Le cerf-volant

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Pour être populaire, il faut être médiocre. Egalement auteur, compositeur et interprète (Monsieur Edmond)  [+]

En cette période de confinement général, elle se promenait dans le bois en croisant les doigts pour ne pas se faire repérer par un policier zélé qui lui aurait intimé l’ordre de rentrer chez elle. Tout à coup elle crut à un mirage : devant elle se tenait un grand cerf, les bois fièrement portés sur sa tête : il avait un masque FFP2 sur le museau !!! Sortant les poings des poches-revolver de son jeans, elle se frotta les yeux avec, puis jeta vivement ceux-ci aux alentours pour voir si la bête était venue seule. Ce jeune cerf sans harde était évidemment parti à l’aventure pour conquérir des femelles jalousement veillées par un vieux mâle. Il avait l’air ridicule avec ses touffes d’herbes accrochées à ses bois et ce masque blanc sur son mufle. Dans sa rage hystérique, dans sa frustration, il avait labouré les champs voisins à grand coup d’andouillers et était maintenant tout découragé. Son souffle faisait légèrement voler le tissu de son voile immaculé. Il ne la quittait pas du regard, épiant ses moindres gestes, prêt à s’enfuir à toutes jambes. Cette « mi-bête, mi-forêt » comme l’appelait Ronsard, était réputée éloigner les maladies, l’impuissance des hommes et le mauvais œil. Comment expliquer alors le port de cette protection ? Pourquoi cet excès de prudence ? Elle se disait qu’elle aurait pu tomber plus mal ! Comme par exemple, nez à nez avec un loup affublé d’un chaperon rouge !
Soudain le cerf fit un pas en avant et d’un large hochement de tête, envoya le FFP2 dans sa direction. L’étoffe monta haut dans le ciel et retomba à quelques mètres de ses Nike. Elle se pencha lentement pour la ramasser et partit d’un fou-rire incontrôlable. Ce qu’elle avait pris pour un masque n’était autre qu’un slip kangourou en coton ! Quand elle se releva, l’animal n’était plus là. Elle ne l’avait pas entendu partir. Elle resta plantée là avec ce sous-vêtement innocent dans les mains, se demandant quel message subliminal cet animal thaumaturge avait voulu lui adresser.
La nuit qui suivit, elle fit un rêve étrange. A la manière de Peau d’âne, elle était linceulée d’une peau de cerf blanche. Elle était sereine et confiante, guidée par le brame intimidant des vieux mâles. Elle avait l’apparence d’un dragon mais, sans doute à cause du fil à sa patte, des enfants la saluaient en criant « lucane, lucane, ma courtisane ».
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