La salle d'attente

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52 ans. Il y a 7 ans l'écriture a été une thérapie qui m'a permis de rester vivant après ma fréquentation du crabe. Aujourd'hui elle m'accompagne sans prétention au quotidien. Elle m'a donné  [+]

Image de Hiver 2015
Ce n'est plus une salle d'attente mais un théâtre, un plateau de cinéma.
Accompagnée par sa soeur et une amie, elle tient le premier rôle.
Ici, chez les chasseurs de crabe, la fourmilière grouille et nul doute qu'elle veut jouer la reine.
Executive woman. Un téléphone, un PC portable et deux agendas. Elle prend des rendez-vous. Avoue un planning débordé et débordant. Le sourire enjoué laisse néanmoins apparaître un léger rictus à peine perceptible. Elle parle fort, trop fort...
Alors que les spectateurs disparaissent dans leur angoisse, leur colère, leur incompréhension, elle déclame son envie de vivre. Chacun l'observe plus où moins à la dérobée.
Belle, assurément belle. Longues jambes gainées de bottes en cuir rouge, un jean de marque, pull cachemire assorti aux bottes, manteau chic négligemment posé sur le siège d'à coté. Maquillage discret mais efficace soulignant son visage parfait. Chevelure brune à la liberté savamment orchestrée. Yeux de biche dont elle maitrise parfaitement l'usage. Sortez vos appareils photos, la pose est naturelle.
— Bonjour Madame, ça va être à vous. Avez-vous les résultats de vos examens ? demande l'infirmière.
Comme un book pour un casting, elle sort originaux et copies sous les applaudissements des groupies.
« Elle est très organisée, depuis toujours... » Elles ne disent pas « Vous avez vu son courage, comme elle est forte » mais leurs yeux parlent pour elles... Admiration !
Elles évoquent la maladie... Opération, chimio... Tout reste hypothétique. Les actes suivants ne sont pas encore écrits.
Elle entend les trois coups, le clap du mot « moteur ».
— Madame M...., s'il vous plait, interroge l'assistante.
Le trac, juste un peu. Une grande inspiration et elle se jette dans l'arène. Sa sœur l'accompagne. Son amie range les ustensiles de la pièce.
Les spectateurs se recroquevillent, replongent dans leurs problèmes qu'elle leur avait fait oublier l'espace d'un instant.
Les minutes s'écoulent. 15, 25, 40...
La porte de l'oncologue s'ouvre. Il manquait une chute. La sienne est infinie.

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