La saison enivrante de l'automne

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De Madame de La Fayette à John Green, je lis de tout, tout le temps. J'adore voyager dans l'imaginaire d'un autre. Et je fabrique, au fur et à mesure, un imaginaire qui me correspond. J'espère  [+]

Le début de l’automne arrivait, teintait la forêt d’or et de feu. Emilia levait le nez sur les arbres. Leurs branches crochues et nues faisaient peine à voir. Elle aurait aimé pouvoir prolonger le printemps pour les plantes, créer une saison unique pour qu’elles vivent éternellement. Autour d’elle vinrent se lover de petites créatures volantes. Il y en avait quatre. Elle les accueillit au creux de ses mains, leur souriant gentiment. Elles tremblotaient, elles avaient froid. Ces quatre pauvres petites bêtes n’avaient pas trouvé d’abri pour l’hiver. Et déjà l’automne s’annonçait rude.
Elle chercha, inquiète, un endroit où les laisser se réchauffer. Elle fouilla un peu partout dans la forêt, mais chaque trou, chaque terrier était déjà occupé et les animaux n’avaient pas envie d’être dérangés.
A défaut, elle ramassa deux feuilles encore légèrement vertes, elle invita les petites créatures à se poser sur la première, et recouvra la maisonnée de l’autre feuille. Elle installa ce nid douillet improvisé sur un rocher non loin. Les créatures agitèrent leurs ailes avec frénésie et créèrent une lumière qui transperça l’épaisseur de la feuille.
Emilia sourit à ce remerciement silencieux, les salua de la main et reprit son chemin.
Elle soupira. Tout, en automne, perdait de la vigueur. C’était triste à voir. On disait que le printemps était la saison du renouveau, mais elle, voyait plutôt l’automne comme la saison du dépérissement. Peut-être bien que tout renaissait au printemps : mais pour renaître, il faut mourir. L’automne est une saison meurtrière. Elle détruit tout sur son passage et assassine la flore, et oblige les êtres vivants à se cacher pour l’hiver, la saison du règne des Enfers. Et, tant pis pour ceux qui n’en ont pas eu le temps. Les plus forts et le froid auront raison d’eux.
Elle ferma les yeux, écouta les bruits de la forêt endormie. Le vent frais dans les branches frêles et les feuilles mourantes fouettait son visage. Les mulots qui cherchaient à manger sous un tapis de broussailles tenaces étaient els dernières âmes en peine de la fin d’un temps. Les bruissements d’ailes des insectes survivants se frayaient un chemin entre les toiles d’araignées abandonnées.
Elle rouvrit les yeux et constata de nouveau les dégâts de la mauvaise saison autour d’elle. Elle présenta ses mains à plat, paumes au ciel, et souffla dessus. Une lueur blafarde en sortit, elle fit quelques pirouettes, eut quelques sursauts et vint s’évanouir quelque part entre ses mains et le sol.
Emilia soupira une seconde fois. Elle pleura. Elle aussi s’éteignait, à petit feu, sous le brasier de l’automne.
Elle avait eu un message en été. Un message venu des Terres Inconnues. Elle ne l’avait pas bien compris d’abord, puis ses cheveux étaient devenus orange feu, comme les feuilles mortes de l’automne. Et, des larmes de sève avaient coulé sur ses joues. A la fin de l’été, lorsque sa voix avait disparu, elle avait compris. Elle avait compris que c’était pour bientôt. Elle rejoindrait les Pays des Oubliés avant l’hiver.
La Fin avait franchi la dernière étape quelques jours auparavant. Le don qu’elle avait reçu à la naissance s’était envolé, le premier jour de l’Annonce de l’automne. Elle ne pouvait plus rien faire de ses mains que toucher, sans rien ressentir, les troncs des arbres en péril, les animaux apeurés par la fin proche. Son visage même n’avait plus d’expression sous ses mains abîmées, froissées par la Fin.
Elle comptait les jours et les minutes. Plus le début de l’automne approchait, plus son dépérissement s’accentuait. Plus que quelques jours. Elle préférait profiter de la forêt dans laquelle une partie d’elle vivra encore de longs siècles. Plus que quelques jours et elle abandonnera son âme aux Oubliés et leur Pays.
Elle s’assit contre un arbre, écouta le vent et s’endormit. Elle ne voulait faire qu’un avec cette forêt qu’elle connaissait si bien, une fois encore.
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