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Le chalet

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Reveuse

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Regardant machinalement le morceau de bois qu’il tenait encore à la main il eut un sursaut .Non il n’avait pas pu faire ça !!Il se mit à répéter non non non non en secouant La journée avait bien débuté, il s’était débrouillé pour sortir avant que mère ne le voie et ce n’était pas facile!!Il la trouvait toujours sur son chemin, sa principale occupation était de le suivre à la trace afin de prévenir ses bêtises. Il est vrai qu’il ne manquait pas d’imagination dans ce domaine ! On ne comptait plus le nombre de fois où il avait tendu une ficelle entre la porte de la cuisine et du séjour, de même que ce jour où il avait voulu mettre le chat à sécher dans le sèche-linge, ou encore lorsqu’il avait voulu apprendre à sa petite sœur à s’envoler de la fenêtre du premier étage, ou lorsqu’il avait voulu ouvrir le ventre du petit voisin ! Il avait une imagination débordante. Pourtant à cet instant précis, en arrière-plan dans son cerveau, quelque chose ne cadrait pas. Soudain un bruit le ramena à la réalité .Il n’était plus un enfant, c’était une certitude, mais que faisait-il dans la maison de son enfance ? Il n’avait aucune idée de ce qu’il était venu faire là. Les souvenirs qu’il avait des dernières heures étaient plutôt confus, la seule chose dont il réussissait à se rappeler était comme une odeur de sang diffuse qui restait accrochée à ses narines.
Il se trouvait dans le salon près de la cheminée d’où semblaient jaillir par intermittence de petites flammèches. Etait-ce lui qui avait allumé du feu ? Et pourquoi ? On était en plein été .Il s’approcha du foyer, se baissa pour saisir un peu de bois calciné. Il l’approcha de son visage et le huma .Cela n’avait absolument pas la senteur du bois, mais celle d’un morceau de viande qui aurait cuit sous la braise. Il avait beau réfléchir, la confusion ne cessait de grandir. En même temps que des souvenirs plutôt perturbants. Il revoyait une lutte échevelée, une bagarre comme celle dont il se régalait dans ses films de troisième catégorie.
Il était arrivé la veille, après avoir dérobé la clé du chalet dans le sac de sa mère, qu’il était passé voir à la maison de retraite où elle n’en finissait pas de mourir depuis des mois. Elle gardait cette clé comme un trésor, comme si un jour elle allait revenir ! En sortant de l’établissement il avait eu envie de faire un peu la fête, après tout il le méritait bien. Il avait réussi en trois ou quatre mois à obtenir la signature maternelle de tous les comptes bancaires, il avait persuadé sa sœur qu’il était l’homme de la situation : il allait vendre les biens maternels et partager les sommes obtenues entre elle et lui. Alors qu’il pensait déjà à se débarrasser d’elle, dès que leur mère aurait rendu son dernier souffle. Il n’allait pas partager quoique ce soit avec cette pleurnicheuse, toujours apeurée .Elle n’avait pas changé depuis l’époque où il n’avait pas réussi à lui faire quitter le rebord de la fenêtre pour prendre son envol. Comme il regrettait qu’elle n’ait pas lâché prise et ne se soit pas tombée dans le lac en contrebas. Et d’ailleurs où était-elle à cette heure ? Il se souvint qu’il était passé la chercher après avoir quitté sa mère. Non sans avoir maugréé que cela le retarderait, mais il ne se rappelait pas l’avoir ramenée avec lui au chalet. Dans ce cas où était-elle donc ?
la tête de gauche à droite, mais en même temps il avait un petit sourire sur les lèvres comme s’il voulait se convaincre après tout que l’affaire aurait été plutôt agréable. Lui qui avait toujours voulu faire des expériences avec elle, cela en aurait été une mémorable (surtout pour lui !!!!).Il laissa retomber dans le foyer ce qu’il tenait, tout en se disant qu’il avait dû venir seul jusqu’au lac .La pleurnicheuse avait certainement trouvé quelque chose à faire plutôt que de l’accompagner jusque-là. Un peu bizarre puisqu’il s’agissait de faire le tri des meubles, vaisselle et bibelots de la vieille et qu’elle lui en rabattait les oreilles depuis des mois. Tant pis elle avait déclaré forfait, et bien qu’elle se débrouille pour venir seule : elle n’aurait qu’à prendre ce qu’il resterait. La maison était silencieuse, pas un bruit à l’extérieur non plus, le calme idéal pour faire un inventaire des horreurs meublant le chalet .Il se préparait à ouvrir un bahut lorsqu’il entendit comme un couinement dont il ne situa pas la provenance. Les deux battants du bahut étaient maintenant grands ouverts, le bruit persistait. Il se rendait bien compte que ce n’était pas un son habituel mais que par contre il lui rappelait quelque chose. Il continua son inspection tout en ayant le sentiment qu’il ferait bien de chercher d’où venait ce bruit afin de pouvoir se concentrer. En même temps qu’il faisait le compte des verres, des coupes, des assiettes, des plats, bref de toutes ces monstruosités, le couinement devint plus fort et se transforma en un geignement qui subitement envoya des flash-back à son cerveau. Mais bien sûr qu’il avait ramené sa pleureuse de sœur avec lui au chalet ! Il avait passé le trajet à lui expliquer ce qu’il avait fait pour mettre au clair les affaires de leur mère. Elle n’avait cessé de se plaindre qu’il abusait de sa position d’aîné, qu’elle pouvait aussi bien que lui s’en occuper, qu’il ne fallait pas qu’il compte pour autant en retirer plus d’argent qu’il n’y en avait, qu’elle le méritait tout autant que lui etc. etc. !!Arrivé au lac il n’en pouvait plus de ses jérémiades, ses nerfs avaient lâché ! Une fois le moteur arrêté, il était sorti comme un fou, l’avait extirpée de son siège sans écouter ses protestations, l’avait secouée brutalement. Ses lunettes étaient tombées à terre, elle essayait de le repousser mais il était plus fort qu’elle. Il lui emprisonnait les bras de manière à ce qu’elle ne puisse pas riposter. Elle réussit à les libérer et à lui envoyer son poing dans l’œil, ce qui le rendit plus furieux encore. Chaque fois qu’il croyait reprendre le dessus, elle réussissait à le contrer par la ruse et sa colère montait d’un cran .Cela faisait de longues minutes qu’ils se battaient et il n’en voyait pas la fin .Si sa sœur avait d’abord pensé qu’il s’agissait d’un coup de folie, elle comprenait maintenant qu’elle avait intérêt à rendre coup pour coup !Elle se défendait avec acharnement, mais n’avait pas assez de résistance, et, surtout n’avait pas la charge de haine et de frustration que lui avait accumulées toutes ces années. Il lui asséna un dernier coup de poing qui la fit vaciller, perdre l’équilibre, tomber et perdre connaissance.
Il alla chercher une corde dans le hangar, l’attacha à un poteau planté près de la rive. Il ne se donna pas la peine de la bâillonner .Qui aurait bien pu l’entendre ? L’endroit n’attirait plus personne désormais ! Il rentra afin de grignoter quelque chose : il viendrait plus tard s’occuper de la « chieuse ». Ce qu’il fit, mais lorsqu’il ressortit achever sa corvée, plus personne n’était attaché. Passé le premier instant de contrariété, il sourit méchamment : elle n’avait pu aller bien loin .De fait, en suivant les traces de boue sur le caillebotis, puis sur le dallage de l’entrée, il la trouva rampant et gémissant doucement (ce qui expliquait le couinement entendu auparavant).Il lui flanqua un coup de pied ,son geignement s’intensifia. Comme pour le séduire, un coutelas de chasse était posé sur l’étagère de l’entrée, leur père l’utilisait pour la chasse au gros gibier et il l’avait toujours vu là. Il le prit et se penchant sur sa sœur enfonça profondément la lame dans ses entrailles, tournant et enfonçant le tranchant toujours plus loin. Un torrent de sang jaillit et l’éclaboussa. Elle s’était enfin tue ! Il ne lui restait plus qu’à aller se doucher, se changer, il verrait après pour le cadavre. Ce qu’il fit .Au réveil il avait tout oublié .Même le feu de cheminée pour brûler les preuves. Ne subsistait que cette odeur de sang qui resterait à jamais, et un cadavre qui remonterait un jour à la surface du lac pour le narguer

