La salle d'attente

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Pourquoi j'écris ? Pour embarquer le lecteur dans un voyage, lui procurer des émotions, le faire rêver, s'interroger... Pour qui j'écris ? Pour qui aura envie de découvrir mon univers et  [+]

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Cher Monsieur,


Tout d’abord, merci pour la confiance que vous nous avez accordée en nous soumettant votre recueil de nouvelles, intitulé La salle d’attente. Après examen de celui-ci par notre Comité de lecture, nous avons le plaisir de vous annoncer que nous sommes en mesure de vous proposer un contrat d’édition en vue d’intégrer votre manuscrit dans notre collection. Nous souhaitons cependant attirer votre attention sur le fait que notre programme éditorial étant complet pour les neuf mois à venir, cette publication ne pourra être effective avant l’automne prochain. Aussi, nous espérons ne pas vous décourager par la longueur de ces délais ; la taille de notre structure ne nous permettant pas de publier plus de quatre recueils par an, nous mettons un point d’honneur à ce que les ouvrages puissent sortir dans des conditions optimales afin de donner entière satisfaction aux auteurs que nous avons décidé de promouvoir.

Nous avons été particulièrement touchés par ces parcours de femmes dont vous avez su si justement saisir des instantanés – assombris ici par la maladie. Nous avons eu l’impression d’être à leurs côtés et de traverser cette tourmente en leur compagnie tels des spectateurs légitimes, qui plus est sans voyeurisme. Quelle belle idée d’imaginer au gré de ces rendez-vous, auxquels vous avez vous êtes également rendu pour accompagner votre mère – pendant « ces presque trois années » pour reprendre vos propres termes –, ce qui a pu se tramer derrière ces portes numérotées qui se trouvent de part et d’autre de cette salle d’attente qu’on préférerait ne jamais avoir à connaître. Vous êtes parvenu avec pudeur, à brosser les portraits de ces femmes dont vous avez croisé le regard fuyant pour certaines, avec lesquelles vous avez échangé un sourire pour d’autres ou parfois même une parole réconfortante l’espace d’une seconde ; histoire d’apporter un peu de chaleur dans ces lieux froids et impersonnels dont la seule échappatoire est, comme vous en faites l’amusante remarque, de n’avoir souvent à feuilleter que des revues scientifiques à défaut de magazines féminins plus prompts à la rêverie. Comment affronter l’annonce de la maladie, se faire une raison, se relever après le choc violent que l’on vient de recevoir ? Comment ne pas s’effondrer et faire preuve de résilience pour se lancer dans ce combat contre un ennemi sournois et parfois très déterminé ? Comment se résigner face à l’inacceptable, aussi ? L’annonce d’une fin inéluctable alors qu’il y a encore tant de choses à vivre, à partager, des enfants qu’on ne verra pas grandir... Comment se résoudre à des adieux prématurés ? Autant de questions que vous avez soulevées avec émotion et sans complaisance, sans jamais rechercher l’apitoiement du lecteur ni verser dans un pathos larmoyant, évitant ainsi le piège de la facilité.

Pour vous permettre de prendre votre décision avec le plus d’éléments possibles, vous trouverez en PJ, le guide de l’auteur qui vous éclairera sur notre mode de fonctionnement ainsi qu’un modèle de contrat. Mais avant de vous laisser découvrir nos conditions, permettez-moi une réflexion par rapport à l’une de vos nouvelles. Sans vouloir heurter votre sensibilité, je trouve que les prénoms de vos personnages sont plutôt bien choisis dans l’ensemble et en adéquation avec le caractère que vous avez bien voulu leur prêter, excepté pour la plus jeune d’entre elles que vous avez choisi de baptiser Emma. Personnellement, je lui aurais préféré Émilie, que je trouve plus approprié. Pourquoi ? Eh bien, parce que c’est mon prénom, et aussi que la jeune fille en larmes que vous aviez croisée ce jour-là et qui vous avait fortement ému à laquelle vous faites allusion dans votre récit, n’était autre que moi. Le monde est petit, n’est-ce pas ? Il y a de cela deux ans déjà, si mes souvenirs sont exacts, et je vais mieux aujourd’hui, en dépit du sort que vous m’avez réservé dans votre fiction, moins clément que celui qui m’a été réservé par la vie depuis ; mais vous êtes l’auteur et je ne peux que m’incliner devant la direction dans laquelle vous a guidé le personnage que je vous ai inspiré. Oui, je vais mieux et je peux enfin me projeter même si je ne peux pas encore me permettre le luxe de parler de guérison et que je me dois d’avancer avec cette épée de Damoclès pendant ces prochaines années. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises, dites-vous ? C’est probable, mais je ne me souviens plus de votre visage. Je suis certaine que vous ne m’en tiendrez pas rigueur et que vous comprendrez aisément que mes préoccupations de l’époque aient pu alors, accaparer toute mon attention.

Dans l’attente de vous rencontrer, et au nom de toutes celles qui, comme moi, ont eu à traverser cette douloureuse épreuve, veuillez recevoir toute ma gratitude pour la façon singulière dont vous avez abordé ce sujet délicat !
Bien à vous,

Émilie Richer.
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