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La Vénus de Mario

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Orkanta

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Rien n’arrive par hasard. Rien n’est calculé ; tout semble l’être telle une évidence. Comme sa rencontre, une évidence.
Ce fut par « hasard » – après un pari idiot entre amies, que je fis sa connaissance par le biais d’un site de rencontre. Je m’y inscris « par hasard » faisant défiler des listes sur mon téléphone, balayant l’écran de mes doigts frêles. Tourbillon visuel. Vertige du virtuel. Je m’arrêtai sur l’un, après en avoir survolé plusieurs aux noms les plus incongrus, soudain happée par l’intitulé-mystère de « 100 pulsations minute ». Bêtement je me laissai guider ; je détestais ce procédé consistant à se stigmatiser par une liste de ses principaux qualités et défauts. J’abhorrais les contraintes. Je me sentais plutôt louve que brebis. J’étais si agacée à l’idée de réaliser une synthèse de moi en quelques adjectifs subjectifs, que je laissai l’encart vide. Seule obligation : une photo – réelle non piquée à un autre compte, et une courte présentation, 400 signes maximum. Puisqu’on me demandait d’être concise, détestant les fioritures, en moins de trois minutes j’avais achevé mon profil avec une photo de moi léchant outrageusement une glace – certains diront que par cette photo alléchante je donnais l’image d’une sacrée coquine, mutine et libertine prête à affoler et mettre en émoi – le terme est un euphémisme – une équipe entière de rugbymen à la troisième mi-temps... C’était juste moi dégustant un délicieux sorbet avec un texte minimaliste : « Suite à un pari débile perdu, me voici inscrite par hasard, dans l’attente de rien, surtout pas à la recherche du grand amour. J’ai cessé de croire aux contes de fées depuis que Cendrillon a perdu sa pantoufle comme une cruche en dévalant les escaliers alors que le prince charmant était à ses pieds. » Signé : Peach – comme il fallait un pseudo et que j’adorais le jeu Mario Kart... J’avais hésité avec Luigi mais je n’allais pas compliquer les choses pouvant suggérer que je puisse être transgenre. Et le nom collait à la photo.
Contre toute attente, en moins d’une heure, j’avais déjà cinq prétendants potentiels. « Par hasard » je le choisis Lui, Milo.
Tu es venu à moi, apparu comme ça, y a-t-il une raison intelligible, une prédestination ?
Au début j’étais sceptique. Milo... Milou comme le chien de Tintin ? Un féru de BD ? Je compris vite la référence artistique : Milo le sculpteur et sa Vénus modelée de ses mains. Milo vivait sa vie comme une fresque géante se colorant à mesure des jours écoulés.
Toi non plus, tu n’avais aucune attente. Tu accueillais l’existence avec ce qu’elle avait de meilleur à offrir, avec un regard d’enfant émerveillé, espérant croiser le chemin de Vénus, ta Muse. Tu voyais la vie en teintes chamarrées non en fades monochromes, sublimant tes douleurs passées par ta contemplation et ton écoute bienveillantes, ton absence de jugement, ton acceptation de toutes les différences et ton aptitude à laisser les choses se dénouer et se lier spontanément.
Je buvais ses mots écrits, chaque lettre agglutinée formant des termes au charme désuet, des phrases métaphoriques d’un monde à part, à double sens. Mes sens étaient « sens dessus dessous ». Effervescence et ivresse intérieure. Je sentais mon âme m’échapper, attirée inexorablement vers cette autre âme, inconnue. Je me sentais orange, ayant perdu un quartier, avec le besoin avide de le retrouver. Boire le jus existentiel, le nectar passionnel, le fiel de l’osmose idyllique et fantasmagorique. J’étais conquise par la fraîcheur, le naturel si touchant et l’humour décalé de Milo. Subjuguée. Envoûtée par un avatar. Ensorcelée par un être virtuel. En un mois, j’étais devenue différente. Toujours moi dans mon enveloppe charnelle de jeune femme mais dans un esprit d’un autre ailleurs. Qu’est-ce qui m’arrivait ? Était-ce l’Amour absolu, inconditionnel ? Non je fantasmais. Illusion de l’homme idéal.
Dépérissant par tant de pages tournées avec fracas, anéantie par la déception ou la négligence, n’osant plus accorder ma confiance, je mourais d'un manque d'amour et de reconnaissance. Non pas la reconnaissance-fierté mais la reconnaissance-gratitude qui vous fait devenir un avec l’autre, le 1+1=1 : quand la loi suprême de l’attraction amoureuse défie les mathématiques.
Nous avions peur d’aller trop vite, de détruire ce que nous avions à peine commencé. Et il arrive un jour où on se fout de paraître, on est c’est tout. Vivant se reconnaissant soi-même dans l’autre...
Arriva juin et ses premières chaleurs demandeuses d’ardeur, cet instant où ma peau frôla la sienne, ce moment sensuel inoubliable où je ne ressentis que sa douceur : des effleurements légers et ce baiser langoureux, nos langues s’entremêlant, s’imprégnant de la saveur de l’autre, à un rythme d’abord lent et régulier puis tournoyant dans nos bouches chaudes comme un moulin à vent. Tant de temps à rattraper. Envie de toi là tout de suite. Toi aussi tu me désirais intensément. Tes caresses se firent plus audacieuses sur le banc du parc. Besoin de toi. De me remplir de toi. De te sentir en moi. De m’enivrer de toi. De me donner à toi en une véritable offrande. De percevoir ton pouvoir d’attraction sur moi. Besoin que tu n’en puisses plus. Besoin de sentir nos corps ne former qu’un, en parfaite symbiose.
Il m’a attirée derrière un bosquet. Nous avons fait l’amour telles des bêtes sauvages, moi féline osant des gestes impudiques. Je me suis abandonnée sans réserve ni retenue, lui me rendant grâce par ses divines caresses.
Quand la jouissance n’a de limite que l’embrasement des sens de deux êtres unis...
J’avais trouvé mon Mario, toi ta Vénus.
Rien n’est déterminé à l’avance. Mais pour chacun d’entre nous, il existe quelque part notre Mario ou notre Vénus, notre double fusionnel, notre âme-sœur défiant le temps et l’Eternel.
100 pulsations minute pour vibrer et exister, cœurs à l’unisson...
Une apparition et tout s’éclaire à l’horizon...
Quand le mot « étreinte » est l’anagramme du mot éternité, aucune question vient à se poser...

