La ville des rêves en suspens

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D’un hiver à l’autre, je n’avais pas choisi de vivre ici. Romans est une ville où l’on va pour s’en sortir, dans tous les sens du terme. S’attarder ici, c’est retracer la ville de l’enfance, celle de toutes les premières fois. C'est réemprunter des chemins parcourus des centaines de fois. Le plus grand espace public est un parking disgracieux trônant en son centre. Le dimanche, la ville reste endormie, et laisse place à des rues désertes. Ne vous méprenez pas, Romans abrite un charme discret, mais il ne s’agirait pas de s’y aventurer la nuit, dit-on. Elle est la ville où l’on cherche à combler l’ennui. Où la jeunesse profère avec dédain des « comment peut-on finir dans un bled pareil ? » et souhaite s’en échapper.

Enorgueillie par les voyages et études de part et d’autre, troquer l’enthousiasme suscité par ces expériences pour le cynisme romanais semblait un bien insatisfaisant compromis, une version affadie de la vie espérée. Un retour à la case départ m’enchaînant à ce que je cherchais à fuir. Par aveuglement et ingratitude, les yeux rivés sur mon écran et sur une thèse interminable, le seul horizon est un ailleurs. Un ailleurs aux étés sans fin. Un ailleurs aux accents colorés et inconnus. Aux routes menant à une plus belle version de ma vie et laissant derrière moi les efforts non récompensés. Obstinée, à relire mes pages, j’évite les regards et ce qu'ils reflètent de ma propre affliction. Sans regarder ce qu’il se passe autour de moi. Sans regarder en face de moi. Les yeux résolument sur l’écran, les saisons passent.

Mais la vie est là, et maintenant. Romans, injustement dépréciée, est une ville de passage à laquelle on s'attache, et où l’on finit par déposer les valises. Une sorte de carrefour où il fait bon rester. Enclavée entre les montagnes et les collines, et marquée par le rythme des saisons, elle s’enveloppe d’un joli manteau blanc l’hiver, et fait place aux douces soirées l’été. Elle est un paisible refuge abritant la chaleur et la bienveillance des nouvelles rencontres et des amitiés retrouvées. A Romans, il n’y a pas de place pour la solitude et l’oubli. Il y fait bon s’aimer, danser et s’enivrer.

Peu importe où je m’en irai, c’est bercée par ta douceur, Romans, que je continue de rêver
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