LAISSE-MOI !

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Ancien joli bébé (voir preuve), j'écris des nouvelles à la coloration un peu fantastique, des fantaisies littéraires, des courts romans, des essais, des livres de marketing. Pour du pas sérieux  [+]

Arrête !
Je te le demande gentiment, mais fermement, arrête.
Arrête de me tourner autour depuis des mois. Laisse-moi tranquille. Tu crois que je ne te vois pas ? Tu penses que je n’ai pas compris ton petit manège ? Que je n‘ai rien capté de tes ridicules manœuvres d’approche ? Que je n’ai pas saisi où tu voulais en venir ? Tu me prends vraiment pour un imbécile. Tu es là, à roder autour de moi, tantôt en me faisant vaguement peur, tantôt en essayant de me charmer. Et tu n’as pas encore compris, pauvre idiote. Le chantage ne fonctionne pas, je n’y ai jamais cédé et ne m’y soumettrai jamais. Tu peux oublier le chantage. La peur ? Je sais comment la gérer, passer à travers elle, pour la laisser derrière moi, impuissante et vaine. L’envie de me jeter dans tes bras ? De m’abandonner ? De laisser tout derrière moi et de te suivre vers... vers où, d’ailleurs ? Oui, j’avoue qu’il m’est arrivé d’y songer, de faire mentalement un pas vers toi. D’esquisser le premier geste qui entrainerait tous les autres. Pour voir ce que tu me proposais. Si l’avenir avec toi valait mieux que mon passé avec les autres et que mon présent avec moi. Oui, j’y ai pensé. Plus que pensé, j’ai bien fait ce minuscule premier pas. C’est vrai que je me sentais prêt, à ce moment. J’avais déjà mentalement repoussé mon passé au loin, et mon présent ne me faisait plus mal, soudain. Tu semblais une possibilité acceptable, un futur valide. Et tu n’as rien su, cette fois où j’ai fait un pas vers toi. Car j’ai réfléchi, alors. Ce que tu semblais me proposer silencieusement ressemblait bien à un marché de dupes, finalement. Ce que j’abandonnais ne valait peut-être rien, mais ce que tu laissais entrevoir ne présentait aucune garantie. D’un côté, douleur et peine infligées et subies, à coup sûr, contre de l’autre, plénitude et félicité éventuelles. Et j’ai reculé. Je suis retourné à cette existence qui n’est pas une vie. A la douleur. A la peine. A la honte et aux remords. Au jugement des autres, à leur regard dur. A leurs silences.
Aujourd’hui, il m’arrive, comme un jeu intellectuel un peu malsain mais assez excitant, de l’imaginer, cette nouvelle destinée commune, ce devenir inconnu avec toi que tu agites devant moi sans un mot. Mais ne te réjouis pas, c’est juste pour jouer, pour triturer une idée en tous sens afin de l’étudier sous toutes les coutures, comme on le fait avec un insecte inconnu et mystérieux que l’on vient de ramasser.
Alors, non. Je te le dis une dernière fois. Je ne quitterai pas ce présent éprouvant mais connu pour un futur que tu présentes comme merveilleux, mais qui est surtout incertain. Ne me tente plus. N’essaie pas de m’impressionner ou de me faire peur. Ne me menace pas, ni moi ni mes proches. C’est inutile.
Et puisque je m’adresse à toi directement pour la première fois, quel est ton nom exact ? J’ai entendu parler de toi avec plusieurs identités. Azraël. Anubis. Thanatos. Perséphone. La Camarde. La Faucheuse. La Délivrance. Le Grand Départ...
La Mort. C’est, semble-t-il le nom qu’on te donne le plus souvent. Alors va pour la Mort.
Allez, oublie-moi, la Mort, j’ai définitivement adopté cette formule qui m’avait fait sourire, un jour : Moi, mourir ? Plutôt crever, oui !
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