La salle d'embarquement

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Il est 15h00 lorsque j'ouvre les yeux.
Réveillé par une annonce au micro, la voix d'une femme, alternant habilement l'anglais et l'arabe. Je peine à me redresser sur mon siège tant mon absence fut profonde. Je constate à ma grande surprise que je suis dans une salle d'embarquement, mais qu'est-ce que je fais là ? Aucune idée, mes pensées sont un peu chahutées.
Je comprends rapidement que je suis à l'aéroport international de Dubaï. Instinctivement, je fouille mes poches, hormis mon passeport, un téléphone et quelques lignes sur un papier je ne trouve rien de vraiment précis. Sur mon papier il est écrit : " Joueur 234, vous avez 24 heures pour nous rejoindre, et accéder ainsi à la finale".
Je me souviens alors du grand jeu auquel j'ai pris part il y’a deux ans et leur curieuse façon d'endormir les participants pour les jeter un peu n'importe où.
Des joueurs venus de partout dans le monde doivent trouver et accéder au lieu tenu secret.
C’était toujours aussi inattendu et soudain. La dernière fois, je m’étais réveillé en plein désert dans une montgolfière à plusieurs mètres au-dessus du sol.
Je déteste être endormi contre mon gré !
Aujourd’hui je n'ai aucune idée de la destination, tout ce que je sais, c'est que le compte à rebours vient de se déclencher sur ma montre. La partie est engagée !
Je dois à présent quitter cet endroit, hors de question d'être éliminé aux portes de la final, moi qui ai enduré le terrible désert d'Arabie pour me hisser en demi-finale. Mes efforts ne resteront pas vains.

Je commence à observer autour de moi, l'aéroport est bien agité.
A ma gauche, il y'a un homme, la quarantaine passée. Les cheveux longs grisonnants retombants sur sa cravate rouge, il venait d'accrocher ses lunettes au col de sa chemise ce qui interpella mon attention, peut être un code.
La dame au micro lança un appel :
" Les passagers à destination de Prague sont priés de se rendre à la porte 19 pour un embarquement imminent."
L'homme se lève, tirant une valise à roulette, dans la poche avant je devine un journal en langue arabe, il se dirigea vers la porte 19 d'un pas sûr et déterminé, en frôlant de peu les jambes de la femme assise juste en face de moi.
Une jeune femme à la tignasse blonde, une perruque sans aucun doute. Son casque de musique scotché sur les oreilles et faisant rouler un jeton de poker sous ses doigts. Très peu de bagage, une simple mallette noire.
Elle fixait désespérément le tableau des départs depuis quelques minutes.
Son visage s’apaisa lorsque sur le moniteur, la porte 14 s'afficha en face d'Alger. Trois heures de retards visiblement.
Les heures passaient et j'étais toujours là, dans cette salle d'embarcation, aucun indice, aucune information pertinente pouvant m'aider à avancer.
J'ai le sentiment de perdre du temps inutilement.
Je décide de faire un tour dans la salle, lorsque mon regard se pose sur cette confiserie automatique.
Je me persuade facilement qu'il est l'heure d'un encas, je glisse une pièce dans la machine, le mécanisme bruyant et lumineux s'active et fait tomber une madeleine emballée trois fois. Je la récupère, tant d'emballage pour si peu de madeleine, je reste perplexe.
Je retire le premier emballage, puis le second lorsqu'un homme en panique me bouscule, il était si pressé qu'il ne prit ni la peine de s'excuser, ni même de se retourner, je le regarde embarquer en direction de Rome.
Désorienté, je cherche à présent mon gâteau qui m'était tombé des mains, il était coincé sous le fauteuil roulant d'un homme en costume.
Embarrassé par la situation, j'aborde cet homme pour lui présenter mon problème, il acquiesce d'un large sourire puis je récupère mon gâteau. Son costume me laissa songeur.
- Etes-vous pilote de ligne monsieur ?
- Co-pilote pour être précis, je fais la liaison jusqu'à Istanbul, à peine a-t-il terminé sa phrase qu'il poussa son fauteuil en direction de la porte 09, l'hôtesse venant de l'ouvrir pour Istanbul.
Je regagne ma place, je commence à perdre espoir, la salle se vidant petit à petit.
Le soleil décline, il va bientôt faire nuit. Il ne reste qu’une dame deux sièges plus loin, surement en partance pour Stockholm, dernier vol affiché.
Elle est concentrée sur ce qui semble être des mots croisés. Je me décale d’un siège vers elle, espérant trouver un indice. Je jette un œil sur son journal, il s’agit bien de mots croisés, rien d’important me concernant.
Et voilà que maintenant l'hôtesse appelle les passagers pour Stockholm, dernier vol de la journée, désormais je suis seul dans cette immense salle. Les hommes et femmes chargés de l’entretient font leur apparition, réajustant les sièges, rechargeant les distributeurs...

Je m'allonge sur mon siège, fixe le plafond et ferme les yeux. Je décide de laisser le temps me fournir les moyens de quitter cet endroit.
Je repense à ce qui m'entoure, j'ai probablement raté quelque chose, un indice, une personne.
Je m'efforce de revivre cette fin de journée en songe, toutes ces destinations, tous ces voyageurs défilent dans mon esprit.
Je repasse en boucle ces embarquements dans ma tête, cette confiserie, tous ces gens, les moindres détails mais rien ne me vient.
Je longe des yeux la rangée de porte d'embarquement, me remémorant la foule de passagers faisant la queue ! J'en viens à m'interroger sur les destinations
Prague, Alger, Rome, Istanbul, Stockholm.
D'un coup, dans mon esprit, les idées s'emboitent naturellement entre elles.
Tel un casse-tête chinois, je parviens peu à peu à donner du sens à ces idées, puis à faire le lien, stupéfait je sursaute de mon siège, sous le regard amusé de l'homme de main. PARIS ! Punaise, voilà c'est ça !
Ok Paris, super ! C'est immense !
Euphorique, il ne me reste plus qu'à acheter un billet d'avion, je me presse vers le guichet de la compagnie mais la dame au comptoir vient de baisser le rideau. Je m'approche malgré tout pour prendre connaissance des horaires d'ouverture.
" Grève du personnel naviguant", je sens alors que la partie va être dure.
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