PRIX

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Vinvin · il y a
Un texte d'une écriture sensuelle et organique.
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RAC · il y a
Un brin coquine cette histoire &charmante, bien menée ! Et bien vu l'anagramme étreinte/éternité !
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Orkanta · il y a
Merci à vous !!!
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JACB · il y a
Voilà un texte frondeur et malicieux: une avalanche de mots bien choisis dans un style enjoué qui nous fait participé à une rencontre romantique. un petit plaisir de lecture. C'est une bonne cavale.
Ma cavale est en bleu et jaune mais il me tiendrait à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme#
Merci

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Joëlle Brethes · il y a
Je n'avais jamais remarqué que "étreinte" était l'anagramme d' "éternité" !!! :)
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Orkanta · il y a
Vous avez donc appris quelque chose ! Chaque jour un nouveau jour et de nouvelles découvertes
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AKM · il y a
Bonne chance !
Je vous invite à lire ma nouvelle LES MOTS DU CŒUR et à apporter vos critiques.
Merci !

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Raymond De Raider · il y a
Je vote "par hasard", non parce que ça m'a enchanté. Tout simplement.
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Chantal Sourire · il y a
Bonne chance à votre couple, je vote !
Je suis en lice avec "le lanceur de couteaux"...

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Orkanta · il y a
Merci à vous ! je vais lire aussi votre texte !
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