La spirale des jours

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Caractère : adaptable aux circonstances mais aussi « insaisissable » – pieds sur terre et tête dans les nuages. Un animal : le Lynx (observation et souplesse) Une couleur : Camaïeu d'orange  [+]

Pour lui plaire j’ai gommé mon existence. Cette inexistence, je l’ai usée jusqu’à la corde puis j’en ai eu assez de dire amen à tout.

Oui, je sais : je ne suis pas tout « blanc »... pourtant je ne suis ni gris ni noir ! Alors ? Aurais-je des circonstances atténuantes à faire valoir ? A évoquer pour mieux comprendre ce qui se passe en moi, quasi indépendamment de ma volonté ? Sur le chemin de ma vie, ai-je toujours fait les bons choix ? Là est la question. Cependant, comment peut-on connaître à l’avance le sort qui nous est réservé ? Difficile de regarder la réalité en face. Pourtant un jour, il a bien fallu que celle-ci se fasse entendre et j’en ai pris plein les yeux de cette mascarade dans laquelle je me suis enferré. Oui, c’est cela : j’avais bel et bien des fers aux pieds, des fers aux pieds qui m’ont immobilisé dans une posture tellement inconfortable qu’à la longue, j’ai failli en mourir. Alors j’ai dressé une façade qui m’a permis de vivre, tant bien que mal. Afin d’occulter ma fâcheuse position, j’ai utilisé différents moyens pour me projeter ailleurs. Aujourd’hui j’en paye le prix fort et la réalité de cet échappatoire néfaste me transperce les tripes à grands coups de boutoir, comme pour en faire sortir les mauvaises graines emmagasinées tout au long des années, de ces quinze années passées à subir plutôt qu’à agir et à me droguer pour m’oublier.

Enfin je peux relever la tête, enfin je peux respirer l’odeur de l’existence, de « mon existence » de prendre conscience de mes désirs et surtout de les assouvir. Et cela sans faire de tort à qui que ce soit. Désormais je suis seul maître à bord, plus personne ne pourra m’empêcher de vivre, plus personne ne m’étouffera à l’aide de divers prétextes touchant les cordes sensibles de mon être. Je me suis laissé faire trop longtemps.

Ce matin je regarde autour de moi : ma maison me renvoie son image habituelle, j’ai allumé le feu dans la cheminée, le décor n’a pas changé ou très peu depuis le départ de ma compagne et des enfants. C’est elle qui l’a voulu et je ne l’ai pas retenue. Après quinze ans de vie commune, elle est partie. Certes nos filles ne sont pas responsables de notre mésentente, la plus petite ne cherche sûrement pas à savoir pourquoi elle vit avec sa mère, quant à la plus grande elle s’inquiète pour moi d’autant qu’entre sa mère et elle, ce n’est pas la panacée. Demain je serai loin, loin d’ici et je frémis à l’avance de ce que je vais découvrir. Oh ! Il ne s’agit pas de partir pour la grande aventure, non, mais d’un simple voyage de « plaisir ». Il y a si longtemps que je ne connais plus le sens de ce mot ! Alors, là, maintenant, je m’en gargarise, je m‘en repais comme quelqu’un perdu dans le désert à qui l’on tend un verre d’eau... Ce matin le goût de mon café est différent, je le ressens plus corsé, plus agréable à avaler et les objets qui m’entourent me paraissent moins hostiles. Sortirai-je enfin de moi-même et saurai-je assumer cette nouvelle personnalité encore inconnue qui se niche en moi ? Tout cela sans prendre de stimulants... ces trompe-l’œil si néfastes qui m’ont dévasté et le corps et le cœur. J’ai des fourmis dans les jambes, je me sens même pousser des ailes... Ah ! Connaître l’ivresse de la joie de vivre, tout simplement. Ma volonté, soudain rajeunie, me chante une belle chanson et, charmé, je l’écoute avec le sourire. Sourire ! Vraiment sourire, pour l’unique plaisir d’être et de se reconnaître, quel bonheur ! Je vais partir, pas très longtemps il est vrai, mais je vais vivre « autrement » et cette seule idée me revigore. Ne rien oublier, mes vêtements sont tous propres et déjà empilés dans le sac de voyage, ma brosse à dent... elle, elle verra son tour demain matin et trouvera également sa place dans mon bagage.

Oh ! Oui ! Comme c’est bon de penser à ce départ avant même d’être parti... Si « partir c’est mourir un peu, » en ce qui me concerne, je ne le crois pas, bien au contraire, partir me fera revivre. Désormais je ne me cacherai plus derrière cette façade où j’ai vécu durant quinze ans.

Quinze ans à faire semblant...

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Mohamed Laïd Athmani · il y a
J'aime,faute de plus !
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« DIGOINAISES… » qui est en finale.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/digoinaises-corps-et-ame
Merci d'avance.

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Liane Estel · il y a
Merci de votre appréciation. Dure réalité parfois lorsque des êtres s'effacent d'eux-mêmes.
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M. Iraje · il y a
Une renaissance contagieuse, qui fait du bien même au lecteur. ( Avec tous mes voeux).