L'adversaire

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Absente quelque temps... Petits textes sans prétention. https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/les-petites-cheries-de-madame-faustine-1 Lien des publications libres du site :  [+]

Image de Hiver 2019

Des jours et des nuits à parcourir la campagne. Sur les routes caillouteuses, de la poussière, il en mange, mais ne regrette pas son errance de par le monde. À chaque halte, il se revigore et repart vers un autre lieu. Un jour, il posera ses bagages quelque part. L'heure ne semble pourtant pas arrivée. Il a encore tant à semer, là où il passe.

L'hiver pointe son nez, le voyage devient plus difficile. Dans la nature dénudée, il traîne comme une âme en peine. Le vent lui fouette le visage. Il rassemble ses dernières forces pour arriver au prochain village, avant le soir. Transi de froid, il frappe à la porte d'un bistrot dont les volets clos laissent filtrer un rai de lumière. Marguerite, la tenancière, ouvre et l'invite à venir se réchauffer. Elle a l'habitude de recueillir les gens de passage. Même si l'individu lui paraît riche, à l'allure de rastaquouère, elle lui offre sans hésiter le gîte et le couvert. Elle apprécie toujours la compagnie, surtout celle d'un homme, depuis le départ du sien.

Quelques présentations hâtives et Marguerite se retrouve assise autour d'une table à manger et discuter avec monsieur Elric Tarados. À la dérobée, elle le déshabille du regard, elle le trouve plutôt bel homme au visage angélique. Lui, il remarque son manège mais l'ignore volontairement. Il en a connu tellement des comme Elle. Il la trouve cependant un peu différente, plus attachante que les autres. Il se reprend et préfère tenir à distance ses pensées pour ne pas tomber dans le piège. C'est trop tôt, il doit continuer sa route, sa mission. Toutefois, il accepte la proposition de Marguerite de rester plusieurs jours chez elle. Il pourra lui prêter main-forte dans la journée, et surtout en soirée, quand viennent les hommes du village se ressourcer après le travail, se divertir.

Tout le monde aime se retrouver chez Marguerite autour d'un verre à se laisser raconter ses joies et ses peines. Les gens se rassemblent dans une ambiance bon enfant. Certains s'enivrent jusqu'à avoir le teint vigne rouge. D'autres, plus sobres, tapent la belote ou la manille. Ce vendredi soir, dernier jour de boulot de la semaine, Elric Tarados se mêle aux joueurs. Personne ne se pose de questions à son sujet, il se fond tout naturellement dans le décor. Et un amateur de cartes est toujours le bienvenu, peu importe qui il est et d'où il vient. Chez Marguerite c'est ainsi, chacun respecte l'autre et encore plus quand il s'agit de l'un de ses hôtes.

Elric Tarados se révèle être un fin partenaire dans le jeu, pas de « risquettes » ni de tricherie. Les parties s'enchaînent, les équipes changent. Les adversaires essayent de faire tomber Elric Tarados, à la tactique imperturbable. L'on rit, s'agite, s'énerve devant ce gagnant indétrônable. Les heures passent et tous attendent l'erreur fatale de l'individu. La nuit s'annonce longue. Pour certains, la fatigue se ressent et les autres s'accrochent pour lutter, battre Elric Tarados. Les aiguilles de l'horloge tournent comme la distribution des cartes. L'on passe, appelle, se défausse, prend, coupe, monte, surcoupe, tape sur le tapis.

Trois heures sonnent. À cette heure de la nuit, il ne reste plus grand monde dans le bistrot de Marguerite. Seulement quelques personnes déterminées à en découdre le plus vite possible. Les gestes deviennent moins sûrs. Une petite odeur pestilentielle incommode les joueurs. L'un deux fait tomber une carte. Il se baisse, la cherche sous la table. Au moment de la récupérer, il remarque les pieds déchaussés d'Elric Tarados. Avec stupéfaction, il découvre des pattes velues, terriblement velues, des ergots. Il se relève d'un bond et regarde, d'un air abêti, l'homme qui se sent aussitôt démasqué. Un rire démoniaque accompagne les paroles de Tarados : « c'est l'heure du diable mes amis... ». Il se sauve en laissant Marguerite et les autres tout pantois. Il trouvera bien un ailleurs pour répandre le mal...

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