâtisses continuait toujours de plus belle, et la rue chaque jour était différente, le mélange des couleurs, l'alignement des tons attiraient tous les touristes, artistes de la région.
La légende dit que, si vous avez la patience d'attendre, tous les cent ans, il arrive un alignement particulier, qui vous montrera une harmonie de couleur jamais égalée.

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