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Le défilé des jours

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« Vite, préparez-vous ! Ca va commencer. La semaine de la mode va commencer dans moins de deux minutes ! »
« Oh non !» répondirent sept voix apeurées, « ce n'est pas possible ! Qu'on la repousse à plus tard ! Nous ne sommes pas prêts ! »
« Pas question ! C'est organisé depuis des mois, vous avez eu tout le temps pour vous préparer, c'est à vous. En outre, plus tard ce n'est pas possible, plein d'événements vont suivre la semaine suivante. Allez, Lundi, en place, c'est à toi ! »
« Nooon... Non... Je ne peux pas, je ne suis pas réveillé, je suis encore fatigué de ma veillée festive. Mardi, s'il te plait, passe devant ! »
« Hors de question ! On respecte l'ordre du défilé ! Lundi commence, suivi de Mardi puis on enchaîne avec Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi et Dimanche ! Le rideau de l'aube s'ouvre, vas-y Lundi !»
Un jour blafard se fit voir. D'abord timide, il avança hésitant plus avant sur la scène. Un coup de projecteur plus appuyé du soleil l'encouragea. Allez, hop ! Il se lança ! Le pas de plus en plus sûr, il s'avança sur le tremplin... La température montait et avec elle l'énergie dans la salle. Partout on applaudissait ce jour qui avait réveillé sa lumière avec dynamisme. Partout on applaudissait, on voulait voir la suite...
Le Mardi se présenta incognito. On l'attendait à l'Est, il montra son bout du nez à l'Ouest. On se réjouit de la surprise. Mais à peine avait-on tourné les yeux à l'Ouest qu'il s'estompa pour mieux ressurgir à l'Est. Quel sens du spectacle !
Mardi était un vrai professionnel qui savait ménager son suspens. Le public applaudissait à chacune de ses inventions, et elles étaient nombreuses. Chacune déclenchait son lot de sourires et un tonnerre d'applaudissements. On regretta son départ, mais on était friand de connaître la suite.
« Le Mercredi !» hurla-t-on, avec enthousiasme.
Un concert de rires d'enfants se fit d'abord entendre. Puis un mercredi opulent, tout de rouge vêtu, avec une grande barbe blanche se présenta.
« Le Père Noël ! » crut-on reconnaître.
« Mais non ! L'ami des enfants !» corrigea-t-on dans un gros rire sympathique. On joua beaucoup ce jour-là ! On s'amusa, on fit des farces, on s'envoya des élastiques ! Quelle ambiance ! La salle était joyeuse, pleine de faces souriantes, de yeux malicieux. On le salua quand le temps fut venu de son départ.
Jeudi ne déçut pas. Il semblait plus sérieux dans son costume sombre, chemise blanche. De grands gestes, des stylos, du papier. Qu'allait-il faire ? Tous les yeux étaient rivés sur lui. Des cartes ! Qu'il transperça de son stylo. Sur les papiers, des couleurs qui apparaissaient instantanément. De la magie ! Jeudi était un grand magicien. A chacun de ses tours, on entendait, des oh, des ah, des wouah ! Le temps passa, on ne s'en rendit même pas compte, et dans un dernier tour, alors qu'on n'y pensait pas du tout il fit surgir le vendredi, avant de disparaître par enchantement.
Vendredi parla, il prit d'abord la température de la salle :
« La semaine de la mode, ça va ? »
Un tonnerre de cris enthousiastes lui répondit. Il sauta de joie en l'air ! Il raconta ce qui s'annonçait, les beaux jours qui arrivaient, les promesses du ciel, de la terre, des mers. Toutes ses belles histoires faisaient rêver le public.
Celui-ci était suspendu à ses lèvres. Il contait tellement bien ! On se laissait bercer par ses paroles. Jamais il ne s'arrêtait, et toujours on se régalait !
« Merci Mr Vendredi, vous êtes un animateur né, vous nous faites rêver. Nous aimerions que toujours vous duriez... »
La nuit vint, on se sentait bien à veiller dans ses mots. Quand il se tut, on s'étonna, puis on attendit le samedi star qui s'annonçait. Paré d'un habit de lumière, on comprit que ce jour-là, on allait faire la fête. Des clameurs montèrent dans la salle. La musique envahit la pièce. D'abord profonde, sereine, enrobant les cœurs.
Puis empaquetant ceux-ci, et les entrainant dans un rythme de plus en plus soutenu. Le soir, tout cela sautait, dansait, chantait en cadence effrénée. Cela dura jusqu'à l'aube, où fatigués, on découvrit le dimanche qui se pointait.
Dans sa grande robe blanche, celui-ci invitait au repos. Comme c'était doux, comme le tissu était soyeux, qu'il était bon de se lover dedans. On goûta ce moment de délice, où l'on put se laisser aller à être simplement bien. Partout dans la salle, des soupirs de bien-être s'élevaient de-ci, de-là. Le dimanche ne partait pas, ne chantait pas, ne bougeait pas. Il se contentait d'être là, fort de sa présence. Et la salle aimait ça ! On était bien avec le dimanche. Douze coups de minuit sonnèrent la fin du défilé.
« Oh non ! Pas déjà ! C'était trop bien... » protesta-t-on de-ci, de-là...
Mais le maître des lieux rassura tout le monde.
« Ne vous inquiétez pas, une autre semaine s'annonce, toute aussi agréable...! Lundi, je vous en prie préparez-vous ! »
« Oh non ! Je ne suis pas prêt. Je suis fatigué. Faut que je me repose encore !!! »
« Pas question, c'est à vous. Semaine du goût, c'est parti ! »...
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