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Le couteau

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Dona Luc

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Ce soir j’essayais, à l’aide de la pointe d’un petit couteau de cuisine, de démonter mon téléphone portable pour tenter de réparer le haut-parleur qui n’émettait plus de son.
Le dommage était survenu ce matin, lorsqu’en voulant arrêter le retentissement de l’alarme, je culbutai accidentellement l’appareil sur le sol, près de ma table de nuit.
Alors que l’endommagement du haut-parleur ne me garantissait plus l’alarme, il m’urgeait donc d’entreprendre une récupération pour espérer me réveiller demain à l’heure.
Malgré ma besogne, le son de l’appareil ne revenait pas. Je restai quand même à foutre n’importe quoi, à l’aide du petit couteau, pour voir mon appareil émettre le son à nouveau, jusqu’à ce que mes paupières se mirent à s’alourdir, et le sommeil commença à m’accabler.
Ma naïve entreprise étant vaine, je me résolus à réassembler l’appareil, mais ce fut avec difficulté, car, voyant ma lucidité qui baissait, le petit couteau titubait sur les minuscules vis.
Alors, j’abandonnai le couteau et le téléphone démonté sur la table de nuit, puis je m’effondrai dans ma couche.

Pendant que la lourdeur du sommeil engourdissait mes sens, une pensée insistante me traversa. Elle réveilla en moi une crainte grandissante au sujet de ce couteau qui se trouvait juste sur la table de nuit.
Sitôt, mon imaginaire s’activa. La scène d’un couteau qui, d’un bond, se souleva et, de sa pointe, vint se planté en plein milieu de mon abdomen, me harcela.
Je m’efforçai de balayer de ma conscience cette scène, mais à ma grande surprise, elle s’imposa. Cet imaginaire auquel me livrait cette troublante pensée me parut subitement indissociable de la réalité lorsque je sentis une douleur cingler mon abdomen.
Je me redressai instantanément et palpai mon abdomen. La douleur se dissipa.
Pour en avoir le cœur net, je ramassai le couteau et je traversai le couloir, et arrivé au seuil de la cuisine, je le balançai dans l’évier, puis je me retournai aussitôt.
A mi-chemin vers ma chambre, une nouvelle pensée me fouetta l’esprit. Un peu exaspéré, je dû reculer mes pas vers la cuisine et ayant approché l’évier, je découvris que le couteau s’y reposait, la pointe hissée vers le haut. Je renverser la pointe dans l’évier.
Cette fois-ci, soulagé de la frousse de la pointe, je longeai le couloir, impatient d’aller me jeter dans mon lit. Je franchissais alors la porte de ma chambre quand un bruit argentin, venant du fond du couloir, m’atteignit.
Mes pas se neutralisèrent. Une boule d’angoisse se forma dans mon ventre. Je me maintins au seuil de ma chambre, le regard dans le fond du couloir où se trouvait la cuisine, espérant entendre à nouveau le bruit pour le déchiffrer. Cependant, une vague de peur m’envahit.
La curiosité mêlé à cette épouvante qui bourdonnait dans mes oreilles, je me retournai vers la cuisine de pas méfiants, traînant le long de la paroi droite du couloir.
Je clignais fortement des yeux, et il me parut que la seule ampoule qui illuminait le corridor clignotait. Du revers de ma paume droite je frottai mes paupières et la lumière redevint constante.
J’atteignis la cuisine et je remarquai qu’elle était plongée dans le noir. De l’entrée, j’envoyai une main tâtonnant dans la pénombre pour actionner l’interrupteur. Le clic-clac n’éclaira pas la cuisine.
Je sentis mes tempes se bomber et se relâcher avec une accélération croissante. Je restai un instant immobile au seuil. Un calme se chargea de l’air. Mes sens alertes s’apaisèrent. Je n’aurais pas dû me surmener pour le bruit d’une lampe qui se grillait, me convainquai-je.
Je me détendis quand soudain, au milieu de mon regard dans la pénombre de la cuisine, une faible lueur étincela sur le bout d’un indistinct métal. Avant que j’aie le temps de me réaliser la nature de cette lueur, la pointe du petit couteau émergea tout à coup de l’ombre.
D’un sursaut, je m’élançai dans le couloir. Dans mon élan, je me retournai pour appréhender la situation dans mon dos : le couteau flottant fonçait sur moi. Je courus de toutes mes forces vers ma chambre, qui elle, semblait fuir aussi, et le couloir qui semblait s’allonger.
D’un ultime effort, je bondis et atterris dans la chambre. Sur le champ, d’un coup de bras virulent, je poussai la porte pour la fermer. Cette dernière qui était sur le point de se fermer se rouvrit violement et le choc me projeta sur le sol. Je rampai et alla me caler contre mon lit.
Et le petit couteau, comme tenu par une présence absente se pointa sur moi de sa pointe menaçante au bout de laquelle j’imaginais, avec impuissance, mon front se suspendre dans un éclaboussement sanguinolent.
Pantelant d’effroi suffocant, j’émis un cri de détresse sourd qui s’éparpilla comme une onde magnétique.
Le couteau se déséquilibra et tomba sur le sol dans un bruit argentin.

Je m’extirpai de mon cauchemar, au milieu de la nuit, transpirant de brûlante goutte qui descendait mon front. Je me levai et pris enfin le couteau qui était tombé de la table de nuit sur le sol, et allai le déposer dans la cuisine. Je revins me coucher d’un paisible sommeil jusqu’au matin lorsqu’un nouveau bruit argentin m’arracha de mon sommeil.
J’ouvris les yeux, et je vis sur le sol, près de ma table de nuit, le même couteau.
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