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La rencontre

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Bruno Grünbaum

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L’impressionnant train blanc et gris entra dans la station. Malgré les dimensions de la station, le train à deux étages imposait lorsqu’il entra dans ce lieu clôt.
L’heure, déjà avancée dans la nuit, ne tarissait pas le flux des voyageurs. A la station Châtelet-les-halles, le grand homme maigre en costume noir monta. Quelques personnes le regardèrent plus surprises que curieuses. Le week-end, ils étaient nombreux à prendre le RER A, tout endimanchés. Il descendit la volée de marches en faisant claquer ces chaussures italiennes et s’assit très raide, à côté de la fenêtre.
La sonnerie des portes retenties et elles se commencèrent à se refermer. Là, le gros personnage haut en couleur dut lutter contre le mécanisme pour réussir à monter. Encore tout essoufflé, il se laissa choir maladroitement face à cet homme si distingué.
Ils créaient à eux deux un contraste surprenant : la rigueur du costume foncé de l’un s’opposait au tee-shirt bariolé à l’effigie d’un groupe de musique sur un short en jeans, de l’autre.
- Waouh ! Un peu plus et je le manquais...
Face à lui, du haut de sa superbe, il fut totalement ignoré. Le grand personnage sombre regardait obstinément le tunnel qui défilait, plongé dans l’obscurité.
- Je ne devais absolument pas vous rater, reprit-il en baissant la voix sur le ton de la confidence ; un rendez-vous comme celui-là, on se doit à une parfaite ponctualité.
Regardant de façon ostentatoire sa montre, il continua :
- Il nous reste moins trois minutes. Je déteste être trop court sur les délais importants. Enfin, je dis ça, mais c’est plutôt pour vous que cela prend toute son importance...
Autour d’eux, les autres voyageurs avaient repris leur conversation pour un petit groupe, où se replongeaient dans la contemplation de leur téléphone portable où certains jouaient et d’autres écoutaient de la musique. Bref, ils étaient seuls aux milieux de la foule. Aucune personne présente ne s’intéressait à eux deux.
- C’est dépaysant d’être dans les transports en commun parisien, hein ? Surtout quand on vient de très loin comme moi... et comme vous. Lança-t-il tout de go.
- Monsieur, je ne vous connais pas, lança-t-il d’un ton sans réplique avec un léger accent chantant, indéfinissable.
- Si vous saviez comme j’aime Paris, lui répliquât il comme si l’interruption n’avait pas eu lieu.
« Plus qu’une minute, lançât il, joyeux. Alors que leur train entrait dans la station Nation.
Les hauts sièges rouges en plastiques qui servaient aussi de décor, se vidèrent alors que le train ralentissait. Les voyageurs s’agglutinaient déjà devant l’emplacement des portes du train.
« J’ai une confidence à vous faire : malgré l’immensité que vous venez de traverser, tout ce voyage que vous venez de faire, toutes les précautions que vous avez dû prendre ; vous ne reverrez jamais votre planète natale, Zhim’zz Racht.
En entendant ces paroles, la grande silhouette accusa le choc, mais en resta sans voix...
L’autre s’était levé, lui tapant doucement sur l’épaule, comme deux vieux camarades qui se quittent.
- C’est là que je vous abandonne, dit-il en consultant sa montre et, c’est aussi là que vous me quittez...
La sonnerie des portes commença à retentir, alors que le petit homme sautait sur le quai.
« Au revoir, mon ami... » Lança-t-il à la cantonade, sous le regard de deux garçons que l’alcool rendait légèrement vitreux.
En quatre grandes enjambées pour ce petit être, il disparut dans un couloir. Juste avant de tourner à l’angle, une jeune femme agrippée à une poussette pleine, eut le temps de déchiffrer son tatouage sur la nuque : « DEATH ».

Tard dans la nuit, le conducteur du RER, effectuait le tour à bord de son train pour vérifier qu’il n’y avait pas d’objet oublié et qu’il ne restait personne, comme à chaque fin de service. Apercevant un endormi, il appela de son talkie-walkie :
- Le PCC pour le conducteur du NEGE 10, j’ai un dormeur. J’interviens et je te rends compte.
- C’est bien pris, entendit-il.
Il secoua doucement l’homme endormi. Celui-ci, ne respirait plus.

PRIX

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Vaucey · il y a
Voici un bon texte qui même plusieurs inspirations. Lu, apprécié et voix données !
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Didier Lemoine · il y a
Mes voix pour ce bon texte. Prenez le temps d'aller visiter ma nouvelle (SACHA), qui participe au concours spéciale à l'occasion du 40ème anniversaire du RER. Lisez, et si vous aimez, votez afin de m'offrir votre voix très chère http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/sacha-3?all-comments=true&update_notif=1511282103#js-collapse-thread-585524
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Arlo · il y a
Excellent récit très agréable à sa lecture. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir ses deux poème "sur un air de guitare" retenu pour le prix hiver catégorie poésie et "j'avais l'soleil au fond des yeux" en finale de la matinale en cavale. Bonne chance à vous.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/javais-lsoleil-au-fond-des-yeux

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