La vie rêvée

il y a
1 min
314
lectures
14
Finaliste
Jury

« Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant. La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant » Victor Hugo  [+]

Louise dort tranquillement à ses côtés. Une lumière blafarde éclaire la chambre. Jean lève les yeux au plafond et un sourire éclaire son visage.
Cela fait déjà dix ans qu’il partage sa vie avec Louise. Ils passent des heures à se raconter leurs petits bonheurs, les mille et un instants qui peuplent leur vie. Chaque réveil au matin, chaque diner au soir est l’occasion de se raconter, de s’ouvrir à l’autre sans secret. Les jours passent ainsi.
Jean occupe un poste de chercheur dans un institut de neurosciences. Il se voue ainsi à décrypter l’organisation du système nerveux. Louise tient un kiosque à journaux dans le 14eme arrondissement. Entre deux clients, elle se plonge dans la lecture des quotidiens. Ainsi, leurs conversations s’alimentent à la fois des fait divers de la journée et des découvertes sur le fonctionnement neuronal.
Et puis un jour, sans raison, Louise s’enferme dans un mutisme total. Finis les « chéris mon amour » du matin, jetés aux oubliettes les « dors bien, fais de beaux rêves ». Jean cherche des raisons à ce mutisme en se rejetant la faute. A-t-il commis un impair ? Dans l’espoir de lui redonner l’envie de communiquer, il lui offre un admirable chiot ; elle qui aime tellement les bêtes. Malheureusement, rien n’y fait. Louise déambule dans leur vie comme un fantôme.
Dans ce puits de désespoir, Jean trouve refuge dans ses travaux et son acharnement va bientôt lui donner la solution qu’il recherche en vain. Depuis quelques temps son humeur sombre se transforme et l’on peut apercevoir quelques lueurs d’espoir dans son regard. Impatient, Il décide de ne pas attendre la fin des tests cliniques. Un soir, il rentre à la maison, serrant dans sa main un flacon remplit de pilules roses. Au diner, il en glisse une parmi les cachets que prend habituellement Louise et attend le coucher...
Une lumière blafarde éclaire la chambre. Jean avale une pilule rose et lève les yeux au plafond. Un sourire éclaire son visage, il rejoint enfin Louise dans ses rêves : « Bonsoir mon amour », « Bonsoir mon chéri ». Dans ce monde astral, ils se retrouvent enfin et partagent à nouveau cette tendre complicité.
C’est le hurlement du chien qui alerte les voisins. Les secours défoncent la porte et trouvent Jean agonisant dans le salon, la main désespérément tendue vers le téléphone. Dans la chambre, Louise git sur le lit, les bras en croix, un sourire sur les lèvres... maintenant muettes pour l’éternité.
14

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,