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Le citron

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Juliane Ginger

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Mes oreilles sont preneuses du moindre bruit ici, un éclat de rires, une voix, un froissement de vêtement ou juste un souffle humain qui me ferait penser que je ne suis pas seule. Mais le silence enveloppe tout. Ce silence qui parfois m'apaisait par le passé, ne m'apporte qu'angoisse et peur. De quoi puis je avoir encore peur désormais ? ayant traversé le pire, ma destitution, le parjure de ma différence ou de ma non conformité aux règles propres à l'individu qui prend, jette, remplace, dénature et s'en va, laissant derrière lui ce qu'il ne considère plus.
Tel un citron dont on presserait le jus pour se rafraîchir puis la peau se fripe, se contorsionne sous l'effet de la force de la main, et il ne reste qu'un fruit ouvert, béant, enlaidi, vidé qui finit sa courte vie dans une poubelle. Ainsi, va la vie d'un citron, tout comme la l'existence de beaucoup de fruits que l'on choisit pour sa couleur, sa forme, son goût, pour l'effet qu'il produit à notre bouche, sur notre palais, ou encore dans son arrivée dans notre estomac, nous rendant l'espace d'un instant presque heureux. Mais l'effet ne dure pas. Le fruit n'existe plus on ne le désire plus, on s'approche de l'étal et le regard sur pose déjà sur une autre forme, couleur, un autre nom... et l'homme oublie l'instant d'avant, le goût d'avant pour passer à autre chose.
Un jour, je suis devenue fruit à sa maturité qu'on désire, qu'on convoite, qu'on admire, qu'on prend, qu'on dévore, qu'on sublime pour finir quelques temps plus tard moi aussi dans une poubelle.
Contrairement aux autres qui sont passées de la poubelle à la benne, et de la benne au dépôt d'ordures pour finir mélangées, étouffées, écrasées, restructurées, j'ai résisté.
Quand la benne a basculé, me suis accrochée de toutes mes forces, en cherchant des adhérences, des endroits d'accroche puis je suis tombée au milieu des autres, juste sur un énorme tas dont l'odeur m'a saisie, dérangée, la proximité m'a affolée mais nous avions toutes stoppé enfin notre course.
Le soleil devait me réchauffer mais il m'a brûlée. La pluie devait me rafraîchir mais elle m'a noyée. La terre devait me tenir debout mais je me suis enfoncée en elle.
La nuit est enfin venue, la lune m'a éclairée de son halo jaune m'apportant un mince espoir de survivre encore un peu et d'y trouver ma route mais elle a disparu, elle aussi. La pénombre s'est posée sur moi, celle que je savais fatale et j'ai cru entendre, l'espace d'un instant le bruit de tes pas, la sensation de tes mains qui pouvaient venir me rechercher mais tout s'est éteint.

La lueur, les sons et l'espoir aussi.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Pressée comme un citron, elle a tout donné et se bat juste pour exister mais même cela va lui être ôté.
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Lucie Confente Cinquepalmi · il y a
Un bien joli texte, d'une bien triste vérité, les âmes peut être un peu trop sensible espèrent toujours le maximum surtout sur l'affectif ......
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Vrac · il y a
Je lis un poème d'adieu angoissant, à la métaphore très acide. Du citron au halo jaune de la lune. Puis l'obscurité et l'éloignement
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Francine Lambert · il y a
Cette vision, très pessimiste, de la vie est presque angoissante. Une inquiétude s'installe très vite au cours de la lecture, on espère un sursaut "(je) me suis accrochée de toutes mes forces" qui fera émerger un avenir plus heureux . . .mais c'est le pire qui survient ! Ce texte me laisse perplexe : j'aime la métaphore de cette femme-fruit, mais ce désespoir profond me perturbe aussi . . . je vote car il me touche beaucoup, mais je voudrais aussi vous transmettre un message d'espérance, la vie peut être si belle quand on y croit !
Peut-être trouverez plus d'optimisme sur ma page ?

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SakimaRomane · il y a
Comme dit Michèle, on lit le désespoir dans votre texte, mais même sur des déchets la vie repousse, la vie est plus forte que tout :)
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Michele Rizzardi · il y a
Ah ce citron que l'on presse jusqu'au tréfonds ! Merci pour ce texte où on lit votre désespoir malgré tout. Mon vote pour vous !
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