La vieille maison de Mamie Jacqueline - Observée depuis la commune d´Anthon

il y a
5 min
104
lectures
14
Qualifié
Dans cette bourgade, il y a cette maison au charme définitivement désuet comme figée dans le temps. Une atmosphère familiale et agréable s´en dégagent. Dans notre monde qui bouge en permanence, il est quand même rassurant de constater que certaines choses ne bougent pas. Ce sont pour nous des points d´ancrage. Et on a l´illusion qu´ils seront toujours là !

Mamie Jacqueline est une petite femme aux cheveux blancs cendrés. Habillée simplement, elle porte depuis des années la même paire de souliers noirs en cuir pour sortir. Elle affectionne les vêtements aux couleurs neutres comme le beige, le gris clair, le bleu gris. Depuis peu, elle boîte et penche vers l´avant pendant la marche. Un peu sourde, elle a bien du mal à suivre toutes les conversations. Mais elle fait contre mauvaise fortune bon cœur ! Comme elle dit très souvent « il ne fait pas bon de vieillir ». C´est une grand-mère attentionnée !

Cette grand-mère est une survivante. Elle a grandi pendant la guerre. Possède un pacemaker. A guéri d´un cancer du sein, de l´hépatite C. Et a du subir une ablation de l´appareil reproductif suite à une descente d´organe. Et tout ça sans se plaindre.

Les enfants de l´après-guerre ont été confrontés aux restrictions dans leur enfance et ont souvent la peur de manquer coller au corps. Cette angoisse les accompagne pendant toute leur vie d´adulte. Aussi, mamie Jacqueline sait recevoir. On ne quitte jamais la maison d´Anthon avec un petit creux au ventre. Bien au contraire, les repas sont gargantuesques !

Au menu nous avons droit à des plats de grand-mère. Il y a toujours l´apéritif, l´entrée, le plat de résistance, le yaourt ou le fromage et le dessert. Les rôtis en cocotte de mamie sont une institution et embaume la cuisine et le salon d´un délicieux fumé. Mais d´autres plats encore sont emblématiques de la cuisine de cette grand-mère comme sa salade composée de pommes de terre avec du thon, des tomates et des œufs. Mais également sa langue de bœuf et ses Îles flottantes. A tous les repas, nous comptons toujours au moins deux viandes. Et mamie manifeste vigoureusement son intolérance pour les restes : « Mais... Vous n´allez pas me laisser ça ! ».

Sa maison ancienne et bien entretenue, les petits volets blancs ont récemment été repeints. Cependant, l´intérieur reste sombre. Depuis le rez-de-chaussée, on peut apercevoir des poutres en bois foncés ainsi que le foyer. Mamie a tenu à garder la cheminée malgré le poêle à granulés installé récemment. Mais il est vrai que cela n´a pas le même charme que la cheminée ! Qu´il est agréable de faire une bonne flambée un long soir d´hiver ! On est obligé d´emprunter un petit escalier un peu escarpé et rustique en bois pour accéder aux chambres en mezzanine à l´étage.

D´ailleurs cette maison est un peu comme une grande dame, elle semble comme vivante par moment. Elle réagit à chaque interaction avec sa propriétaire et ses invités. La mezzanine couine et craque sous les pas. C´est un peu comme si on marchait sur le dos endolori et courbé d´une vieille dame. Cela a l´air de lui faire mal !

Mais c´est bien par les innombrables bruits de plomberies qu´on appréhende sa voix. Et on peut affirmer une chose, c´est qu´elle aime s´exprimer ! On dirait parfois les chants d´une cantatrice lyrique résonner dans les tuyaux de plomb. Lorsqu’on prend une douche à l’étage, on distingue des longs sifflements dans la plomberie. Mais on entend aussi toutes sortes de bruits dont nous n´arrivons pas toujours à déterminer la provenance. « C´est une vieille maison » comme dit mamie Jacqueline !

Mais la nuit a la conséquence d´opérer un grand changement d´ambiance dans la maisonnée. Quand chacun se trouve dans sa chambre respective, c´est là que les petits et les grands bruits se font plus présents. Forcément, on entend mieux tout ce qui nous entoure quand la télé est éteinte et que les voix se sont tuent. Laissant ainsi les imaginations des invités divaguer à leur guise. Il est vrai que plus la nuit avance et plus la bâtisse prend des airs de maison hantée. L´escalier et le parquet qui craquent sans raison apparente. Et la plomberie qui émet des sons roques, peut-être qu´il s´agit de vocalises ?