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Teddy Soton · il y a
J’ai adoré l’ambiance de votre récit, trash is trash bravo !
Je suis en finale avec Frénésie 2.0 merci pour votre soutien :)

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Espeix · il y a
Terrible !!! Psychose à souhait !
Et puis bien fait pour elle, au passage !

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Adlyne Bonhomme · il y a
L'atmosphère est dur mais c'est bien écrit.

Je vous souhaite un dimanche plein de soleil. Je profite pour vous dire que je vous saurais gré de voter pour mon poème finaliste.

Le lien
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/je-tresse-lodeur

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Jean Calbrix · il y a
Un texte gore de chez gore et l'on se demande si un tel acte de barbarie ne sera pas un jour puni. Bravo, Reveuse pour ce texte pile-poil dans thème. Je clique sur j'aime.
Vous avez aimé Mumba, aimerez-vous Ianna tout autant ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/me-chienne-ianna-dans-les-dunes

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Miraje · il y a
Une ambiance, une mise sous tension ... !
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Mab · il y a
Glaçant. Mes votes. J'ai ''une rencontre sidérale' en lecture si vous passez par là...
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Christopher Olivier · il y a
Terrible folie meurtrière
Je vous invite à venir découvrir mon texte en compétition

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A. Nardop · il y a
Belle description de la folie ordinaire, de la distance et de l'indifférence à la réalité qu'elle cause.
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Marie · il y a
Vraiment un bon texte, l'atmosphère y est particulière, ce qui donne tout le rythme au texte. Mes voix.
Si vous avez un peu de temps pour la lecture, viendrez vous soutenir mon TTC ?. D'avance merci de votre passage
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/loin-des-yeux-loin-du-coeur

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Reveuse · il y a
Lecture faite
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Marie · il y a
Merci à vous
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Aurélien Azam · il y a
Un sympathique Court et Noir que j'ai globalement apprécié de lire. Ton écriture est clair et efficace, le texte parfaitement dans le thème.
Fais attention cependant à certaines coquilles de syntaxe (notamment les espaces pour la ponctuation) sur lequel moi lecteur j'ai buté par moment. Et si tu en as la possibilité en nombre de signes, aère ton texte et fait plus de paragraphes (le long paragraphe central d'altercation frère/sœur m'a personnellement un peu perdu).
Merci pour ce texte, Reveuse :)
Si tu le souhaites, n'hésite pas à aller lire "Gu'Air de Sang", également en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang

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Reveuse · il y a
Merci pour ces remarques justifiées.Je me suis moi même rendue compte de mes erreurs mais le fait de comptabiliser le nombre de signes est venu me perturber!!!Il me semble revoir les commentaires de mes profs de Français pour la longueur des paragraphes,finalement on a beau grandir pour ne pas dire vieillir on reste dans les mêmes travers!!!En tout cas merci de ta lecture de ton appréciation et des commentaires constructifs
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