Le fa de monsieur Lutin

il y a
2 min
986
lectures
17
Finaliste
Jury

Je m’appelle Jean-Jacques Luteau. Je suis né en 1954... Mon dieu comme le temps passe… J’habite à Poitiers, capitale du Futuroscope et de l’art roman réunis. Je veille la nuit et musicionne  [+]

Il était une fois dans une petite mélodie, un Fa qui s'entendait très bien avec toutes ses voisines, les Do, les Ré, les Sol et même avec le Do dièse qui a pourtant mauvais caractère. Ce Fa était gâté. Le compositeur lui avait donné le premier rôle. C'était lui la vedette. Hé bien malgré tout il s'ennuyait. il rêvait à J.S.Bach. Il rêvait de Jazz, de Java. Il rêvait d'Amérique et de tour du monde. En somme c'était un Fa aventurier.
- Mais tu as tout ce qu'il te faut ici ! La mélodie, le rythme, tu as des amis, lui répétait le compositeur.
- Je veux voir du pays, je veux changer d'air, lui répondait le Fa.
- Ma musique ne te plaît plus alors ! ?
- Je veux voir du pays.
- Mais sais-tu ce que tu risques, pauvre innocent ? Mais de te faire avaler par un micro, entortiller dans une bande magnétique, numériser dans un studio et tu finiras comme le La, mon beau La 442 pour lequel j'avais composé de si jolies fugues et qui a fini sur l' étagère... des CD, lui disait le compositeur.
- Je veux voir du pays, lui répondait inlassablement le Fa.
Alors comme le Fa ne voulait rien entendre, le compositeur changea de ton. Il alla chercher sa grosse clef de Sol et ferma la portée...
Mais bon le Si qui avait longtemps joué Johnny Be Good dans un groupe de rock lui expliqua qu'avec un bon bémol on peut ouvrir n'importe quelle portée. Avec l'aide d'un trombone le Si fabriqua l'objet, ouvrit la portée et c'est ainsi que le Fa s'en fut.

Sa première idée fut d'aller au conservatoire où paraît-il étaient conservées les œuvres des grands compositeurs et effectivement c'est là pour la première fois qu'il joua J.S.Bach son idole. Il joua aussi Schubert, Beethoven et bien d'autres. il fut même employé par l'orchestre Poitou-Charentes pour interpréter le Boléro de Ravel. C'était merveilleux. Le soir il aimait se rendre au concert écouter ses collègues ou bien il rentrait dans une de ces boîtes enfumées où l'on joue un jazz endiablé.
C'est justement un de ces soirs-là, alors qu'il était en compagnie d'une belle guitare manouche que pour la première fois il l'aperçut dans un coin sombre...posé sur une patte avec ses yeux de mouche...immobile tel un crocodile à l'affût d'un zèbre assoiffé...il était là... le micro. Il en fut si troublé qu'il fit une fausse note. Tout le monde le regarda mais lui ne pensait qu'au La, le beau La 442 figé sur l'étagère, décédé. Alors il décida qu'il ne se laisserait pas dévitaliser, ni numériser, ni entortiller et il se battit toute la nuit. Il fut dans tous les chorus, toutes les improvisations et ce n'est qu'au petit matin quand il vit le jour se lever qu'il s'abandonna. il eut une dernière pensée pour le compositeur, la petite mélodie et ses copines et puis le micro le croqua.
Coda.
Enfin le micro l'aurait croqué et il aurait certainement disparu dans un fichier informatique si le Si n'était pas arrivé. A toute vitesse, 320 à la noire. Le Si, armé d'un bémol, s'était fait une magnifique double croche et il attrapa le fa au vol avant qu'il ne soit pris au piège. Ils filèrent tous les deux se mettre à l'abri d'un point d'orgue et là ils se regardèrent longuement puis s'embrassèrent amoureusement. Ensuite naturellement ils s'installèrent dans un confortable Domisiladoré avec un très joli Solsiré et ils eurent beaucoup de petites cadences parfaites.

17

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !