La sorcière déclassée

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- C'était la ruée vers l'or, le grand rush des arrivées de diligences, les duels de rapidité et d'avidité étaient monnaie courante  [+]

Image de Hiver 2021
Cadie, la sorcière aux bottes en caoutchouc, s’était mis en tête de fabriquer son balai à voyage personnel. Elle s’était assise à califourchon sur un sureau, pour s’approprier le meilleur de l’arbre.
Il lui fallait de belles branches solides. Elle coupa son dû en estafilade, jusqu’à avoir le cœur pur de la branche.
Une fois qu’elle eut terminé. Elle sauta de l’arbre, pour retomber sur ses deux pieds. Décidément, ces bottes de sept lieues étaient une aubaine.
Elle les avait rachetées à Sarita, la sorcière indienne, qui vivait à quelques dizaines de chênes de chez elle.
Racheter, le mot était bien grand ! Elle les avait échangées contre des queues de salamandres.
Elle lui avait dit :
— C’est une bonne affaire, tu ne t’en plaindras jamais. Garde-les aux pieds jour et nuit, elles ne feront qu’un avec toi...

Une fois qu’elle eut terminé sa besogne. Elle ramassa les branches qu’elle avait laissé tomber et les attacha en deux fagots.
Elle s’en retourna dans sa cabane. Quand, elle arriva devant sa porte, elle croisa son crapaud habillé d’une robe grise.
Elle lui cria :
— Alors le borgne, tu ne m’ouvres pas la porte ? Tu vois bien que j’ai les mains prises avec des fagots de bois.
Le crapaud qui l’avait mauvaise depuis que la sorcière lui avait extirpé son œil, pour le greffer sur son chapeau pointu, lui ouvrit la porte de mauvaise grâce.
Il lui en voulait toujours, sa lenteur s’en faisait ressentir dans ses gestes.
Elle avait beau lui dire qu’il avait de la chance, que chez une autre sorcière, ce sont tous ses organes qui auraient été mis à contribution pour les bienfaits de la magie,
il n’en avait cure. Ce qu’il voyait, c’est son œil au milieu du chapeau qui l’observait, qu’il en était gêné.
Elle jeta les fagots au sol en criant au crapaud :
— Rentre et ferme la porte. Tu iras me chercher les cheveux qui sont dans le pot de terre, n’en oublies aucun, vérifies au fond du pot avec ta langue.
Le corbeau qui était perché sur la cheminée se mit à ricaner. Elle le stoppa d’un geste en lui criant :
— Je ne veux pas t’entendre. Tu es aussi fainéant que la couleuvre que j’ai occise la semaine dernière. Prends garde, si je t’entends encore ricaner, tu vas y passer aussi.
Le chat noir qui n’avait de cesse de se faire les ongles sur le dos du crapaud éclopé et borgne qui essayait de se trouver un coin tranquille où il ne pourrait l’atteindre, en profita pour lui griffer le dos, juste avant qu’il ne s’engouffre dans la cheminée...

Elle avait assez de cheveux de sorcières récoltés au fil des ans, pour avoir enfin son balai. À chaque Sabbat, sa fabrication lui était refusée.
À cause de ses potions mises en concurrence lors des examens de passage au rang de sorcière à la robe grise. Elles étaient jugées trop communes par ses consœurs. Sa tenue était examinée à la loupe et considérée comme inapte pour une sorcière. Elle était bonnement déclassée à chaque sabbat.
Elle devait se tenir à l’écart, avec les vieilles sorcières dépourvues de dents et de sorts. Elle avait le droit d’assister aux réunions, à cause de son chapeau. Véritable emblème de sorcière.
Il avait le pouvoir de voir tout ce qui se passait de jour comme de nuit, à des lieux à la ronde. Chacune des sorcières présentes aux réunions le savait et le convoitait. Surtout la sorcière Molly. Une fois, elle a eu le culot de lui demander de retirer son chapeau, car il l’empêchait de voir les vieilles barbues danser l’incantation des remèdes pour animaux.
Elle s’écria :
— Je ne vois pas le spectacle, décale ton chapeau de ma vue !
Elle se retourna pour lui répondre, elle n’était plus là. Elle hocha les épaules et continua à regarder la danse des barbues.
L’œil repu se referma.

Elle n’avait aucune compétence pour absorber le pouvoir du chapeau. Il ornait la tignasse grise de Cadie, même quand elle dormait.
Ne parlons pas de Zélie, la matrone des sorcières. Une nuit, elle s’est introduite chez Cadie, pendant qu’elle dormait, elle a essayé de lui voler son chapeau en le soulevant de sa tête.
L’œil s’est ouvert. Il lui a jeté un sort. Elle s’est retrouvée dans un jardin anglais du XIXe siècle à l’intérieur d’un tableau...

Le temps passait, elle n’avait toujours pas son balai. Un jour, elle a décidé d’en fabriquer un. Après avoir taillé les branches, elle les relia à une grosse branche qui lui servait de canne les jours de marché.
Elle prit un à un les cheveux des sorcières et les fixa sur les branches. Ils avaient la particularité de ne point casser. Son balai était prêt !
Son travail terminé, elle s’offrit le plaisir d’une tasse de thé. Elle mit le chaudron dans la cheminée et alluma le tas de bois. Le crapaud lui sauta au visage.
Elle l’envoya d’une gifle sur la porte d’entrée. Il retomba mollement sur le ventre, les pattes empêtrées dans sa robe déchirée.
— Ce que tu peux être idiot, le crapaud !
Il va falloir que vous soyez sage comme des images, si vous voulez m’accompagner cette nuit au sabbat sur mon balai, je ne plaisante pas...

Quand elle se réveilla, après une petite sieste, le crapaud éclopé et borgne, le corbeau querelleur et le chat espiègle étaient au garde-à-vous sur son lit.
Elle se leva et enfila sa cape noire, appela ses trois serviteurs. Le corbeau se percha sur son épaule gauche, le crapaud sur l’épaule droite et le chat s’accrocha sur son dos.
Elle sortit par la fenêtre avec son balai.

Elle s’envola dans les airs, tenant les branches de sureau à pleines mains. Il était minuit quand elle arriva au sabbat.
Les sorcières étaient dans la clairière. Elles avaient allumé un feu géant. Elles lui firent signe de la main de descendre.
Cadie ne sut pas comment arrêter son balai. Elle avait beau serrer les jambes, tirer sur les branches, il ne voulait pas s’arrêter.
Elle tourna autour de la lune sept fois avant de s’éloigner dans le ciel et disparaître de la vue de ses consœurs...
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Anne K.G · il y a
Harry Potter n'a qu'à bien se tenir : la magie ne lui appartient pas 🤗

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