La vie ça s'écrit pas VIH

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Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? J'adore écrire, parfois j'me lance, souvent j'rature. On verra bien où tout ça nous mène  [+]

Image de Hiver 2019

Le réveil est dur, je sens la moiteur sur l’oreiller, la transpiration le long des draps. La nuit est encore là et la clarté de la lune illumine le bas de ton corps. Je sens ton poil se dresser comme un frisson. Je sens ta jambe remonter sur la mienne comme pour me dire « Non, t’en va pas. »
Et pourtant.
Et pourtant il faut que je m’en aille. Il faut à tout prix que je parte et ne revienne pas.
T’es belle putain, oh oui, et tu en joues si bien. Ta tête contre l’oreiller, je t’entends encore murmurer des mots tendres à mon égard, une plainte comme un loup au clair de lune. Pourtant je me lève, et le parquet froid sous mes pieds me glace. Dans une ultime tentative, tu te retournes, délaissant le drap qui te recouvrait, laissant libre de ma vue ton corps nu tout entier. Une ultime étreinte et pourtant toi aussi tu sens qu’on ne devrait pas. Qu’on a déjà trop fait et que c’est pas ça qu’on veut, pas comme ça.

Les jours passent. Tes SMS n’obtiennent pas de réponse, je les lis presque machinalement, car au fond je sais déjà tout ce que t’as à me dire. Je sais déjà tous tes arguments et je sais bien que j’aurais pas la force de les réfuter si je devais y répondre. Mais je veux pas ce jugement là. Je veux pas t’affronter car j’ai déjà perdu beaucoup trop de ce genre de combats.
Les nuits passent aussi, lentement, froidement, loin de toi.
Ni l’un ni l’autre ne semblent prêts à mettre de la distance et pourtant je nous l’impose. Parce que c’est mieux comme ça, c’est mieux pour toi. Parce que cette fois ci c’est différent.
Parce que j’veux pas bordel. J’veux pas de tout ça.

Ça fait des mois maintenant et tu sembles toujours aussi perdue. Comme moi en fait. Tu comprends pas très bien mais j’ai l’impression que tu devines. On s’est revu un soir, c’était comme si on se redécouvrait, et pourtant tout était différent. Je t’ai demandé de partir juste après, c’est mal, je sais, mais j’y arrive plus. J’arrive plus à faire semblant tu sais. À te mentir.
C’est de pire en pire et je crois que t’es en train de le comprendre. Je crois qu’au fond de toi tu sais, et que tu t’en fous, mais moi je m’en fous pas. Je veux que tu saches tout ça. Que c’est toujours toi et que ça l’a toujours été, que ça le sera toujours.
J’avais réussi jusqu’à aujourd’hui à plus ou moins te cacher certaines choses, mais je sens que je n’y arrive plus, et que ces choses là prennent le dessus. Une fièvre qui persiste, des maux de tête horribles, des vomissements. Ça devenait de plus en plus persistant et de plus en plus important.

Je crois que je t’aime tu sais. Et jamais je veux que tu me regardes autrement que ce regard que tu m’as fais ce soir-là, nue sur les draps, le cœur au bord des yeux. C’est ce regard que je veux garder. Je veux te garder pour moi, jusqu’à la fin, jusqu’à ma fin. Je veux pas t’imposer cette vie-là, ces gens qui te croisent et faussent leur sourire.
Tu sais bébé, la vie ça s’écrit avec un E mais moi j’le vis avec un H.
J’ai mal de t’laisser comme ça, et j’ai le cœur qui s’arrache.
J’refuse de partager ça avec toi.
Alors j’espère qu’au fond, au fond, toi tu comprendras.

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