Le doute

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Bienvenue sur ma page, Lire a toujours été ma grande passion. Sur ce site depuis peu, j’ai eu le plaisir de naviguer sur de nombreuses mers et d’accoster sur de beaux rivages. J’en remercie  [+]

Le soleil était déjà au zénith quand il aperçut au loin la masse sombre des arbres. Une brusque et curieuse sensation de fraicheur et de calme l’envahit puis disparut aussitôt. Depuis longtemps déjà, il ne sentait plus la fatigue. Il n’avait même plus à penser au prochain pas. Il laissait son corps marcher. Il savait qu’il pouvait lui faire confiance, jamais encore il ne l’avait trahi.

Son regard fit le point. Encore 666 pas à faire, pas un de plus. Penser en nombre d’actions à réaliser car le temps ne voulait plus rien dire. Compter les jours écoulés depuis qu’il marchait ne lui aurait été d’aucune utilité. Il marchait depuis qu’il avait fui la ville. Il ressentait encore le souffle de la déflagration qui l’avait jeté face contre terre. Il s’y attendait pourtant, il savait ce qui allait arriver après son départ. C’est lui qui avait tout organisé. Peut-être avait-il voulu goûter la terre, ce qu’aucun homme là-bas ne pourrait plus jamais faire. Il savait que la ville et ses habitants n’étaient plus que cendres. Il ne s’était pas retourné. Il ne le fallait pas. C’était les ordres. Il savait qu’ils n’étaient pas donnés en vain.

Depuis, il marchait dans la succession des nuits et des jours. Il avait tout son temps. Il savait qu’il était attendu et qu’eux aussi avaient tout leur temps. La distance raccourcissait : 585 pas restaient à parcourir. Il ne servait à rien d’accélérer l’allure. Il marchait indifférent au paysage aride, au soleil qui cognait, il ne sentait plus rien. Mais il savait que là-bas, au-delà des 486 pas, il saurait les retrouver ou eux le retrouveraient. Il le savait, son corps le savait et poursuivait la marche. Il ne connaissait plus la faim, ni la soif, il n’avait besoin de rien, pour le moment. Après, là-bas, peut-être, il ne le savait pas. Sans doute, tous ces besoins reviendraient-ils à la surface. Il ferma les yeux, à quoi bon les laisser ouverts. Son corps le conduirait de toute façon.

Il avait rempli sa mission, comme toutes les autres avant celle-là. Mais cette dernière, il aurait préféré qu’un autre s’en chargeât à sa place. Pour la première fois, il avait ressenti un doute et cela le perturbait. Plus que 288 pas. Bientôt il les rejoindrait. Pour la première fois, il ne savait pas si c’était vraiment son choix. Du doute, avaient poussé des racines. Il savait qu’il faudrait les arracher, mais il ne le voulait pas, pas encore. 180 pas. Il revoyait les visages des gens dans les ruelles étroites épargnées par le soleil. Ces regards d’enfants aux grands yeux curieux et innocents. Ces hommes et ces femmes qui ne faisaient qu’obéir aux lois, comme lui à sa hiérarchie. Qu’avaient-ils fait de mal ? Obéir n’est pas une faute quand on ne peut faire autrement. Ils risquaient la mort en acceptant de lui ouvrir la porte. 144 pas. Risquer la vie de leurs enfants, de tous ceux qui leur étaient chers. Seuls des êtres libres de tout lien pouvaient faire ce choix. Pourtant le seul qui lui avait offert sans aucune hésitation l’hospitalité ne l’était pas. Et les ordres étaient venus : lui et les siens seraient épargnés, eux seuls. Le doute s’était alors infiltré comme un poison. 134 pas. Tout cela n’était pas logique. La destruction aurait pu être évitée. Il y avait tellement d’autres choix. Pourquoi ?

Son esprit voulait ralentir le rythme de ses pas, mais son corps ne lui obéissait plus. 70 pas. Il ouvrit les yeux sur l’écorce ridée d’énormes troncs d’arbres. Il entendit les feuilles frémir avant de les voir, elles laissaient par intermittences voir leur dessous argenté. Comme si elles voulaient lui transmettre un message. 51 pas. Et eux, avaient-ils perçu ses pensées ? Qu’allait-il se passer ? 23 pas.

Il était presque arrivé. Cela lui était désormais égal. Il n’avait plus envie de rien. Qu’importe ce qui allait se passer ! 13 pas. Ils pouvaient bien le démonter, pièce par pièce, le doute s’était insinué dans chacune d’elles. Il savait que son ADN était irrémédiablement touché. Il en resterait toujours quelque chose qui survivrait. 3 pas, 2 pas, il était arrivé.

Il les vit, dans la clairière, debout devant l’aéronef sur lequel était gravé le symbole de leur planète, sept têtes comme ses sept continents, surmontées des dix cornes symbolisant les dix planètes de leur système solaire, celui du peuple Hell O Him.

Le Commandant avança vers lui, grimaçant un sourire : « Bon travail Capitaine L. I ! Après cette leçon, il serait étonnant qu’un autre monarque se permette encore de proscrire l’hospitalité aux étrangers de sa cité ! Montez à bord, nous allons bientôt appareiller, mais auparavant, nous devons procéder à quelques ajustements. Nous avons en effet détecté à distance un petit problème avec votre bio processeur ».



N.B. : idée empruntée à l’ancien testament.

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