LE CADAVRE NE PORTE PAS DE COSTARD...

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Les mots jalonnent mon existence depuis un paquet de décennies déjà. Ceux des autres comme les miens... Ma devise est fort simple, vivons heureux en attendant la mort. Et peu m'importe les ratures  [+]

Pas forcément guilleret mais en route pour Paris. Après un arrêt aux abords de Lormont, nous revoilà reparti! À mes côtés, se trouve un drôle de bonhomme, proche du sinistre rose pâle. Accompagné par de multiples mallettes contenant sûrement mille secrets. Sa langue se délit après avoir ingurgité son sandwich fait maison emmitouflé dans du papier Albal. Tout comme sa bouteille. Un adorateur de Christo ?
Il me fait miroiter une histoire fabuleuse quant à ses mallettes sans rien dévoiler. Je tente de susciter sa curiosité à l'envers. Il sourit malicieusement, tout en bottant en touche. Le ventre plein et la bouche en retrait, il s'apprête à somnoler. J'ébauche une tentative pour le maintenir éveillé parmi nous quelques minutes encore. Il me confesse avoir eu du mal à la fermer, sa petite malle comme il l'appelle. Pensez donc, elle a plus de cinquante ans. Oui d'accord, mais son contenu ? Il n'y a plus tellement de place pour les bagages dans les nouveaux Tgv, vous ne trouvez pas, hein ? Oui c'est vrai mais...? Mais ce ne serait pas mieux si l'on prenait l'avion, vous ne croyez pas ?
Ça y est, je viens de comprendre son manège!
Il cherche à gagner du temps. C'est le nouveau Landru du coin. Il a découpé en menues rondelles sa vieille Germaine dont les humeurs changeantes l'indisposaient depuis des lustres. Il va se débarrasser des bas morceaux dans son pavillon de banlieue parisienne après avoir cramé le haut ce matin. Il est malin, le vieux bougre. Comment faire dans ce train à la population groggy pour confondre ce bonhomme à la physionomie quelconque mais au coeur démoniaque ? Et si je tirais sur la sonnette d'alarme, en espérant que le coup de frein jetterait à terre la malle maudite, entraînant dans sa chute les membres inférieurs encore tout sanguignolants. Oui, mais si le conducteur veut ménager ses voyageurs en amortissant son arrêt, je suis refait. Faut-il me taire, oublier cette affaire sordide comme tant d'autres gens le feraient ? Je ne sais pas, je ne sais plus où j'erre! Le train n'est pas fantôme, le cadavre ne porte pas de costard mais il court toujours en se faisant la malle...
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