Nous allons dormir comme d´habitude dans la chambre verte réservée aux invités. La nuit prend ses quartier et j´ai l´impression de voir la chambre se rapetisser à vue d’œil.

Au font de la chambre, il y a une toute petite pièce délimitée par une porte pliante en forme d´accordéon en matière plastique PVC. L´ensemble est irrémédiablement vintage ! Il s´agit d´un coin lavabo ou l´on retrouve également un miroir au cadre simple en bois brut marron foncé. Ainsi qu´un petit support en bois pour supporter les serviettes de toilettes. Et une frise de papier peint aux motifs floraux parcourt cette pièce comme le reste de la chambre. Dans ce type d´endroit daté, on a l´impression de remonter le temps.

Le jour ce coin lavabo est une petite pièce accueillante qui sent bon la savonnette, mais le soir c´est une autre affaire ! Cet endroit devient alors le réceptacle des projections de nos angoisses nocturnes. On peut imaginer des ombres gigantesques de monstres, les bruits des revenants... Dans l´obscurité on n´arrive pas à distinguer le font de cette pièce. Quelque chose se tapisse peut-être dans l´ombre !?

Ainsi il n´est pas toujours évident de trouver le sommeil. Les personnes endormies me paraissent plus vulnérables face aux dangers. Non !? Du coup, j´ouvre l´œil et le bon ! Installée sous la couette, j´écoute les petits bruits tout autour de nous. Et je n´arrive pas à déterminer leurs provenances. Cela semble émaner de derrière le papier peint. Serons-nous visités cette nuit, et si oui est-ce que cela sera par une âme amicale ? J´espère !? Peut-être que papi René, décédé il y a de nombreuses années, viendra nous faire un coucou ? Mais ça pourrait être les anciens propriétaires ? Ou encore quelqu´un d´autre ? C´est assez angoissant !

Le matelas creusé en son centre par les dizaines d´années d´utilisation n´est pas très confortable. Mais il donne toujours un alibi imparable pour se calfeutrer contre le mari pendant la nuit, lui qui n´aime pas ça ! Dommage pour lui ! Il souhaiterait que je lui lâche les basques pendant son sommeil.

Le jour d´après vient chasser les démons et les terreurs de la nuit. En général, c´est le moment où je dors le mieux. Mes sens sont restés en alerte toute la nuit et c´est le moment de se relâcher. L´honore est accompagnée par les petits bruits des oiseaux et autres animaux de la campagne. D´ailleurs, les oiseaux s´amusent à se voler dans les plumes sur la toiture. C´est résolument le matin ! Enfin !...

Nous sommes réveillé avec l´odeur de café. C´est l´heure du petit déjeuner ! Mamie s´est encore levée tôt, vers 7h. Et un café tout chaud préparé par ses bons soins nous attend en bas dans la cuisine. Nous sommes conscient que ces bons moments sont rares.

Qu´il est triste de constater que les beaux jours dans cette petite maison sont maintenant dernière nous. Il faut se résigner dans le futur ça sera différent. Mamie est fatiguée et pourra de moins en moins recevoir de la visite.

En effet, mamie perd petit à petit ses capacités cognitives. Des troubles de la mémoires sont apparus accompagnés d´autres symptômes. Elle tient quelques fois des propos incohérents, mais arrive encore à s´en rendre compte dans le fil de la conversation. Cette grand-mère est une personne digne. Et elle ne veut pas qu´on la voie diminuer pendant un épisode où elle serait fatiguée, démoralisée, confuse ou désorientée. Nous l´avons compris ! Mais c´est bien dans ces moments-là où le soutien de la famille est pourtant primordial.

Ainsi sa personnalité douce et attentionnée laisse place à de l´agressivité. Elle éprouve parfois des besoins paradoxaux. Disant ne plus supporter la solitude et pourtant ne voulant pas recevoir chez elle l´aide à domicile tous les jours. Pendant les moments de fort découragement, elle dit être pressée de partir (mourir).

A l´évidence une page se tourne sur sa vie dans sa petite maison de village d´Anthon. Des décisions vont devoir être prises pour améliorer son quotidien et valoriser l´autonomie restante. Mais comme dit le proverbe ; « on ne peut pas être et avoir été. »
14

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,