L'alarme

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Photo du médaillon (mal centrée). Hôtel de l'Alfonce, Pézenas. 8 septembre 1655. Mon premier voyage temporel réussi. J'ai rendez-vous avec Molière. En l'attendant, je tente de soulever une  [+]

Alarme A privatif larme: goutte de liquide secrétée par les glandes lacrymales.
L'alarme, c'est le choix de ne pas extérioriser ses émotions, en se retenant de pleurer.

En 1955 (j'avais 13 ans) mes parents me laissèrent une semaine chez mon oncle André, qui habitait Pérols, près de Montpellier. Moi , le Savoyard , je découvris cette grosse flaque d'encre bleu- sombre dans laquelle les mouettes trempent leur bec. Je ne savais pas nager et me lassai vite du spectacle de «la mer, la mer toujours recommencée.» Comme je préférais mes montagnes des Alpes, où le paysage change à chaque tournant de sentier, quand on grimpe vers le sommet.!
Un matin, mon oncle m'emmena sur son petit bateau à moteur, pour une promenade en mer d'une heure. Une houle légère faisait onduler l'embarcation. Au bout de 20 minutes, je devins tout pâle et ne put m'empêcher de vomir. Mon oncle fit demi-tour, mais je vis qu'il était contrarié car, cette sortie, il l'effectuait aussi pour son propre plaisir.
Depuis la mort de sa femme, ma tante Rosette, André vivait seul, sa fille unique l'ayant quitté le jour de ses 21 ans. Elle ne supportait plus le caractère autoritaire de son père, et la véritable tyrannie qu'il exerçait.
Avec moi, André se montrait inflexible; je lui confiai un jour que mes parents me manquaient beaucoup et me mis à pleurer. Il s'écarta de moi:
«Les garçons ne pleurent pas , c'est réservé aux fillettes , aux femmelettes. Fais en sorte de te retenir, surtout si tu te trouves en compagnie d'adultes!»
Lui, natif d'Algérie, avait engagé une jeune cuisinière kabyle. Un jour, à la fin du repas , il remarqua que je n'avais pas terminé le gros morceau de pain déposé à côté de mon assiette. Ce midi-là, j'étais crispé et ne pouvais plus rien avaler car, je ne sais pourquoi, tonton se montrait d'une humeur massacrante.
«Tu ne sortiras pas de table tant que tu n'auras pas terminé ton pain. Pense que dans le monde de nombreux enfants meurent de faim, et toi, petit bourgeois gâté, tu chipotes sur la nourriture!»
En disant cela, je vis qu'il se tournait vers la cuisinière. Moi, j'étais prêt à pleurer.
Soudain je découvris son regard. Ses yeux me foudroyaient et il fronçait les sourcils d'une manière terrible. Je pris cela comme un signal d'alarme et malgré le haut-le-cœur qui ne me quittait pas, je réussis à déglutir le reste de pain.
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