La Voix dans ma tête

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Fan principalement de science-fiction et de fantastique, je suis actuellement en 1°S, et j'aime vraiment beaucoup écrire, même si je ne trouve malheureusement plus trop le temps; l-  [+]

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La Forêt de Brocéliande, la forêt des légendes, la forêt aux énigmes, appelée communément la forêt de Paimpont, la première destination d’un long périple. Le simple fait de me tenir à ses portes me remplissait de joie, mais aussi de tension. On connaissait tous ce qui se passait à l’intérieur, mais personne ne voulait y croire, pourtant moi oui. J’avançai d’un pas de plus, laissant mon pied en suspens entre la limite de la route de goudron et le sol mousseux. Je ne pouvais expliquer qu’est-ce qui m’attirait, mis à part le fait qu’une aura magique semblait l’entourer. Mais j’étais attirée comme un papillon de nuit par une lumière à travers une nuit noire, ou comme un débris de l’espace par un trou noir gigantesque.
Cette Forêt s’insinuait à travers partout dans mon corps. Ses couleurs me rappelaient la douceur de la mousse, ou bien le bruit de la cascade. J’étais seule, étant arrivée très tôt, et le soleil commençait doucement à se lever : j’apercevais le ciel prendre une teinte rose à certains endroits.
- Pourquoi ne pas aller admirer ça de là-haut ? me dis-je, en regardant le plus haut point de cette vallée.
Le vent sifflant entre les branches me rassurait, les vols des corbeaux au-dessus des collines me donner l’envie de m’élever avec eux. Je ne ressentais plus que le besoin de disparaître dans un trou de lapin, à la recherche de plus de calme et de solitude, en sachant que dans quelques heures, cet endroit serait noir de monde, noir de pollution, noir de cruauté et de violence. Je me dirigeai donc vers cette petite montagne, le haut caché par des nuages. Pendant ma très longue montée, les roches gelées par l’ombre et la nuit, et mon corps chauffé par l’exaltation furent les seules choses que je sentis. Mes yeux rivés au sol, fixant les petits cailloux sursautant à chacun de mes pas, je ne voulais admirer de la vue qu’arrivée au sommet. Et quelle vue ! Mes jambes me faisaient souffrir, me rappelant que j’étais montée un peu trop vite, mais je restai bouche-bée face à ce que le nature m’offrait, tellement émerveillée que je dus me rappeler comment respirer. Les sapins aux cimes immenses s’étendaient à l’infini, je pouvais même apercevoir sous cette mer de nuages des reflets d’un lac ou deux. Le soleil était apparent à l’horizon, le ciel avait une teinte plus rosée, signe que l’aube approchait beaucoup plus qu’on ne pouvait le penser. Je m’armai de courage pour enfin détourner les yeux et profitai de ce qui m’entourait actuellement.
Je crus sentir un frôlement, si près que cela aurait pu être une respiration, ou même un bruit de pas très aérien. Craignant d’être dérangée durant ma contemplation, ou de déranger quelqu’un, je me déplaçai lentement de quelques mètres. Une fois encore, je ressentis ces mouvements derrière moi. Ma voix intérieure me murmurait que c’était probablement un korrigan, mais je ne pouvais me résoudre à y croire. La peur montait, car cela pouvait être tout simplement une personne cherchant une victime. L’idée de tomber d’une centaine de mètres ne m’enchantait guère. Il y eut un pas, un souffle, un arrêt. Et cela reprit plusieurs fois, sans que je n’esquisse un geste. Soudainement, je me retournai en hurlant à pleins poumons, transperçant mes tympans par la même occasion. La jeune biche au pelage brun me dévisagea longuement, l’effroi se lisant dans ses pupilles sombres. Un grand silence s’installa. Puis une branche craqua, quelque part dans cette immensité, et nous prîmes la fuite, chacune de notre côté. Elle se réfugia dans les profondeurs obscures de la forêt, tandis que je rebroussai le chemin.
Les arbres défilaient à côté de moi, leurs branches me griffant le visage, s’accrochant à mes cheveux. J’avais la vive impression que leurs troncs se baissaient vers moi, un peu plus à chaque pas, pour me piéger. Mes oreilles sifflaient toujours, et ma vision était brouillée de larmes, à cause de ma course. J’ai failli déraper sur le sol rocheux plus d’une fois, mais je voulais juste courir. Mes jambes, me criant de ne plus faire un seul pas, il y a de ça quelques minutes, me suppliaient de les amener loin de tout ça. Mes mains agrippaient le vide, et je sentais mon cœur battre vraiment vite, peut-être trop vite. Mes vêtements volaient au vent, les pans de mon pantalon, et la fermeture de mon gilet claquants dans mon dos. Je pouvais enfin apercevoir la fin de mon calvaire, un sol plat.
Arrivée en bas, je reprenais mon souffle, en fermant les yeux, lorsque je sentis une odeur. Je dirai même plus, une très bonne odeur : celle des nénuphars et de la solitude. J’entendis ensuite des croassements de grenouilles, et enfin le bruit de l’eau. J’ouvris les yeux, et aperçus un lac énorme, aux reflets argentés. « Probablement celui que j’ai aperçu d’en haut, me dis-je ». Les grenouilles aux nuances vertes attrapaient de temps à autres une mouche leur tournant autour, des poissons argentés nageaient paisiblement, et sautaient hors de l’eau quelques fois, pour mieux y replonger, laissant derrière eux des vagues à la taille d’une tempête pour ce lac. Tout était calme, mais je me sentais encore remuée par ce qui c’était passé. Je m’approchai encore plus, et mes doigts effleurèrent la surface de l’eau.
À ce moment, tout se figea. Néanmoins, le froid ambiant me réchauffa intérieurement. J’entendais encore le sifflement du vent, je pensais encore voir les corbeaux dans le ciel, mais rien de tout ça n’était réel. Mais je ressentis quelque chose d’indescriptible, et d’inoubliable. J’étais la forêt, et je sentais ce qui se passait. J’étais devenue une partie d’elle. Soudain, la même voix dans ma tête me murmura qu’il était temps de partir.
- Mais je me sens si bien, m’apitoyais-je.
L’arrière de ma tête me fit presser le pas, mais je réussis à jeter un dernier coup d’œil au lac. Je ne puis seulement penser que mon esprit me jouait des tours, mais c’est bien le reflet argenté d’un château de cristal que je vis. Après un battement de cils, tout avait disparu, même la forêt, et je me retrouvai encore sur la route de goudron, contemplant tout ce qu'il me restait à voir. Mais je n’avais jamais été aussi heureuse d’avoir laisser cette Voix me guider.
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