L'AUTOSTOPPEUR

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La science et la technique ont accompagné toute ma vie. Mais comment s’en évader parfois si ce n’est par l’écriture ? Raconter pour faire rêver, réfléchir, partager, laisser une petite  [+]

Comme je vous l’avais déjà raconté dans une autre nouvelle *, mon cher papa avait plus ou moins appris l’allemand lors de son internement en Suisse pendant la guerre de 39-45.
Mais il avait si peu d’occasions de pratiquer la belle langue de Goethe que chaque opportunité était vraiment la bienvenue.
Un jour qu’il faisait route vers Besançon (Besac comme on dit chez nous, les Séquanes...) il vit un jeune homme qui levait le pouce au bord de la route nationale qui longe la jolie vallée du Doubs.
A cette époque on s’arrêtait beaucoup plus souvent qu’à présent pour charger des autostoppeurs, surtout si on avait fréquenté un tant soit peu le monde du scoutisme, ce qui était son cas. Il faut dire aussi que la paranoïa télévisuelle actuelle n’avait pas encore trop lobotomisée nos cerveaux fragiles.
Ainsi, après avoir installé son sac à dos sur la banquette arrière, le jeune homme pris place à l’avant de la vieille 302 familiale. **
« Où allez-vous ? » demande mon père.
« A Besançon » répondit le jeune voyageur dans un français assez approximatif teinté d’un fort accent germanique.
Quelle aubaine pour mon père qui se mit aussitôt à rassembler ses souvenirs et à lui parler en allemand.
Mais la conversation était plus compliquée qu’il ne s’y attendait, car le jeune homme comprenait mal ce que mon père lui disait et il en était de même en sens inverse.
Au bout du compte, et après un bon bout de route, mon père se décida à engager le dialogue suivant, toujours en allemand :
- Mon père :« vous savez, je ne parle pas très bien l’allemand. ».
- L’autostoppeur : « Moi non plus. ».
- Mon père : « Mais vous n’êtes pas allemand ? »
- L’autostoppeur : « Non je suis belge ! » « D’ailleurs je n’ai pas compris pourquoi vous me parliez en allemand. »
Sans doute un flamand qui tentait de soutenir une conversation dans une langue étrangère qu’il maîtrisait mal lui aussi.
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* https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/vive-la-cuisse

** A noter qu’à l’époque ou la sécurité n’était pas aussi présente que de nos jours, les portes avant s’ouvraient en sens inverse. Pratique pour s’installer mais... attention aux portes mal fermées ! Elles s’ouvraient alors brutalement.
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