La Quiche aux poireaux

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Fan principalement de SF et de polars, mais pas que Je vous invite à lire ma nouvelle en lice sur le site aufeminin.com : L'Avertissement  [+]

Image de 2017
Ce jour là, ma mère s’était mis en tête de me faire cuisiner une quiche aux poireaux. Elle était pénible parfois avec ses idées. Oui, il faisait moche dehors, oui ça serait sympa de préparer un truc ensemble, oui, il fallait bien que j’apprenne un peu à cuisiner, mais non, je n’avais pas envie. Et elle insistait.
Mais quand on n’a pas envie, on a beau tout faire pour changer d’avis, ça ne marche pas. C’est comme ça, on n’y peut rien ! Du coup, elle a effectivement tout essayé, du « Allez, ça va être sympa » au « Si c’est comme ça, ne me demande plus jamais rien », mais ça n’a pas marché.
Si j’avais su à ce moment là ce qui allait suivre, j’aurais sautillé de joie jusqu’à la cuisine. Mais au lieu de cela, j’ai lâché « T’es chiante avec ta quiche » et je l’ai plantée là, ma mère qui voulait juste partager un truc avec moi. Au lieu de lui proposer une autre idée, j’ai juste trouvé malin de me tirer ailleurs. J’ai sauté dans mes baskets, pris mon skate et suis parti en direction du parc, ce qui revenait surtout à me déplacer dans la direction opposée à mon doux foyer plein d’amour et d’activités sympas.
C’est là que les choses se sont gâtées. Ce n’est pas que je sois un garçon qui attire les ennuis d’habitude. Pour commencer, il s’est mis à tomber un déluge en deux secondes chrono. Me voilà coincé sous cette drache sur ma planche à roulettes. Faire demi-tour ? J’aurais l’air fin de revenir à l’abri à la première difficulté, ma mère, triomphante « Ah, et bien, c’est pas trop tôt, on va pourvoir la faire, cette quiche... »
Je roule à fond vers un porche de la rue de Lorraine. C’est juste là, la route et le rideau de pluie à franchir. Je saute du trottoir, rétablit mon équilibre, fonce. Sur ma gauche, un crissement de freins, je tourne la tête et roule sur le macadam pour éviter le choc. La voiture a réussi à s’arrêter à deux mètres de moi, la pluie martèle violemment son capot. Assis dans une flaque, j’ai le visage à hauteur de la plaque et lis machinalement « CD – 442 – XD, c’est marrant, XD comme mes initiales. » Je lève la tête et voit deux types « Tiens, ils portent une cagoule », je me dis. Direct, un des gars sort du véhicule, vient vers moi, m’attrape par le bras et réussit à me flanquer à l’arrière de sa voiture sans que j’ai pu faire un geste !
Ils démarrent.
— Mais qu’est-ce qui t’a pris ? Ça va pas ? questionne le conducteur.
— Il a vu notre plaque, on ne peut pas prendre de risque.
— Qu’est-ce qu’on va faire de lui, hein ?
— On verra plus tard, pour l’instant, roule, y a personne !
Accélération de dingue, je suis plaqué au fond de mon siège, freinage, virage à droite, plaqué à la portière, accélération, au secours !
On prend un carrefour à fond et je vois à travers les gouttes une voiture de flics qui nous arrive dessus comme une bombe, je pousse un long cri bizarre, virage à droite encore, et on passe. J’ai l’impression que l’on glisse sans fin dans la quatrième dimension et hop, le moteur raccroche, c’est parti pour la course poursuite de la mort ! Je m’agrippe comme je peux, je ne sais plus où je suis, je n’entends que la sirène derrière nous. Y a pas à dire, notre chauffeur est un as, ça accélère, tourne à angle droit, freine, repart, j’en peux plus.
Puis plus de sirène, je ne comprends pas. On déboule le long du canal, un bus surgit à gauche, freinage de ouf, choc, tête à queue, immobilisation. Personne ne bouge. Je ne sais pas ce qui me prend, j’ouvre la portière, me mets à piquer un sprint, passe sous la rambarde, dévale le talus et m’étale dans un tas de feuilles trempées. Là, piqûres insupportables un peu partout ! Je me relève à moitié, titube à l’aveugle pour m’éloigner, dérape, avance encore, d’un coup, plus rien sous ma semelle droite, je ne peux rétablir l'équilibre et tombe en avant. Comment j'ai pu atterrir dans le bac supérieur de notre congélateur ? Non, c'est de l’eau glacée, le canal. Je ne sens plus mes mains et mes neurones se figent. Il faut que je sorte, et vite. Je lutte contre la masse liquide. Baskets au pied, pas simple de nager. Enfin, je touche le bord, reprend mon souffle et me hisse à l’abri.
J’essaie de réfléchir. Appeler quelqu’un. Il y a un truc qui claque... Mes dents ? M... mon téléphone est hs. Pas moyen d’aller sur la route à cause des deux gars. Je monte vers le haut du talus. Là bas une enseigne allumée, chercher de l’aide, j’avance plié en deux, toujours planqué. Un lavomatique ! Je n’ose y croire, sécher mes fringues, baskets comprises ! Plus personne dans la rue, ni à l’intérieur. Je tente, je meurs de froid ! Je passe un quart d'heure à moitié hébété, à regarder mes vêtements reprendre vie. Bonheur absolu après mon bain glacé d'enfiler des habits tout chauds et de glisser mes pieds dans mes Stans sèches !
Puis je cours les deux kilomètres qui me séparent de chez moi. Ma mère est là, il s’est passé une heure à tout cassé !
— Tu es déjà rentré ? Pas trop mouillé avec cette pluie ?
— Ça va. Bon, on la fait cette quiche ?
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