Le chemin.

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J'ai toujours su qu'un jour je dirais NON Ce jour est venu le 1er octobre 2015 Voilà Il ne faut savoir que cela  [+]

Chacun suit sa route. Celle qu’il a choisie. C’est ainsi, et ça l’a toujours été. Il ne s’agit pas de vouloir, ou croire, ou je ne sais quoi encore, il s’agit de faire. Et ce n’est pas facile, j’en conviens. Parfois on sent un découragement handicapant, comme le boulet qu’une chaîne de métal traîne à nos pieds lacérant nos chevilles, mais ce boulet, nous nous l’inventons.

Ce midi, alors qu’un soleil illuminait le ciel de la ville, je suis allé à la cathédrale. Pourquoi ? Une envie irrésistible ? Un appel ? Je ne sais pas. Je suis allé voir pour voir. Laisser l’intuition agir face à l’incertitude.

J’ai parcouru les rues de la ville, j’ai emprunté le viaduc à l'aller. J’ai croisé sur le chemin un ancien collègue qui passait en voiture. J’ai failli ne pas le reconnaître à cause de l'éclat des vitres sur lesquelles le soleil se réfléchissait. Je crois bien qu’il était barbu aujourd’hui alors qu’avant, il ne l’était pas. Les gens changent. Tout change. Un petit signe de la main, un sourire, un regard éphémère, et déjà la voiture redémarrait. Le passé dans le moment présent, et déjà à nouveau le passé.

Ce viaduc, je l’ai parcouru des milliers de fois. Jusqu’à son milieu où se trouvait mon bureau. Ce midi, je ne me suis pas arrêté, j’ai juste regardé d’en bas, tout petit face à cette montagne de pierre aujourd’hui inaccessible. Je n’espérais pas croiser de regards depuis les fenêtres.

En ville, le monde était de sortie. Surtout le midi, chacun s’affairant à ses affaires. Courir, manger, discuter entre collègues, se promener pour les anciens, fumer une cigarette pour les jeunes devant leur lycée. Moi, je marchais vite vers ma destination, la cathédrale.

Un petit air frais balayait la rue. Il refroidissait mon visage qui transpirait un peu. Les terrasses des restaurants et cafés grouillaient déjà de monde, comme si un rayon de soleil avait le pouvoir de réanimer les gens.

J’arrivai à la cathédrale sans même m’être aperçu du chemin parcouru. J’y entrai. A l’intérieur, elle était vide. La nourriture du ciel ne devait pas être aussi nourrissante que celle des terrasses.

En réalité, elle n’était pas complètement vide. Sur une chaise un homme dormait. Un SDF qui avait trouvé là un refuge paisible. Et son ronflement sonore emplissait la nef, se superposant à un fond de musique classique. C’était très curieux. La paix du lieu l’avait endormi sur sa chaise, assis. Je fis le tour de l’allée centrale et face à l’autel je me suis assis aussi.

Et j’ai attendu.

Quoi ?

Je ne sais pas. Un signe, une idée, une envie, une certitude peut-être. Le SDF et moi étions seuls. Je me suis demandé lequel des deux était le plus perdu.

Je suis resté ainsi quelques minutes, le temps que mes yeux rouges d’allergie se sèchent, retenant mes éternuements pour ne pas réveiller l’homme paisible de l’autre chaise. Il ne se passa rien. Juste cette rencontre sonore avec ce SDF.

Alors je suis ressorti et j’ai remonté la grand'rue vers l’autre pont, celui des fusillés. Il porte bien son nom celui-ci. Comme à l’habitude, je m’y suis arrêté pour regarder. Depuis ce pont on peut voir le viaduc de loin. Et à cette distance, il est inutile de vouloir croiser des regards.

Accoudé là quelques minutes à la rambarde, j’ai repris ma route vers mon écriture. Et au beau milieu du pont, un vieux monsieur m’arrêta. Il était frêle et barbu lui aussi. Voûté, petit, l’œil vif, il me dit : « la solution est en vous », et s’en alla d’un pas rapide et déterminé.

Je n’ai pas eu le temps de lui répondre quoi que ce soit tant je fus surpris de cette phrase qui me toucha en pleine âme. La solution est en moi, elle est en nous, en vous tous. Ce doit être ça le chemin.

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