La robe verte

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En compétition

Je suis passionnée de littérature, j'écris depuis quelques années des nouvelles et ai terminé un roman pour lequel je cherche un éditeu  [+]

Image de Été 2021
Comme chaque matin Eugenia s'est levée à six heures, il fait froid dans sa chambre, l'âtre est vide, elle a gardé les dernières bûches pour la chambre de sa mère, le châle sur ses épaules maigres glisse, elle frissonne. Vite, faire sa toilette et descendre préparer le thé. Depuis quelques semaines, elle reconnaît à peine le visage que lui renvoie son miroir, encore lisse mais les yeux enfoncés, les pommettes hautes, anguleuses, la bouche serrée.
Elle n'aime pas ce visage qui raconte une histoire sans avenir.
Vite descendre dans la cuisine, il ne faudrait pas que Mère attende !

Mère a tant veillé sur elle, enfant. Les robes cousues de sa main fine, des soirs durant, les laits de poule du matin, les chaussures neuves de vernis noir à chaque Noël devant le sapin. Chère Mère, douce, digne, attentive.
Le père s'agaçait.
— Tu n'as rien de mieux à faire que de l'habiller comme une communiante ! Ce n'est pas attifée comme ça que plus tard elle trouvera un mari ! Blandine, la mère baissait les yeux et caressait la main de l'enfant.
Vite s'habiller, Mère va se réveiller. Que du noir dans l'armoire d'Eugenia, pas besoin d'hésiter.
Père détestait le noir.
— Regarde donc la nature, Eugenia, tu y vois beaucoup de noir à part les corbeaux ?
Pour ses quinze ans il lui attacha un collier de corail autour du cou.
— Voilà un peu de joie ! Pense donc à te mettre en valeur ma fille, sans cela tu vas finir comme ta tante Olympia, un morceau de pain sec ! Et n'écoute donc pas tant ta mère, elle n'a jamais su être que cela, une mère !
Blandine dans l'intimité de la cuisine poursuivait.
— Eugenia, sache te tenir, n'écoute pas les semonces de ton père, ne regarde aucun homme dans les yeux, pas même monsieur le curé, boutonne ton corsage, lisse tes cheveux, les hommes n'épousent pas les effrontées, et n'oublie jamais, reste sur ta réserve.
Elle y était restée !

Ce matin dans la cuisine le givre a décoré les vitres, l'eau pour le thé siffle comme un oiseau, Eugenia frissonne, elle a froid dedans, une boule de neige dans la poitrine qui la glace et la brûle en même temps. C'est vrai, le père avait raison, elle a fini par ressembler à la tante Olympia, jaune, maigre, sèche.
Poser le napperon sur le plateau, beurrer très légèrement les toasts, Mère est si délicate, Père se moquait souvent.
— Ma pauvre Blandine on va finir par te confondre avec tes porcelaines ! Au diable tes délicatesses, Femme !

Eugenia entre doucement dans la chambre maternelle, la lumière blanche du matin tente de percer les rideaux tirés, elle pose le plateau sur le lit, prend les bûches préparées la veille et fait flamber un feu. La mère dort toujours, du sommeil des justes. Tout est à sa place dans la chambre, le portrait du père sur la cheminée avec dans l'angle un ruban de crêpe noir, le bouquet d'hortensias mauves séchés, la bible à tranche dorée sur le chevet, la robe noire sur le fauteuil. Ici tout est en ordre et l'a toujours été.
Elle s'assied sur le lit et fixe le visage creusé sur lequel dansent les reflets pourpres des flammes, une vie de dévouement, à transmettre jour après jour, pudeur, et effacement.
Pudeur et effacement.

Et Eugenia se souvient de ce soir terrible où revenant de l'église avec sa mère, elles avaient entrevu le père, au bras d'une femme à la chevelure rousse, bouclée, moulée dans une robe de soie émeraude, elle souriait tendrement à son père. Eugenia entend encore sa voix chaude, revoit le balancement des hanches. La mère s'était mise à trembler, à courir, l'entrainant de force dans sa fuite. Eugenia s'était retournée, la femme, la nuque ployée sur l'épaule du père riait encore. Elle était si belle, si vivante.
Le soir à table la mère n'avait dit mot, le père enjoué proposa :
— Eugenia pour tes vingt ans je vais t'offrir une toilette, que dirais-tu d'une robe d'un joli vert ?
La mère avait renversé son verre de vin rouge sur la nappe blanche. C'était il y a dix ans. Le père avait succombé quelques mois après, du cœur, on l'avait retrouvé à l'autre bout de la ville derrière la gare dans une chambrette...

La robe verte dans un satin chatoyant, son père l'avait achetée mais Eugenia ne la porta jamais. La mère interdit à sa fille d'en ouvrir la boite. Eugenia en rêva longtemps et aussi de la chevelure rousse et du rire rauque de la femme.

L'odeur de pain grillé commence à s'estomper, le thé s'est figé dans la tasse,
Eugenia, le visage tendu, se penche vers sa mère, la vieille femme gémit dans son sommeil, le feu claque de plus en plus fort, la boule de neige dans la poitrine d'Eugenia devient insoutenable, elle ne peut plus respirer. Elle sort de la chambre en courant.
Blandine s'est éveillée un peu plus tard, et quand elle a ouvert les yeux, elle a pensé qu'elle dormait encore, prisonnière d'un cauchemar.

Se tenait devant elle, main sur la hanche, une femme, élancée, vêtue d'une magnifique robe verte.
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Dominique Fabre · il y a
C'est très agréable à lire, d'une morale ambigüe qui s'éclaire in fine dans le sens que le lecteur piégé souhaite ...Excellent
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Constance Delange · il y a
Merci de votre lecture nuancée
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El Djibo · il y a
Magnifique texte.
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Constance Delange · il y a
merci beaucoup
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El Djibo · il y a
Je vous en prie. Je vous invite à lire mon récit le seul enfant de la famille quand vous aurez du temps. Voilà le lien https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-seul-enfant-de-la-famille
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me lodie · il y a
Joli ! Une histoire bien racontée et une belle chute.
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Nouhou Saidou · il y a
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Nouhou Saidou · il y a
Très très belle plume
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Fabienne Dulac · il y a
Quelle belle plume! Vous avez vraiment du talent, j'aime beaucoup ce que vous écrivez.
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Constance Delange · il y a
Merci beaucoup ça me touche vraiment
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Nadia Batchep · il y a
Magnifiquement triste votre ré constance🥰🥰👌J'ai tout simplement aimé vous lire et je pose tous mes cœurs💓 ❤️ pour vous sans hésitation !!!
Si vous avez un moment bien vouloir me lire sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ma-bonne-etoile-4

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