La Taverne de l'écrivain

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Bleuts, PaganArtist https://www.facebook.com/BleutsSaeru  [+]

Dans la taverne du Loup volant, on mangeait, piaillait, buvait, riait, dormait et dansait. Et une bande d’hommes éméchés s’exclamaient avec joie, proposait à chaque voyageur de les rejoindre, et leurs yeux exorbités tentaient d’attirer tout ce beau peuple. Dans ce joyeux bazar, non loin de la porte, le visage caressé par une douce brise, Richard buvait doucement. Son esprit était éloigné de leurs élucubrations sans sens. Il était, la seule personne à peu près censée, qui n’envisageait pour rien au monde de s’aventurer dans la forêt maudite. Seuls ces nigauds, qui babillaient à propos de la gloire, de l’honneur, des richesses, étaient assez sots pour penser pouvoir survivre dans un endroit aussi hostile.

Ah ! Il fallait être saoule et niais pour agir d’une telle manière, et pour mener ces personnes désespérées, ne vivant que dans l’alcool, dans un endroit pareil.
Richard, désabusé et fatigué, se levait et partit. La soirée était chaude, et la brise avait disparu. Il ne restait plus qu’un air lourd et insupportable. La fraicheur des bières de la taverne lui aurait facilement manqué, si les rustres n’étaient pas présents. Rester en compagnie de telles personnes n’avait aucun sens, il fallait être un mouton pour apprécier leur présence.


Oh ! Il ne fallait pas pour autant penser que notre vieux Richard avait des préjugés. C’était un homme de bon sens, qui savait reconnaitre le bon du mauvais et le sot de l’érudit. Sans doute était-ce sa longue barbe qui le rendait ainsi. Car, ne serait-ce pas les sages qui une telle barbe posséderait ? Bien sûr. Richard ressemblait à un vieux sage, et se considérait donc ainsi. Rien de plus, rien de moins. Et n’allez pas dire qu’il ne faisait que jouer la comédie. C’était un honnête homme qui n’avait rien à faire auprès de ces gens, tout simplement.


Mais, qu’importe ! Il sortait maintenant. À quoi cela lui aurait donc servi de se plaindre sans cesse, alors que la beauté du soir l’attendait ? Richard aimait la douceur des étoiles, la sensibilité du ciel noir, la bravoure de la lune et surtout le silence de la nuit. Il pouvait y méditer des heures, seul et confiant, assis sur un fort grand rocher en bordure de la ville. Sur la falaise de diamant.
Et, cela lui apportait de nombreuses idées. Vous ne le saviez probablement pas, mais Richard était un passionné. Il aimait écrire, penser, inventer, créer. Et tout son monde tournait autour de sa créativité, et de sa grande affection pour les imaginaires. C’est pour cela qu’il se rendait parfois dans la Taverne précédemment quittée. Parfois, les hommes s’y trouvant étaient source d’inspiration pour ses romans. Leurs visages se montraient instructifs sur leurs personnalités. Leurs vêtements le faisaient rêver des autres horizons. Leurs paroles offraient moult possibilités.


Richard aimait cela, et ne s’en lassait pas. Mais, aujourd’hui, personne n’avait retenu son attention. Il était resté dans l’ombre, entouré de rustres et de nigauds, sans que cela ne lui offre aucune idée. Aucun homme ne s’était imposé.
Puis, alors qu’il était installé depuis deux longues heures sur son rocher, il eut la soudaine impression d’avoir manqué quelque chose. Les hommes, ils les avaient regardés longuement.... Mais il n’avait prêté aucune attention aux femmes. Et, il osait se dire supérieur à ces sots ?
Fermant les yeux pour faire appel à ses souvenirs, il se remémora la scène. Les hommes braillaient, la barbe recouverte de bière, heureux de partir à l’aventure. Mais, maintenant qu’il y pensait, une femme les avait rejoints. Sur le moment, elle était passée inaperçue. Mais Richard pouvait se vanter d’avoir une mémoire presque parfaite. Il n’était pas des plus modestes, vous l’auriez évidemment compris.


Soudain, il fut plus enclin à retourner dans cette diablerie de Taverne, et à adresser la parole à autrui. Il mourrait d’envie de parler à cette femme, de boire ses paroles et de les recracher dans un écrit qui serait admiré des décennies durant. Il se souvenait de son visage poupin, agrémenté de deux grands yeux marron et d’une longue touffe soyeuse de cheveux pourpres. Il se souvenait de son rire cristallin, de sa petite bouche rose et de sa pétillante vitalité.


La jeune femme avait regardé la liste des participants à cette quête suicidaire avec envie, et presque avec malice. Elle avait rêvé de les suivre. Ses rêves s’étaient-ils réalisés ? Ces hommes malodorants avaient-ils accepté sa présence ? Ou, avait-elle perdu le courage ?


Soit ! Il irait retrouver cette source d’inspiration, et écrirait une palpitante histoire ! Qu’elle soit à propos d’une quête, d’un rejet ou d’un manque de confiance n’avait pas d’importance. Niet ! Richard avait l’envie d’écrire sur ce fugace souvenir, sans doute extrapolé, et d’offrir à ses assidus lecteurs une passionnante œuvre.

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