La vie ne tient qu'à un fil...

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Passionné de littérature et de la langue française, j'écris des textes courts,des nouvelles. J'ai publié mon premier roman aux éditions du Mérite"Un Amour Infini" et mon 2ème roman " Les  [+]

Ce matin là, la grisaille entourait tous les gratte – ciels de New - York; un épais voile blanc – mélange de brume et de pollution- flottait dans l’air laissant apparaître furtivement quelques immeubles moins hauts. Les travailleurs d’un pas alerte sortaient, par grappe compacte, du métro. Juste au pied de la World Trade Center, les business men se bousculaient pour entrer les premiers dans le tourniquet du rez-de-chaussée tout en se jaugeant mutuellement .
Rick et Teddy, les meilleurs laveurs de carreaux de New-York, s’étaient donnés rendez-vous au pied de la nacelle, installée depuis la veille sur la façade de Green Tower par l’équipe technique de leur entreprise. Leur tâche du jour : coller deux décors géants de clés de sol sur les vitres à deux cents mètres de hauteur. Ces funambules du vide appréciaient cette mission délicate. Ils pensaient à l'effet visuel de ces trompe - l'oeil sur les passants à l’approche des fêtes de fin d'année.
Avec minutie, ils chargèrent le décor. Machinalement, ils appuyèrent sur la télécommande pour monter la nacelle à la hauteur définie. A chaque étage, le spectacle des bureaucrates s’installant à leur bureau en sirotant leur café, les faisait sourire. Ils les saluaient d'un geste amical du bras.
Arrivés à la hauteur désirée pour l’installation, ils commencèrent à fixer les différents éléments. Ils devaient s’extirper de leur cockpit et descendre en rappel pour accrocher les bouts des fameuses clés de sol. Tous les employés de bureau regardaient la scène avec stupéfaction. Au milieu de l'après-midi, le brouillard se leva et un soleil généreux, dans un air encore glacial, réchauffa l'atmosphère. Les badauds, agglutinés au pied de Green Tower, ne voulaient rien rater du spectacle. Les gosses s’esclaffaient : "Waouh, trop fort, moi, j’aurais la trouille à leur place! "
Après deux heures d'effort, Rick regarda son compagnon poser la dernière pièce du décor. Il le remonta à bord de la nacelle. Ravis du travail accompli, les deux compères se tapèrent dans les mains tout en contemplant leur ouvrage : « Beau travail, s'exclama Teddy, on ne va pas moisir là, tu peux entamer la descente lentement ". A peine eut - il prononcé ces mots qu’un bruit suspect vint interrompre la bonne humeur des deux complices. La nacelle se mit tout à coup à la verticale, les projetant sur le sol. L'une des deux chaînes venait de céder. Teddy eut le réflexe d’arrimer son mousqueton au grillage de cette dernière puis lança une de ses cordes pour que Rick en fasse autant. Ce dernier avait eu la présence d’esprit de couper le moteur pour éviter que l’autre chaîne ne cédât. Miracle, le balancement cessa peu à peu; la situation restait périlleuse et nécessitait une intervention rapide des secours.
Le planton de service au pied de la tour avait déjà donné l’alerte. Les sirènes des ambulances et des véhicules de pompiers se firent très vite entendre. En quinze minutes chrono, tous les secours étaient sur place. Le commandant de la brigade avec son porte-voix demanda à ses hommes de déployer la grande échelle le plus rapidement possible. Hélas, elle s’avéra trop courte de cinq bons mètres. Il fallut trouver de toute urgence une autre solution. Les employés médusés ,impuissants, regardèrent cette scène surréaliste sans pouvoir faire quoique ce soit .
Le commandant ordonna alors à son lieutenant de prendre dix hommes avec lui et des masses pour casser les vitres à la hauteur des deux travaillleurs en danger. Après une heure d’effort, les pompiers en se relayant vinrent à bout des trois épaisseurs de vitrage sécurit aussi dur que du béton armé. Par la brèche, ils lancèrent un grappin pour tirer la nacelle vers eux. Au bout du troisième essai, ils extirpèrent les deux hommes livides, transis de froid. Ils les allongèrent à terre en les recouvrant aussitôt d’une couverture de survie. Quelques instants après, un sourire sur leurs visages vint réconforter les sauveteurs. Dans les secondes qui suivirent, les traders, descendus à la hâte sur le terre-plein, applaudirent chaleureusement.
Teddy se tourna vers son compagnon d’infortune en marmonnant :" On revient de loin, la vie ne tient qu’à un fil !
– Non, répondit Rick, tu te trompes, elle ne tient qu’à une chaîne" !
Pendant un mois, ils firent le récit de leur mésaventure dans les médias. Mais très vite, lassés de raconter toujours la même chose, ils voulurent retravailler. Après cette parenthèse, ils reprirent leur train-train quotidien de laveur de vitres. Ils signèrent encore parfois des autographes.
"L'anonymat a du bon, la liberté aussi", pensèrent-ils. Et, ainsi, continuèrent - ils longtemps leur duo, loin des projecteurs.
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