la vie de la seconde chance

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- Ariette, Ariette...
Elle marchait toujours sur le parking vers sa voiture sans se retourner. Emilie arriva enfin toute essoufflée à son niveau et la toucha.
Ah... fit Ariette qui se retourna apeurée
Emilie (toute essoufflée) : Tiens, tu es partie sans ta carte. J’ai crié ton nom en vain mais tu ne m’entendais pas.
Ariette : Merci beaucoup. Désolée de t’avoir ainsi fait courir, je n’ai pas entendu.
Emilie : ce n’est pas grave. Mais es-tu sure de pouvoir conduire? Je finis mon service bientôt, je pourrai te ramener à la maison.
Ariette : Ça va, ne t’inquiète pas.
Emilie : d’accord, mais je suis là pour toi. Appelles moi à tout moment.
Ariette : Merci.
Emilie attendit que son amie démarre et s’en aille avant de rentrer dans le bâtiment de l’hôpital Saint Georges.
Elles se sont connues au collège. Elles ont fait leur études ensemble et après le baccalauréat, elles ont pris chacune leurs voies. Elles n’étaient pas assez familières à l’époque et n’ont pas gardé le contact.
Elles se sont revues lorsque Ariette est venue en consultation chez l’oncologue. Emilie est infirmière en oncologie. Ariette est avocate.
Un peu plus tard dans la soirée, après le diner alors que Ariette et son mari Fréderic étaient assis l’un à côté de l’autre devant la télé...
Ariette : Chéri, il faut que je te parle d’un sujet.
Fréderic : je t’écoute mon amour. Que se passe-t-il ?
Ariette : Tu te rappelles quand je te parlais de douleurs dans le sein gauche?
Fréderic : bien sûr, cela fait presque 5 mois maintenant et je t’avais conseillé d’aller en consultation. Mais tu as dit que tu n’avais pas de temps pour y aller immédiatement à cause d’une affaire que tu plaidais.
Ariette : j’ai fini par y aller. Et les nouvelles ne sont pas bonnes.
Fréderic : Comment ?
Ariette : Eh bien, quand j’ai fait la mammographie il y a deux mois de cela, les résultats nécessitaient des examens complémentaires pour me fixer sur la situation. Mon gynécologue m’a alors orienté vers un spécialiste, un oncologue...
Fréderic : je ne comprends pas. Et ?
Ariette : après les analyses, il m’a dit que j’avais une tumeur au niveau des seins. Il a dit qu’il n’y avait pas encore de métastases mais il faut qu’on agisse promptement.
Fréderic : Un cancer ? Toi ? Comment cela est-il possible ? Tu ne m’as rien dit pendant tout ce temps. Je t’aurai soutenu et accompagné à tous ses examens.
Ariette : je sais. Je ne voulais pas t’importuner. J’ai fait la biopsie quand tu étais en mission à Bruxelles.
Fréderic : Quelle idée, Ariette ! Tu as supporté toute seule sans m’en parler. Je ne suis pas d’accord. Je comprends maintenant l’air perdu que tu as depuis un moment. Tu vas en parler aux enfants ?
Ariette : oui, je leur ai dit de venir le weekend. Tu m’en veux ?
Fréderic : oui je t’en veux de ne m’avoir pas permis de partager ta peine.
Ariette : j’espérais plutôt ne pas avoir à te l’annoncer.
Fréderic : quel traitement préconise-t-il ?
Ariette : une chirurgie et ensuite un traitement. Il a parlé de la chimiothérapie après la chirurgie. Pour la chirurgie, ce sera une tumorectomie. Le sein ne sera pas totalement enlevé.
Fréderic : tout ira bien, mon amour tu n’es pas seule. Je t’aime comme tu es avec ou sans les seins. J’aime bien tes seins mais je peux m’en passer. Je te veux en meilleure santé. Viens ! (en ouvrant les bras). Elle se rapprocha et se blottit dans les bras de son mari.
Le weekend arriva. Marion et Stéphane rentrèrent à la maison. Marion, 28 ans, l’ainée a fait des études d’architecture. Elle travaille dans un cabinet et Stéphane, 25 ans, statisticien vient de débuter un stage dans une société de banque et assurance. Marion avait attendu son frère à la gare et ils se rendirent ensemble chez leurs parents.
Les enfants étaient enthousiastes de rentrer surtout Stéphane qui vit maintenant dans une ville loin de 600 kilomètres de chez ses parents.
