Le cacheur de sève

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Bienvenu(e)s! Comédienne depuis près d'une dizaine d'années (d'abord en France, puis en Angleterre), la fibre artistique s’exprime aujourd'hui par le biais de l'écriture. D'abord exutoire  [+]

De feutre ou de satin, près du crâne ou haut de forme, il marquait habituellement l'élégance, finalisait une tenue, anoblissait une frêle silhouette.
Mais ce couvre-chef, ce beau chapeau, appelons-le comme bon nous semble, celui qui pénétrait les salons littéraires de cet écrin parisien, on ne peut plus élitiste, portait une toute autre histoire.
Tard dans la nuit, les jours pairs de semaine, vissé sur une tête bien faite, il déambulait avec délice dans la pénombre de ces soirées mondaines. Par coquetterie, par caprice, en tout cas par exigence, jamais la main de son propriétaire ne se portait à son sommet pour le déloger de son trône. Souvent considéré comme marque de provocation ou d'irrespect, cette résistance à l'appel du vestiaire intriguait pourtant.
Son bord légèrement tombant ombrageait le regard d'un visage où était figé en permanence un léger sourire en coin.
Sans doute l’œil caché dans la pénombre, bien à l'abri de la visière, devait se plisser de plaisir devant tant de questionnements quant à cette "mascarade".
Chaque soir pair de semaine, une fois l'étonnement retombé, chacun retournait à ses conversations, à ces débats prétentieux et stériles où tout n'était finalement que prétexte à satisfaire un égo en quête de considération.
En plus de l'accoutrement particulier, la voix était troublante, le flot de paroles acerbe, l'avis fondé et la repartie inimitable. Le tissu rigide du haut-de-forme semblait protéger les tempêtes d'images, où se cognait la résonance d'un verbe que des lèvres étonnement pulpeuses offraient à une audience toujours plus attentive et désireuse d'en entendre d'avantage.
Il se faisait appeler Théodore de Sivry. Écrivain d'une époque aujourd'hui révolue, il était pourtant l'une des figures emblématiques des amoureux de lettres. L'allure frêle et délicate allait ainsi de conversation en conversation, séduisant les femmes par un discours doux et flatteur, leur apportant la considération sans doute éteinte depuis toujours au sein d'un mariage passablement maussade, tout en s'attirant la sympathie des hommes qui semblaient presque attendris devant cette silhouette androgyne.
Tard dans la nuit, il n'était pas rare d’apercevoir le tissu noir jais emporter avec lui, le sourire en coin et la silhouette longiligne au détour d'une ruelle faisant l'angle avec les salons nocturnes.
Seul, à l'abri de tout regard, dans la froideur d'une chambre sans couleur, une main délicate s'emparait alors du chapeau, à bout de feutre, délivrant une chevelure d'un roux flamboyant, glissant sur une poitrine libérée de son corset...
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Grenelle · il y a
Un chapeau claque sur une tête à claques qui finit au claque. Mai c'est égal, je veux bien faire la claque.