Lâcher prise

il y a
2 min
28
lectures
4

Entomologiste de métier (il en faut), amateur de montagne et de course à pied (il y en a), modeste griffonneur quand le temps le permet (il en manque!), je me réjouis de faire partie de cette  [+]

Pourquoi tout ce stress, mon cher ? Après tout, tout ceci n’est pas bien grave... L’important, c’est de savoir lâcher prise. La méthode pour y parvenir est fort simple : il s’agit de visualiser ses soucis, les identifier comme autant de petits monstres qui encombrent votre cerveau, grouillent dans votre cœur et s’enroulent autour de vos membres. Ensuite, il faut se représenter le geste de les saisir un par un, de les tenir à bout de bras. Et lâcher prise. Où vont-ils ? Ce n’est pas important. Il n’y a pas de sol, juste de l’éther. Ils s’y enfoncent, disparaissent sans un râle... N’est-ce pas mieux ainsi ?

Vous dites, il y en a trop ? Ce n’est pas grave, prenez votre temps. Agrippez celui qui vous semble le plus proche et... Comment ça, vous les avez trop bien imaginés ? Ils sortent de votre tête ??? Ah oui mais non, je m’insurge. Si vous souffrez d’imagination hyperréaliste il fallait me le dire tout de suite. Mon cabinet n’est pas assuré contre l’irruption de petits monstres dégoûtants et... Aïe, mais enfin retenez celui-ci, vous voyez bien qu’il essaye de me mordre. Et celui-là...Ma parole, il va mettre le feu aux rideaux ! Et il en vient encore ! Mais stoppez-les, enfin !

Comment ? Que je me calme ? « Après tout, tout ceci n’est pas bien grave » ? Vous en avez de bonnes, on voit bien que ce n’est pas votre cabinet qui est en train d’être saccagé. Vous me refilez –littéralement- tous vos problèmes et après il faudrait que ce soit moi qui... Quoi, lâcher prise ? Vous vous fichez de moi ? Bon, je veux bien essayer. Pas facile de se concentrer avec ces homoncules grouillants... D’accord, faisons-le ensemble. Visualisons le problème : ce cabinet et ses petits monstres. Imaginons que nous le tenons à bout de bras, à trois nous allons lâcher prise. Attention. Un... Deux... Trois !

Ouch ! Mais nous tombons ! La rue a disparu dehors, je ne vois plus que du blanc. Bon sang, nous sombrons dans l’éther ! Tout ceci dépasse l’entendement : à force de lâcher prise, nous nous sommes lâchés nous-mêmes !

Pauvres de nous.

Remarquez, ce n’est pas désagréable cette sensation d’apesanteur, je me sens fort détendu. Oh, et vous avez remarqué ? Les murs se désagrègent, les monstres se décomposent, vous-même... Tiens donc, vous restez encore très concret, très net, c’est remarquable. Moi par contre, je palis ? Je manque de consistance ? Je ne vous cache que je me sens tout délité... Peut-être qu’après tout, je faisais moi aussi partie de vos problèmes... C’est que vous pensez tout bas, avouez. Toutes ces séances chez le psy vous coûtaient les yeux de la tête... J’irai même jusqu’à vous suspecter d’avoir fomenté ce plan pour vous débarrasser de moi. Vous m’avez lâché prise dans le dos, voilà ce que vous avez fait.

Mais je ne vous en veux pas. Tenez, prenez ma blouse.

Et mon badge.

Et mon stéthoscope. Oui, j’ai toujours aimé porter le stéthoscope, ça fait plus « docteur ».

Si si, j’insiste, vous méritez bien de porter tout mon équipement. Votre méthode pour éliminer les problèmes est infiniment plus efficace que la mienne.

Je crois qu’il est temps de se dire au revoir.
Non, je ne suis pas triste. Tout a une fin, vous savez.

Et puis après tout...

Tout ceci n’est pas bien grave.
4

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !