Le dernier round

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Fin d’un entraînement de boxe éprouvant. J’ai oublié de prendre mes baskets dans mon sac, je remets mes escarpins : avec mon jogging j'ai fière allure. Je monte dans la voiture et prends la direction de la maison. A la radio passe le dernier Muse, que je chante à tue-tête. La route est relativement fluide ce soir.

Je suis pressée d’arriver et m'imagine sous une douche bien chaude... quand soudain, vision d’horreur : sur mon pare-brise, de longues pattes velues traversent juste devant mes yeux, de gauche à droite. A la courbure des pattes et à la position du corps, aucun doute n’est permis : elle se trouve bien à l’intérieur... Je roule à 90, impossible de m’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence, et la prochaine sortie est à 2 kilomètres... Je tâche de la suivre du regard, tout en continuant de conduire, mais elle se carapate si vite que je la perds de vue.

Le souffle court, je sens mon cœur qui tambourine dans ma poitrine. Mais où est-elle passée ? Va-t-elle surgir sur mon volant et me faire perdre le contrôle ? A-t-elle sauté à mes pieds pour grimper insidieusement le long de ma jambe ? J’appuie sur l’accélérateur ; je dépasse le 110, le 120 ; si les gendarmes m’arrêtent je leur expliquerai que c’était un cas de force majeure...

Plus que 600 mètres, je prends la bretelle de sortie, et me gare à la première occasion, voiture en travers. A peine ai-je le temps de reprendre mes esprits et d’allumer la veilleuse. Au moment où je lève les yeux, elle est là, pendue au plafond, à quelques centimètres au-dessus de ma tête. Prise de panique, je m’extrais précipitamment du siège conducteur en hurlant comme un cochon qu’on égorge. Je saisis la raclette à dégivrer dans la portière, glisse à nouveau la tête dans l’habitacle, et je martèle le plafond de toutes mes forces avec mon arme de fortune. Le monstre tombe dans un pli du pare-soleil, que je sors de la voiture et secoue énergiquement. Un automobiliste alerté par mes cris ralentit et me lance par la vitre :
- « Tout va bien Mademoiselle ? Vous avez besoin d’aide ? ».

Partagée entre le soulagement d’être secourue, quoique trop tard, et la honte de la situation, je lui réponds, encore choquée :
- « Merci, c’est gentil, mais ça va aller. Je viens de tuer une énorme araignée ».

Il m'examine alors de haut en bas : cheveux ébouriffés, raclette fluo dans une main et pare-soleil dans l’autre, perchée sur des escarpins en pantalon de jogging. Et à son rictus, je devine qu’il regrette de s’être arrêté pour une drag-queen évadée de l’asile.

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