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Le Berger des Etoiles

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Clochette

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Assis tout près de lui, je me décidais enfin à parler :
- « Qui êtes-vous ? » demandais-je poliment.
- « Un berger », me répondit-il dans un sourire.
- « Mais... je ne vois pas de moutons ? »
- « Qu’importe, je n’en n’ai pas besoin... Mes moutons à moi, c’est ça » dit-il, et il accompagna ces mots en désignant d’un geste large l’immensité du ciel étoilé.


L’absurdité de sa réponse me fit sourire, mais je n’eus pas le courage de lui demander pourquoi se disait-il berger... Le seul son de sa voix m’émouvait étrangement, et je me sentais capable de croire n’importe quoi à ce moment-là.


- « Vous vivez seul ? » demandais-je encore.
- « Non », me répondit-il, et son regard délavé par le temps s’attarda un instant sur mon visage.
- « Dis-moi, petit, est-ce que tu aimes la musique ? »
- « Oui, bien sûr... Monsieur... Mais, pourquoi... ? »
- « La belle ? La belle musique ? »
- « Oui, la belle, mais... »
A ce moment-là ses yeux brillaient comme les étoiles qui nous entouraient, et je dû me frotter les miens pour être sûr que je ne rêvais pas...


- « Alors petit, tu vas comprendre. Regarde-moi ! Quand tu me vois, tu te dis, celui-là c’est un homme bizarre et peut-être même que tu te dis : « Cet homme-là c’est sûrement un fou ! »
Et tu as raison ! Attends, je t’explique.
Tu sais, la musique, la belle... Il faut savoir l’écouter, la laisser couler dans son corps comme de la sève, la laisser te créer des entailles, la laisser te faire mourir à petit feu....
Tu sais cela ? »

- « Oui », murmurai-je.
- « Alors, tu vas comprendre, moi la musique, ici, je peux même l’entendre, même si haut dans la montagne, et je peux même faire beaucoup plus... »


Ma vie semblait suspendue à ses lèvres, et j’entendais tout au fond de moi mon cœur qui palpitait d’impatience.


- « Tu vas comprendre », répéta-t-il.
« Regarde, tu vois mes mains ? Elles sont grandes, et la vie ne les a pas épargnées.
Et bien, tu vois, c’est grâce à ces mains-là que j’entends... »


- « Mais quoi donc ? »


Son regard s’échappait du mien, son corps tout entier se tournait vers le ciel, et je pouvais deviner son sourire embraser son visage.
La nuit venait de tomber.
Un silence religieux nous entourait.
Seul le bruissement de l’herbe écrasée par nos corps semblait nous accompagner.


J’attendais.



Je sentais que j’allais enfin découvrir une partie du secret du berger, et j’étais dans un état d’excitation difficile à décrire.
J’attendais, et sa voix envoûtante brisa enfin le silence :
- « Ecoute, petit, je t’explique.
D’abord, je prends un peu de terre au creux de cette paume, et puis, avec mon bras, j’attrape un bout du vent qui passe.
Je le mélange à la terre, tout doucement, tu vois ? Comme ça.
Ensuite, j’attends un peu que ça se tasse, tout serré au creux de mes mains, et c’est le souffle d’un rayon de lune qui donne le signal.
A son cri, je le lève, debout, là, et je lance cette terre et le vent contre les étoiles, et alors...
......J’entends le ciel tout éclaboussé de joie qui joue...
... Et cette musique-là, petit, y’a rien à faire, c’est la plus belle de toutes.
Et rien que de te la décrire, je sens que ça me désespère, et que c’est si beau que si je pouvais en crever, ce serait le meilleur moment de ma vie ! »


- «...........»


- « C’est pour ça qu’en bas, ils m’appellent le Cinglé, le Berger des Etoiles. »
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