La journée du samedi s’est déroulée sans encombre jusqu’au diner. Ariette convia ensuite les enfants à prendre du thé et leur fit part de la nouvelle de sa maladie. La bonne humeur de la journée se changea en amertume. Ils se demandaient comment cela pouvait leur arriver. Ils n’étaient pas préparés à cela et de toutes les façons, on n’est jamais préparé à cela. Stéphane se remémora le pressentiment étrange de sa sœur.
Marion avait partagé avec son frère le malaise qu’elle ressentait depuis des semaines avant que leur maman ne les appelle pour weekend end.
Flashback
Quelques jours plus tôt au téléphone...
Marion : je suis sure qu’il y a un problème. Ils vont nous annoncer une mauvaise nouvelle.
Stéphane : tu penses qu’ils vont nous annoncer qu’ils se séparent (rires).Tu es trop pessimiste. Je pensais rentrer les voir ce weekend end avant que maman ne nous appelle.
Marion : non, je ne pense pas qu’ils vont se séparer mais cela fait presque trois semaines que je ressens cette angoisse terrible. J’espère que ce n’est rien de grave.
Fin du flashback
Stéphane : tu avais raison, Marion. Je m’en veux d’avoir banalisé ce que tu ressentais et de n’avoir pas perçu cela.
Ariette : ne te culpabilise pas mon chéri. Tu ne peux pas ressentir toutes les émotions.
Stéphane : le plus important maintenant ce sont les soins que tu dois recevoir. Y a-t-il déjà une date pour la chirurgie ?
Ariette : non, avec le médecin, aucune date n’a été fixée mais il m’a dit que le plus tôt serait le mieux. Je dois faire une batterie d’analyse avant la chirurgie.
Marion : tu penses commencer quand maman ? Il faut qu’on réagisse vite. Allons terrasser ce méchant vilain cancer une fois pour toutes.
Ariette : dès lundi, je prendrai un rendez-vous pour les analyses.
La conversation se poursuivit et pendant toute la discussion, ils lui ont apporté tout leur soutien. Marion et Stéphane ont beaucoup pleuré à cette annonce mais pas en présence de leur maman. Face à elle, Ils ont puisé en eux la force nécessaire pour la réconforter. La journée du dimanche a redémarré avec un sentiment de soulagement pour Ariette qui a pu partager sa peine. Emilie s’est jointe à la famille. Ariette se sentait forte d’avoir à ses côtés des amis et une famille solide et aimante. Elle se sentait aimée.
Après les analyses, la chirurgie a eu lieu deux mois après l’annonce et la chimio a débuté après 42 jours.
Pendant la chimiothérapie, Marion a pris un congé de quinze jours pour être auprès de sa maman et Stéphane revenait chaque weekend. Le bilan pré thérapeutique a permis à l’oncologue de fixer une période de six mois pour le traitement.
Cela n’a pas été facile. Son teint métissé commençait par blanchir. Elle avait pali. Ses cheveux naturellement bouclés avaient commencé par se raidir mais elle n’a pas voulu se raser complètement. Stéphane les lui coupa très court.
Avec les nausées, vomissements et démangeaisons dues au traitement, Ariette avait perdu un peu de poids. Elle avait du mal à manger mais elle s’efforçait de faire rentrer quelque chose dans le ventre pour éviter d’être nourrie à la sonde. Elle se sentait de plus en plus faible. Les pauses de trois semaines entre deux cures lui permettaient de se reprendre.
Emilie était également aux côtés de son amie quand elle le pouvait même si elle n’a pas été désignée pour l’assister.
La période de cure qui paraissait comme une éternité a finalement pris fin. La vie a repris timidement son cours. Les visites médicales commençaient à être de plus en plus espacées. Peu à peu, elle commençait par mieux se sentir mais son regard sur la vie avait changé. Pour elle, il n’y a pas d’acquis en ce monde mais tout est grâce.
Elle voulait vivre intensément chaque journée. Elle a délégué la plupart de ses taches à ses collaborateurs pour se consacrer plus de temps et profiter des petits plaisirs de la vie car elle avait toujours vécu pour son travail. Sa participation au groupe de soutien l’a aussi aidé à se refaire. Une année après, elle a repris le travail à plein temps tout en profitant de la vie. A 52 ans aujourd’hui, soit quatre ans après cette période difficile, elle affirme vivre la vie de la seconde chance.
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