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L'attentat

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Delphine ne vivait plus tranquille, depuis qu’elle avait lu dans un grand quotidien Parisien, un article d’un juge du pôle anti-terroriste de Paris, déclarant que la France était la cible numéro un des Djihadistes.
Elle se demandait sans cesse, comment échapper à cette fatalité, qui allait forcément lui tomber sur la tête.
Plus elle se posait de questions, moins elle trouvait de solutions.
Chaque jour, elle y pensait. C’était devenu une obsession. Quand elle prenait le métro ou le météor pour aller au Palais de Justice de Paris, puisqu’elle était juge, elle se disait, que c’était peut-être la dernière fois.
Pour les vacances de février, son mari avait réservé des places de train pour aller à la montagne. Elle en était malade, rien qu’à l’idée de devoir attendre « Gare de l’Est » avec tous leurs bagages car elle se déplaçait toujours avec de mutiples
valises.
C’était évidemment un lieu idéal pour une bombe surtout en période de vacances scolaires.
Elle se demandait comment supporterait-elle cette épreuve d’autant qu’elle devait montrer l’exemple aux enfants.
De même, elle avait restreint ses activités, son espace de vie. Elle évitait notamment les grands magasins aux heures de pointe, les centres commerciaux, les musées.
Elle scrutait les passants avec ses deux billes bleues comme si elle allait les transpercer avec son regard anxieux.
Elle était privée de sa voiture, qu’elle prêtait à son mari, qui avait accidenté la sienne.
Aussi, tous les jours, elle prenait le métro, la mort dans l’âme.
Pour apaiser son angoisse, elle avait décidé de consulter un psychiatre.
Il lui avait été recommandé par la fille d’amis à ses parents, qu’elle tenait en haute estime, et faisait l’effort de prendre le métro chaque semaine pour parler avec lui.
Mohamed était né au Maroc, il y a près de vingt ans. Il venait de Marrakech, cette ville magique à la couleur ocre.
Je me souvenais encore de la place Djema el- Fna, des charmeurs de serpent, arracheur de dents, épices multicolores.
Il s’était bien intégré à la France, suivait des études d’ingénieur, mais ne comprenait pas bien les valeurs françaises.
Il trouvait, que les français dénigraient leur propre culture.
Lui était en recherche de références et d’héroïsme.
Il voulait donner un sens à sa vie, qu’il avait du mal à maîtriser sur le plan affectif. Il avait de très mauvaises relations avec les filles.
En fait, pour lui, les filles étaient objet ou ennemies. Il n’arrivait pas à développer un autre type de relation avec elles. Si bien, qu’il était insatisfait et malheureux.
C’est pourquoi, il décida de consulter un psychiatre pour trouver la solution à son questionnement.
Il habitait le onzième arrondissement, et choisit un médecin, qui habitait près de chez lui. Il habitait un endroit très fréquenté, un lieu de sorties avec beaucoup de restaurants, de terrasses, de cinéma, de salles de spectacles, une boite de nuit de près de 1000 places.
J’avais commencé à écrire cette nouvelle quelques heures avant la tragédie du 13 novembre 2015 à Paris, et l’actualité m’a rattrapée.
J’ai évidemment un désir irrépressible presque vital de continuer à noircir mes pages sur ce sujet dont je ne connais pas encore moi-même la conclusion.
Delphine consultait depuis plusieurs mois et ne constatait pas d’améliorations relativement à son stress, mais sentait une plus grande liberté dans ses choix de vie professionnelle et privée.
Mohamed, lui, plus il voyait son psychiatre, moins il comprenait sa vie. Ce psychiatre ne parvenait pas à réaliser sa soif d’idéal.
Mohamed était épris d’absolu, et sa famille d’origine n’avait pas satisfait ses attentes.
Il était déçu de lui, de son entourage, du monde pendant que le docteur tentait maladroitement de le ramener à la raison, dans la norme sociale.
Peu à peu, au fil de ses visites, au lieu d’effectuer un transfert sur le docteur MUTTER, Mohamed se détachait de lui, et restait enfermé dans ses rêveries, qui le mettaient en scène dans des actions héroïques où enfin, il aurait la reconnaissance tant attendue.
Parallèlement à ces rendez-vous hebdomadaires, il avait commencé à fréquenter la mosquée de son quartier, qui était en fait un endroit un peu trouble dans la mesure où les prêches mêlaient l’islam, la conquête du monde, et la culture occidentale mécréante.
Mais Mohamed ne racontait pas tout au médecin. Il se laissait une porte de sortie vers le paradis, et l’endoctrinement se fit progressivement au gré de l’humeur de Mohamed.
Le Docteur MUTTER avait bien perçu la radicalisation progressive de son patient. Mais d’une part, il était tenu au secret professionnel et d’autre part Mohamed devenait plus pratiquant, tout en continuant sa vie d’étudiant.
Le 21 décembre 2015, Mohamed et Delphine se croisèrent chez le Docteur MUTTER puisqu’ils avaient le même psychiatre.
Delphine adorait danser et avait décidé, son mari étant en voyage professionnel d’aller virevolter avec des amis, dans cette fameuse boite de nuit.
Elle était enfin dans son élément, quand elle dansait, elle oubliait tout. Elle dansait avec entrain, enfin rassurée.
Une heure après, Mohamed entrait dans la boite de nuit.
Delphine le reconnut et essaya d’engager la conversation en lui disant d’un ton amusé, nous avons le même psychiatre.
Il la regarda droit dans les yeux et actionna ses explosifs.
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