2
min

La vie en plein vol

150 lectures

53

 Cours ! Cours, Malhia, fissa !
 Je ne peux pas, Medhi !
 Si, tu peux !
Il n’a pas envie de discuter, de perdre du temps. Quitter la cité au plus vite ! Ses mains tremblent, il a peur. Pour elle, pour lui. Pour leurs rêves qui risquent de s’effondrer, pulvérisés par la kalach d’un guetteur shooté. Le verrou du cadenas saute.
 Monte !
 Non ! beugle Malhia en se tenant le ventre.
Elle souffre, il le sait, mais s’il l’écoute, ils vont finir sur le bitume, écrasés comme des cafards. Il la tire par le bras, l’aide à se hisser sur le siège et prie pour que la bécane démarre. C’est laborieux ! Il hurle, car Malhia fait le geste de descendre. La charge pèse une tonne, mais il n’a pas le choix et pousse l’engin en courant à côté. C’est Malhia qui hurle à présent. Son corps malmené tangue sur la selle, ses yeux ressemblent à des toupies. Elle l’insulte à présent, mais ses injures se perdent dans la pétarade. Trempé de sueurs, le cœur en folie, il saute sur la selle.
La cité s’évanouit derrière eux, il pousse à fond sa machine. Qui n’est pas la sienne. L’alerte est donnée, il le sait, mais, qu’importe ! L’urgence se trouve sur le siège arrière. L’adrénaline coule dans ses veines, il respire à fond. Les mains de Malhia autour de sa taille l’apaisent, comme le vent glacé sur son visage. Dix minutes. Dans dix minutes, ils seront en sécurité. Sur le périf, il lève le pied. Ce n’est pas le moment de rencontrer les condés. Quoique... Maintenant qu’il peut réfléchir, il se dit qu’elle charrie. Qu’est-ce qu’elle a fichu dans la journée pour en arriver là ? Quinze jours ! Il lui demandait deux petites semaines pour que son plan fonctionne ! Il avait trouvé une planque, et même un job.
Voilà qu’elle se remet à gueuler, des cris stridents. Il accélère à nouveau, pour ne pas les entendre. Lumières, bleues, blanches, klaxon, un type lui fait une queue de poisson. Ce n’est pas le moment de s’engrainer, il laisse filer. Deuxième sortie, à fond les manettes, sans ralentir. Pile pour laisser passer une voiture. Malhia se cogne dans son dos, s’étrangle de douleur. « Tiens bon, on arrive ! hurle-t-il. Ta gueule, répond-elle. » Mais c’est bon signe, elle tient le coup, c’est une chef. Il serait fier d’elle si c’était le moment. Ses yeux fixent avec émotion les néons des Urgences, son corps tendu se relâche, il respire à fond. La moto sur ses béquilles, il tend le bras pour l’aider à descendre. Évite de croiser son regard furibond, car, il le sait, si elle le pouvait, elle le grifferait comme une tigresse. La porte de l’hosto est fermée, il sonne. Deux, trois, dix fois. Un type en blouse blanche ouvre la porte, le toise méchamment, puis remarque la femme pliée en deux. Pas besoin de faire un dessin, il a compris. Mais non. L’infirmier referme la porte. Mehdi ouvre la bouche, pour l’interpeller, mais le type ressort, accompagné d’un malabar. Pour lui casser la gueule ? Non. Chacun soulève un bras de la fille mal en point, qui ne tient plus sur ses jambes. Elle va mal, très mal. Le trio disparaît à l’intérieur et le plante sur le trottoir. Il retourne à sa moto, se rend compte que ses guiboles ne valent pas mieux que celles de sa copine, mais il est soulagé. Il a assuré, Malhia le comprendra plus tard. Quand elle ira mieux, car il est certain qu’elle déguste en ce moment. Un réverbère accueille sa bécane avec l’antivol qu’il a cisaillé, en espérant qu’un naze en fera son affaire. De toute façon, s’ils l’ont repéré, ils sont à sa poursuite, et s’ils lui tombent dessus, il est mort. En attendant, il va rejoindre Malhia dans l’hôpital, et rester auprès d’elle. Il se redresse, et s’apprête à retourner sonner aux Urgences. Mais il n’en a pas le temps, une main brutale se plaque sur son épaule. Le monde se fige, la vie s’arrête. Terminus. Tout ça pour crever comme un chien sur le trottoir. Mais la balle ne vient pas, il se retourne et découvre le visage hilare de l’infirmier.
 Félicitations, mon pote ! T’es arrivé à temps. Ton garçon est né dans l’ascenseur ! Un bolide de quatre kilos !

PRIX

Image de 2018

Thèmes

Image de Très très courts
53

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Crityas
Crityas · il y a
le pire est que la réalité rejoint trop souvent la fiction..le style est là..j'adore.
·
Image de Polotol
Polotol · il y a
Image de Ginette Vijaya
Ginette Vijaya · il y a
la fin est plutôt belle alors que la cavalcade a été mémorable !!
Je concours aussi avec mon texte :" de roues en roues "

·
Image de Abi Allano
Abi Allano · il y a
C'est dommage, j'ai vu venir la chute presque dès le départ. Toutefois, ça fonce et le texte est très bien mené.
·
Image de Catherine Denninger
Catherine Denninger · il y a
Merci, et dommage pour l'effet de surprise.
·
Image de Jeanro
Jeanro · il y a
C'est de la bonne cam. C'est fort. Ça reveille
·
Image de Vallerie
Vallerie · il y a
Ouf juste à temps ! Je suis presque essoufflée...!
·
Image de Renard
Renard · il y a
ça va vite, ça pétarade, mais la fin super bien!
·
Image de Madu la Fée
Madu la Fée · il y a
J'ai adoré et c'est vite et si bien écrit bravo.
·
Image de Catherine Denninger
Catherine Denninger · il y a
Merci!
·
Image de Guillaume Coquery
Guillaume Coquery · il y a
ahah ah je me suis bien fait balader par cette virée a donf! mes 2 votes pour ça
jje vous invite a decouvrir ma version avec Ponctualité

·
Image de Catherine Denninger
Catherine Denninger · il y a
Merci Guillaume, j'y cours!
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur